17 septembre 1595. Mort d’une épouse tendrement aimée.

L‘épouse tendrement aimée d‘Agrippa d‘Aubigné, Suzanne de Lezay, disparut prématurément, le 17 septembre 1595, on ignore dans quelles circonstances et par quelle maladie imprévue. Sans doute avait-elle été affaiblie par ses maternités successives. D‘Aubigné fut atterré et longtemps inconsolable, malgré le secours de la foi. Il dévorait ses larmes dans la journée pour ne pas attrister ses enfants. Le chagrin le consuma au point de le rendre malade.

Image (17 septembre 1595. Mort d’une épouse tendrement aimée.)

Méditation sur le Psaume 88
C‘est fin 1595 qu‘il compose la pathétique Méditation sur le Psaume 88. C‘est pour lui d‘abord qu‘il écrivit cette paraphrase du psaume. Il se représente sous la figure du malheureux qui clame son désespoir et invoque la pitié du Seigneur :
« L‘auteur accablé d‘un deuil démesuré pour l‘amour de Suzanne de Lezay sa femme, prit le psaume 88 pour en tirer les vers mesurés qui sont dans ce livret… »
Il y a quelques strophes touchantes dans la version poétique :

                                                    Sauveur éternel, nuit et jour devant toi,
                                                   Mes soupirs s‘en vont relevés de leur foi.
                                                   Sus, soupirs, montez de ce creux et bas lieu
                                                                     Jusqu‘à mon Dieu…

                                                   Quand le jour s‘enfuit, le serin brunissant,
                                                   Quand la nuit s‘en va, le matin renaissant,
                                                   Au silemce obscur, à l‘éclair des hauts jours
                                                                     J‘invoque toujours…

                                                   Pour jamais as-tu ravi d‘entre mes bras
                                                   Ma moitié, mon tout, et ma compagne ? hélas!
                                                   Las! Ce dur penser de regrets va tranchant
                                                                     Mon cœur et mon chant.
Méditation en prose
Mais c‘est dans la Méditation en prose sur le même sujet que l‘époux désolé s‘est fait une application vraiment dramatique de la plainte biblique :

« …Je puis dire que j‘ai mon saoul de l‘adversité… tu m‘as scié par la moitié de moi-même, tu as fendu mon cœur en deux en arrachant de mon sein ma fidèle, très aimée et très chère moitié, laquelle, comme génie de mon âme, me tenait fidèle compagnie en tes luoanges, m‘exhortait au bien , me retirait du mal, arrêtait mes violences, consolait mes afflictions, tenait la bride à mes pensées déréglées et donnait l‘éperon aux désirs de m‘employer à la cause de la vérité. Nous allions unis à ta Maison“ »

Admirable évocation du rôle de la véritable épouse inspiratrice.

Notes :
Visages Huguenots, Jules Hertig, Lausanne 1951 ;
Agrippa d ‘Aubigné et le Parti Protestant, Armand Garnier, Paris 1928, tome II.

 

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