15 mai. « Le pavement de l’église », un poème de George Herbert (1633)

Image (15 mai. « Le pavement de l’église », un poème de George Herbert (1633) )

THE CHURCH-FLOOR
MARK you the floor ? that square and speckled stone,
Which looks so firm and strong,
Is Patience :
And th’ other black and grave, wherewith each one
Is checker’d all along,
Humilitie :
The gentle rising, which on either hand
Leads to the Choir above,
Is Confidence :
But the sweet cement, which in one sure band
Ties the whole frame, is Love
And Charitie.

Hither sometimes Sinne steals, and stains
The marbles neat and curious veins :
   But all is cleansed when the marble weeps.
Sometimes Death, puffing at the doore,
Blows all the dust about the floore :
   But while he thinks to spoil the room, he sweeps.
Blest be the Architect, whose art
Could build so strong in a weak heart.

Le pavement de l’Eglise
Avez-vous remarqué le pavement ? Cette pièce carrée et mouchetée
Qui parait si ferme et si solide
Est Patience :
Et l’autre, noire et sévère, avec laquelle la première
Fait tout du long une bigarrure,
Humilité.
La douce montée, qui de part et d’autre
Conduit en-haut vers le Chœur
C’est la Confiance
Mais le ciment agréable à l’œil, qui par un lien indestructible,
Maintient le tout ensemble est Amour
Et Charité.

Ici parfois le Péché furtif entre et entache
Les pures et délicates veines du marbre :
   Mais tout est nettoyé quand le marbre pleure,
Parfois aussi la Mort, soufflant à la porte,
Chasse toute la poussière çà et là sur le sol.
   Mais tandis quelle pense souiller la pièce, elle la balaye,
Béni soit l’Architecte, dont l’art
A pu bâtir de façon si solide dans un faible cœur.


Commentaire :
Le fondement de la foi

Dans la cathédrale de Sienne, en Italie, vous pouvez trouver l'un des pavements intérieurs d'église les plus complexes au monde. Créé de 1372 à 1547 par les artistes les plus talentueux de Sienne (y compris Beccafumi (1484-15 mai 1551) les grands panneaux de marqueteries de marbre est un des exemples les plus appréciés d’un projet décoratif qui s'est étalé sur six siècles (14ème au 19ème).

Dans le poème de George Herbert (1593-1633), « »THE CHURCH-FLOOR » (The Temple, 1633), le sol de l'église devient une métaphore pour définir ce qui fonde la foi, et lui donne fermeté et solidité.

Pour comprendre ce poème, on doit imaginer l'intérieur de l’église. Vous regardez le sol, vous remarquez les carreaux du pavement, et la douce montée vers le chœur de l’église, où se trouve l'autel, un peu en hauteur à l’extrémité.
Vous êtes alors conscient de la poussière dans l'église. A tout cela le poète donne des significations par une série de comparaisons reflétant la relation entre Dieu et les êtres humains.

Symbolisme
La douce pente vers l'autel en hauteur (symboliquement la proximité avec Dieu) est appelée la confiance, et le ciment est « l'amour / la charité ». « Amour » signifiant l'amour céleste par opposition à l'amour humain. La foi agissante par la charité (Galates 5) étant le chemin biblique vers le salut.
Le sol est carrelé avec des dalles de marbre en noir et blanc. Les carreaux blancs mouchetés représentent la patience, nous dit Herbert. Les noirs, l'humilité.

Le lecteur doit comprendre le symbolisme et ainsi mieux comprendre la valeur de ces qualités morales, en rapport avec le cheminement d’une foi solide. Herbert nous dit : « Avez-vous remarqué le pavement ? » Ce n'est pas simplement une question, mais un défi, quelque chose que nous devrions remarquer pour apprécier la vraie nature du sol en-dessous de nous. L’énumération d’Herbert forme le fondement de la foi. Herbert suggère que nous n'avons pas appréciées à leur juste valeur de telles vertus en nous-mêmes. À Sienne, le visiteur ne peut s'empêcher de remarquer le sol enchanteur. Comme Herbert, les artistes des panneaux de marbre voulaient attirer notre attention sur quelque chose qui est rarement apprécié.

Patience et humilité semblent composer le chemin de la confiance. Les Réformateurs ont en effet souligné le fait que la confiance en l’Élection divine sans la patience et l’humilité ne mènerait qu’à la présomption, à l’orgueil, à la sécurité charnelle et à l’autosuffisance. Mais ce qui conduit Patience et humilité au Ciel c’est la confiance et l’Amour (de Dieu lui-même). Le salut pour Herbert est aussi indestructible que l’Eglise décrite par le poème. Il est invulnérable au péché et à la mort et en dépit de la faiblesse du cœur humain, il est soutenu et préservé par l’Amour (de Dieu) et par la Providence divine.

Le cœur humain
Cependant, le poème ne s’arrête pas là. George Herbert nous fournit maintenant une «application» pour le lecteur. Le marbre est moucheté, par le péché. Mais il suinte ou «pleure» et élimine la tache du péché. Le vent souffle la poussière. Le vent personnifie la « mort ». La mort « pense « faire une œuvre de destruction mais c’est son contraire qui arrive.

Ensuite vient la morale finale : une louange Dieu, l’« Architecte » qui a construit, non pas l'église, mais le cœur humain, parce que c'est bien de l’histoire du cœur humain dont nous parlons. Dans le Nouveau Testament, ceux qui composent l'Eglise sont comparés à un édifice (1 Pierre 2. 5), et le cœur humain à une pièce avec une porte (Apocalypse 3 ; 20).
Ainsi, les emblèmes d'Herbert correspondent bien au symbolisme biblique.

Questions :
-Pourquoi la «patience» correspond-elle aux carreaux blancs?
-Pourquoi «humilité» correspond-elle au noir?
-Pourquoi la «confiance» accompagne-t-elle «l'amour» ?
-Travailler le paradoxe énoncé: « La mort pense faire une chose, mais fait le contraire »
-Qui est l’«Architecte»?


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