13 mai 824. Claude de Turin…

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13 mai 824. Claude de Turin…
Il naquit vers l'an 770, en Espagne aux environs d'Urgel, dans une de ces multiples vallées des Pyrénées, où vivait un peuple de montagnards qui avait résisté aux conquêtes mahométanes, mais aussi à la contagion du paganisme. La Bible y avait dans ces vallées une place d'honneur, on la lisait et on s'inspirait de ses enseignements. A la tête de cette indépendance de caractère, l'évêque Félix d'Urgel, homme de grande érudition ; c'est à son école que se forma le jeune Claude.

Vers 792, Claude quitte Urgel pour rejoindre Aix-la-Chapelle, capitale de l'empire de Charlemagne. Très vite, il est sollicité par Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, qui avait remarqué ses qualités de prédicateur ; il est nommé à la cour en qualité de chapelain. Claude est ensuite investi aux fonctions de directeur de l'Ecole du Palais. Les leçons qu'il donne ont un grand succès à cause de ses explications suivies de l'Ecriture sainte ; ainsi, jeunes gens, hommes de tous âges viennent s'asseoir sur les bancs pour l'écouter. Pourtant tous n'ont qu'un seul regret : l'absence de rédaction par écrit. Louis le Débonnaire, interpellé sur cette question, demande à Claude de répondre à d'aussi pressantes sollicitations. Claude se met donc à écrire ses commentaires bibliques sur les livres de Moïse, Josué, Juges, Ruth, Matthieu, épîtres de Paul.

Mais ce n'est pas à Aix-la-Chapelle que Claude va déployer son activité réformatrice. Ce sera à Turin (Italie), d'où son nom Claude de Turin. Vers l'an 822, il est nommé évêque, sous le pontificat du pape Pascal Ier (qui mourut le 13 mai 824). Il administrera le diocèse jusqu'en 839, époque présumée de sa mort.
Dix sept années durant lesquelles face à l'idolâtrie religieuse de Turin, il aura le même regard que Moïse face au veau d'or (Exode 32.19-20) ou encore Paul à Athènes (Actes 17.16). Ainsi, il mettra fin au culte des images, au culte des reliques, au culte des saints, à l'usage des cierges et renversera même quelques croix ; cultes qui pour lui, ne sont qu’idolâtries inconnues à l'Eglise Primitive.

Contesté, accusé d’hérésie iconoclaste, il écrira une "apologie de l’idolâtrie" qui fit beaucoup de bruit... Louis le Débonnaire chargera Jonas d'Orléans de réfuter ces hérésies par écrit.
Miné par les partisans de ce culte inconnu à la primitive Eglise, il écrivit quelques livres pour répondre aux adversaires du dehors. Ces écrits sont perdus, à l'exception des lambeaux que Jonas d'Orléans, son adversaire, nous en a conservés. Bien qu'incomplets, et mutilés ils restent un éclatant témoignage de la doctrine prêchée durant dix-sept, ans, dans les mêmes contrées où nous la trouverons plus tard professée par les Vaudois.
Les passages que nous allons en citer prouveront que Jonas d'Orléans ne faisait pas une trop grande concession, en avouant que Claude de Turin avait quelque connaissance des saintes Ecritures.
L'écrit de Claude de Turin que Jonas d'Orléans nous a conservé est intitulé : Réponse apologétique de Claude, évêque, à l'abbé Théodémir.

