12 janvier 1587. Bernard Palissy condamné

Le 12 janvier 1587, Bernard Palissy est condamné au bannissement avec un délai de quinze jours pour sortir du Royaume. Il se réfugie chez un de ses co-inculpés. Il est arrêté de nouveau, il aurait été visité par Henri III qui l‘aurait incité à se convertir…

L’art de la terre
L‘épisode le plus connu de sa vie : sa lutte acharnée et tenace pendant seize ans pour retrouver le vernis à émailler la poterie, mérite d‘être lu dans son traité de l‘Art de la terre où dit-il

„je me suis mis à chercher des émaux comme un homme qui va à tâtons dans les ténèbres“.


N‘ayant pas fait d‘études, il acquiert sa science „comme avec les dents

“ par intuition et réflexions personnelles. Je n‘ai pas eu d‘autres livres que le ciel et la terre, ce beau livre qui est connu de tous et que tous peuvent lire comme moi.“

Résultats : ses fameux plats, ornés et coloriés avec vérité (vipères enroulées, lézards, grenouilles, poissons, coquillages, feuillages…).

Image (12 janvier 1587. Bernard Palissy condamné )

La recette véritable
De la prison de Bordeaux, où il est incarcéré pour sa foi suite à une dénonciation, Palissy adresse une requête au connétable de Montmorency (24 février 1563), car il apprend que des soldats ont fait des brèches dans son atelier et y ont logé.
Le connétable obtient pour son protégé le titre « d’Inventeur des rustiques figurines du roi », titre qui en rattachant l’artiste au roi, le laissait échapper à la juridiction du Parlement de Bordeaux.
Dans sa prison, notre homme n’avait pas perdu  son temps mais rédigé

« La recette véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors »,

ouvrage qui fut publié à La Rochelle,  chez Barthélemy Berton, cette même année 1563.

Voici un extrait. Il concerne le bûcheronnage et le déboisement.
 

«  Voilà comment il faut qu'un chacun mette peine d'entendre son art et pourquoi il est requis que les laboureurs aient quelque philosophie, ou autrement ils ne font qu'avorter la terre et meurtrir les arbres. Les abus qu'ils commettent tous les jours ès arbres me contraignent en parler ainsi d'affection.
 
Demande 
Tu fais semblant que des arbres ce sont des hommes et ici semble qu'ils te font grand pitié. Tu dis que les laboureurs les meurtrissent: voilà un propos qui me donne occasion de rire.
 
Réponse
C'est le naturel des fols et des ennemis de science. Toutefois je sais bien ce que je dis: car, en passant par les taillis, j'ai contemplé plusieurs fois la manière de couper les bois et ai vu que les bûcherons de ce pays, en coupant leurs taillis, laissaient la sèpe ou tronc qui demeurait en terre, tout fendu, brisé et éclaté, ne se souciant du tronc, pourvu qu'ils eussent le bois qui est produit dudit tronc, combien qu'ils espérassent que toutes les cinq années les troncs en produiraient autant. Je m'émerveille que le bois ne crie d'être aussi vilainement meurtri. Penses-tu que la sèpe qui est ainsi fendue et éclatée en plusieurs lieux, qu'elle ne se ressente de la fraction et extorsion qui lui aura été faite ? Ne sais-tu pas bien que les vents et pluies apporteront certaines poussières dans les fentes de ladite sèpe, qui causera que la sèpe se pourrira au milieu et ne pourra ressouder et sera à tout jamais malade de l'extorsion qui lui aura été faite? »
 

Revenu à Saintes Palissy peut reprendre en toute sécurité les travaux de la grotte de Montmorency. C’est alors que Catherine de Médicis, de passage à Saintes au cours de son long périple avec le jeune Charles IX, offre à l’artiste de venir travaille à Paris.

Bernard Palissy à Paris
-Protestant actif dans l’Église de Saintes, Palissy vint à Paris, chargé par Catherine de Médicis de lui construire, devant les Tuileries, une grotte ornée de divers animaux en céramique à la mode de l’époque. Cette fonction le protégea provisoirement.
Il échappe de justesse au massacre de la Saint Barthélemy et se réfugie à Sedan avec sa famille.