La lecture attentive de cette lettre met en évidence le caractère chrétien et éminemment évangélique de Claude de Turin. On y voit que la source où il puise son courage et sa fidélité est la Parole de Dieu, et l'on peut conclure de l'emploi continuel qu'il fait dans ses écrits de l'Ecriture qu'il a prêchée et répandue dans son diocèse, qu'il a dû donner un élan nouveau à l'étude des saintes lettres, qu'il a exhorté des ministres à n'enseigner que ce qu'elles contiennent pour conduire les brebis confiées au seul Berger céleste pour qu’il puisse les paître et les sauver éternellement.
Il est facile de se figurer l'immense influence qu'a dû exercer Claude de Turin durant un épiscopat de dix-sept ans environ.
Son œuvre de serviteur de Dieu se perpétuera après lui dans bien des cœurs, tout au moins dans quelques unes des montagnes et vallées des Alpes Vaudoises, bien moins exposées que la plaine au brusque envahissement de l'autorité des papes.
Si son épiscopat fut assombri par bien des tristesses, il eut aussi ses joies, car bon nombre d'esprits sérieux s'étaient groupés autour de lui : précieux réconfort que ce nombre de disciples fidèles grandissant de jour en jour.



"… ce n'est pas merveille, si les membres de Satan parlent de moi de la sorte, puisqu'ils ont appelé notre chef séducteur et démoniaque. Car je n'enseigne point une nouvelle secte, moi qui reste dans l'unité (de l'Eglise) et qui proclame la vérité. Mais, autant qu'il a dépendu de moi, j'ai étouffé les sectes, les schismes, les superstitions et les hérésies, et je les ai combattus, écrasés, renversés, et, Dieu aidant, je ne cesse de les renverser autant qu'il dépend de moi. Depuis que, malgré moi, je me suis chargé du fardeau de l'épiscopat, et, que, envoyé par le pieux Louis, je suis arrivé en Italie, j'ai trouvé à Turin toutes les basiliques remplies de souillures dignes d'anathème et d'images, contrairement à l'ordre de la vérité ; et, comme tout ce que les autres adoraient, seul je l'ai renversé, c'est aussi sur moi seul qu'on s'est acharné. C'est pour cela que tous ont ouvert leur bouche pour me calomnier ; et, si le Seigneur ne m'eût été en aide, ils m'auraient peut-être dévoré vif. Ce qui est dit clairement : "Tu ne te feras aucune ressemblance des choses qui sont au ciel, ni sur la terre..." (Exode 20.4), s'entend non seulement de la ressemblance des dieux étrangers mais aussi des créatures célestes et de ce que l'esprit humain a pu inventer en l'honneur du Créateur.

« Nous ne prétendons pas », disent ceux contre qui nous défendons l'Eglise, « nous ne prétendons pas que l'image que nous adorons ait quelque chose de divin, mais nous l'adorons avec le respect qui est dû à celui qu'elles représentent ». A quoi nous répondons : que si les images des saints sont adorées d'un culte diabolique, mes adversaires n'ont pas abandonné les idoles, ils n'ont fait qu'en changer le nom. Si donc tu écris ou peins sur les murs les images de Pierre, de Paul, de Jupiter, de Saturne ou de Mercure, ce ne sont ni des dieux, ni des apôtres (cf Actes 14.12-18) ; ni les uns ni les autres ne sont des hommes ; le nom est changé, mais l'erreur reste et demeure à toujours, en ce sens qu'ils ont une image de dieu privée de vie et de raison, au lieu d'images d'animaux, ou, ce qui est plus exact, au lieu de pierre et de bois.
On doit donc bien considérer que, s'il ne faut ni adorer ni servir les oeuvres de la main de Dieu, à bien plus forte raison on ne doit ni adorer ni servir les oeuvres de la main des hommes, pas même de l'adoration due à ceux qu'on prétend qu'elles représentent. Car si l'image que tu adores n'est pas Dieu, tu ne dois nullement l'adorer de l'adoration offerte à des saints, qui ne s'arrogent point du tout les honneurs divins.

Il faut donc bien retenir ceci, c'est que tous ceux qui accordent les honneurs divins, non seulement à des images visibles, mais à une créature quelconque, qu'elle soit céleste
ou terrestre, spirituelle, ou corporelle, et qui attendent d'elle le salut qui vient de Dieu seul, sont de ceux dont parle l'apôtre quand il dit : "Ils ont servi la créature plutôt que le Créateur"
(Romains 1.25). Pourquoi t'humilies-tu et t'inclines-tu devant de vaines images ? Pourquoi courbes-tu ton corps devant des simulacres insensés, terrestres, esclaves ? Dieu t'a créé droit, et tandis que les animaux sont penchés vers la terre, il veut que tu élèves tes yeux au ciel et que tu portes tes regards vers le Seigneur. C'est là qu'il faut regarder ; c'est là qu'il faut lever les yeux. C'est en haut qu'il faut chercher Dieu, pour apprendre à se passer de la terre (cf Colossiens 3.1-4). Élève donc ton cœur au ciel ; pourquoi t'étendre dans la poussière de la mort avec l'image insensible que tu sers ? Pourquoi te livrer au diable pour elle et avec elle ? Garde l'élévation où tu es né ; maintiens- toi tel que Dieu t'a fait.

Mais voici ce que disent les misérables sectateurs de la fausse religion et de la superstition :  C'est en mémoire de notre Sauveur, que nous servons, honorons et adorons la croix peinte ou érigée en son honneur ». Rien ne leur agrée donc en notre Sauveur que ce qui a plu même aux impies, l'opprobre de sa passion et l'ignominie de sa mort. Ils croient de lui ce qu'en croient les méchants, tant juifs que païens, qui rejettent sa résurrection et ne savent le considérer que comme torturé, et qui dans leur cœur le regardent toujours dans l'agonie de la passion, sans penser à ce que dit l'apôtre, et sans comprendre cette parole : "Nous avions connu Christ selon la chair, mais maintenant nous ne le connaissons plus de cette manière" (2 Corinthiens 5.16).

Voici ce qu'il faut répondre à ces gens-là. Que s'ils veulent adorer tout bois taillé en forme de croix, parce que Christ a été suspendu à la croix, il y a bien d'autres choses que Christ a faites pendant qu'il était dans sa chair et qu'ils feront mieux d'adorer. En effet, à peine est-il resté six heures suspendu à la croix, tandis qu'il a passé neuf mois dans le sein d'une vierge ; adorons donc les vierges, parce que c'est une vierge qui a donné le jour à Jésus-Christ. Adorons les crèches, puisque d'abord après sa naissance il fut couché dans une crèche.
Adorons de vieux haillons, puisqu'il fut emmailloté dans des haillons. Adorons les barques, puisqu'il navigua souvent, qu'il enseigna les troupes du haut d'une barque, qu'il dormit sur une barque, et que ce fut d'une barque qu'il ordonna de jeter le filet, lors de la pêche miraculeuse. Adorons les ânes, puisqu'il entra à Jérusalem monté sur un âne. Adorons les agneaux, puisqu'il est écrit de lui : "Voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde" (Jean 1.29). Mais ces fauteurs de dogmes pervers veulent dévorer les agneaux vivants et les adorer peints sur les murailles. Adorons les lions, car il est écrit de lui : "Le lion de Juda, race de David, a vaincu" (Apocalypse 5.5). Adorons les pierres, puisque, descendu de la croix, il a été placé dans un sépulcre de pierre, et que l'Apôtre Paul dit de lui : "or, ce rocher était Christ" (1 Corinthiens 10.4). Mais Christ est appelé rocher, agneau, lion, en figure et non dans le sens propre. Adorons les épines des buissons, puisque c'est de là que vint la couronne d'épines placée sur sa tête, au temps de sa passion. Adorons les roseaux, puisqu'ils fournirent aux soldats un instrument pour le frapper. Enfin, adorons les lances, puisque l'un des soldats le frappa d'une lance au côté, et qu'il en sortit du sang et de l'eau.