-Au 24 rue du Dragon, se trouve l’emplacement d’une maison qu’aurait habité Bernard Palissy. Il revint à Paris par intermittence dès 1575 et organisa (dans lce logement de la rue du Dragon semble-t-il) des cours publics, les premiers qui se firent à Paris et qu'il continua jusqu’en 1584. Il  y conviait les hommes les plus érudits de son époque, des médecins, de grands seigneurs, de gens de loi, des ecclésiastiques et entr’autres Champier médecin de Monsieur frère du roi, Pena médecin de Henri III, Milon premier médecin de Henri IV, Ambroise Paré, le fameux chirurgien protestant.

-Peut-être trop confiant dans les hautes protections que lui a values le succès de son art, Bernard Palissy resta à Paris quand la ville se révolta contre le roi Henri III et se donna à la Ligue. Bernard Palissy se cache en 1585 et réapparaît en décembre 1586 dans la rue des Marais (rue Viscopnti) qu'il avait habité dès 1584.
En décembre 1586, la Ligue parvint en effet à le faire arrêter et emprisonner à la Bastille comme huguenot. Étant donné qu'il est arrêté en compagnie de Loys Besnard qui déclare être serviteur de Jehan Robineau, seigneur de Croissy et secrétaire du roi, on peut en déduire qu'il habitait chez Robineau. Celui-ci avait en effet acheté en 1583 la vaste demeure qui allait du coin nord de la rue Bonaparte au 16 rue Visconti  inclus. Bernard Palissy aurait donc vécu trois années (1584 à 1587) entre les numéros 16 à 26 de la rue Visconti.

-En hommage à sa présence dans la rue, le jardin public (le plus petit de Paris !) sis au 8 (ancien 10) rue Visconti  a été baptisé square Bernard-Palissy. Il est provisoirement fermé. Cependant on peut apercevoir au  travers de la grille, un ancien passage qui conduisait vers les rue des Beaux-arts,  à l’hôtel des La Rochefoucauld.


-Il fut libéré le mois suivant, réincarcéré un an après et cette fois, condamné à être pendu et brûlé. Le duc de Mayenne lui évita l’exécution de sa condamnation à la peine de mort pour hérésie en le faisant transférer de la prison de l’Abbaye de St-Germain-des-Prés à la Conciergerie, puis à la Bastille , mais il y mourut de misère et de mauvais traitements.

Les mauvais traitements des prisonniers venaient en grande partie d la vénalité des charges. Le lieutenant de police essayait de  faire fortune ou tout du moins de rentabiliser son investissement sur le dos des prisonniers. Il y avait tout un barème de tarifs. Quand un prisonnier n'avait point d'argent son sort était épouvantable... le gouverneur s'en désintéressait et ne consacrait à leur nourriture que de très maigres crédits forts insuffisant et sur lesquels les geôliers rognaient encore. Ils étaient enfermés plusieurs ensemble : le sage avec le fou, l'honnête avec le vicieux...
Le chroniqueur Pierre de l’Estoile qui était son ami et tenta de lui porter secours, raconte que son geôlier le capitaine Bussy, s’amusa à le menacer du feu s’il refusait d’abjurer, admira sa fermeté et l’invita à boire à la belle peur qu’il lui avait faite.

-On inhumait les prisonniers protestants, juifs ou suicidés, morts à  la Bastille, dans le bastion de la forteresse. Ce bastion, de forme triangulaire et bordé d’un large fossé, aurait, de nos jours, le milieu de sa base sous la colonne de la Bastille et son sommet au tiers de la distance séparant cet endroit du débouché de la rue du Faubourg-Saint-Antoine sur la place de la bastille ;
Là, fut inhumé Bernard Palissy, mort à la Bastille en 1590, à l’âge de 80 ans, après deux années de captivité. A une dame qui était venue voir le prisonnier, le gouverneur dit :

« Vous trouverez son corps avec ceux des chiens sur le rempart où je l’ai fait jeter ».


Il avait quatre-vingt ans.

-Dans le square Sud de l'église Saint-Germain des Prés, boulevard Saint-Germain, on a érigé une statue en bronze de Bernard Palissy, potier, émailleur, peintre, verrier, écrivain, savant.

 

Chargement en cours ...