Tout cela est ridicule ; il vaudrait mieux le déplorer que l'écrire. Contre des sots nous sommes contraint d'avancer des sottises, et de lancer contre des cœurs de pierre, non pas les traits ou les maximes de la Parole, mais des projectiles de pierre. Convertissez-vous, hommes de mauvaise foi, qui vous êtes retirés de la vérité, et qui aimez la vanité, et qui êtes devenus vains, qui crucifiez de nouveau le Fils de Dieu et l'exposez à l'ignominie, qui avez rendu ainsi une foule d'âmes complices des démons, et qui, les éloignant de leur Créateur, au moyen des sacrilèges détestables de vos images, les avez abattues et précipitées dans la damnation éternelle.

Dieu commande une chose, et ces gens en font une autre. Dieu commande de "porter sa croix" (Matthieu 10.38), et non pas de l'adorer. Ceux-ci veulent l'adorer, et ne la portent ni corporellement ni spirituellement. Servir Dieu de cette manière, c'est s'éloigner de lui. Il a dit lui-même : "Que celui qui veut venir après moi renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive" (Matthieu 16.24), sans doute parce que celui qui ne renonce pas à soi-même ne s'approche pas de celui qui est au-dessus de lui, et qu'il ne peut saisir ce qui se passe, s'il n'a appris de bonne heure à le connaître.

Quant à ce que tu me reproches que « j'empêche le monde de courir en pèlerinage à Rome pour y faire pénitence » (…)  Nous savons bien que cette sentence de l'Evangile est très mal entendue : "Tu es Pierre et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux"
(Matthieu 16.18-19 a). C'est en vertu de ces paroles du Seigneur qu'une tourbe ignorante, négligeant toute intelligence spirituelle, tient à se rendre à Rome pour acquérir la vie éternelle. Celui qui entend convenablement les clefs du royaume des cieux ne recherche pas une intercession locale de saint Pierre. En effet, si nous examinons la valeur des paroles du Seigneur, il n'a pas été dit à saint Pierre seul : "tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux"
(Matthieu 16.19 b). En effet, ce ministère appartient à tous les vrais surveillants et pasteurs de l'Eglise.
Revenez, aveugles, à votre lumière. Revenez à celui qui illumine tout homme venant au monde. "Cette lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçues" (Jean
1.5). Tous tant que vous êtes, qui, ne voyant pas ou ne regardant pas cette lumière, marchez dans les ténèbres et ne savez où vous allez, parce que les ténèbres ont aveuglé vos yeux ; écoutez insensés, qui en allant à Rome, cherchez l'intercession de l'apôtre ; écoutez, ce que dit entre autres saint Augustin : Viens avec moi, et considère pourquoi nous aimons l'apôtre : Est-ce à cause de sa figure humaine que nous connaissons fort bien ?
Est-ce parce que nous croyons qu'il a été homme ? Non certes, autrement nous n'aurions plus rien à aimer, puisque cet homme-là n'existe plus ; son âme a quitté son corps. Mais nous croyons que ce que nous aimons en lui vit encore maintenant. Si le fidèle doit croire Dieu quand il promet, combien plus quand il jure et dit : "Que s'il y avait au milieu de cette ville-là Noé, Daniel et Job (Ezéchiel 14.14) c'est-à-dire, si les saints que vous invoquez étaient remplis d'une sainteté, d'un mérite et d'une justice aussi grande que ceux-là, ils ne délivreraient ni fils ni fille. Et c'est à cette fin qu'il l'a déclaré ; savoir, afin que nul ne mette sa confiance ni dans les mérites, ni dans l'intercession des saints, parce que s'il ne persévère dans la foi, dans la justice, dans la vérité où ils ont persévéré, et par laquelle ils ont plu à Dieu, il ne pourra être sauvé. Quant à vous, qui cherchez l'intercession de l'apôtre en allant à Rome, écoutez ce que dit contre vous saint Augustin, si souvent cité : "Ecoutez ceci, peuples pervers, fous que vous êtes ! Quand serez-vous sages ? Celui qui a planté l'oreille n'entendra-t-il point ? Celui qui a formé l'oeil ne verra-t-il point ? Celui qui châtie les nations, Celui qui donne à l'homme la science, ne reprendra t- il point ?" (Psaume 94.8-12).

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