21 juin 1966. Le poète André Mage de Fiefmelin

publié le 21 June 2020 à 00h01 par José LONCKE

21 juin 1966. Le poète André Mage de Fiefmelin

21 juin 1966. André Mage de Fiefmelin
Le pont de l'île d'Oléron (Charente-Martime), a été inauguré le 21 juin 1966.
André Mage de Fiefmelin (avant 1560- après 1603) est un poète baroque français,  né dans l'Ile d'Oléron, où il passa sans doute toute sa vie, comme officier de justice.
Pour ce protestant, resté fidèle à sa religion, l'île, sujette aux vents, aux assauts de la mer, aux vagues de la pluie, est aussi un paysage intérieur : celui de l'homme en proie aux éléments du monde, mais y résistant, guidé par une foi persévérante. Car pour lui, la vraie vie est celle de l'âme qui aspire à Dieu.
Sa poésie, d'une spiritualité passionnée, traduit paix intérieure au milieu des tourments et des déchirures. Poésie volontiers paradoxale, cultivant les antithèses, les oxymores, les chiasmes, les oppositions, elle n'a de cesse qu'elle ne dise la misère de l'homme et la grandeur de Dieu. Poésie cosmique, mettant en branle le mouvement du monde; poésie sombre et violente, accordée à des temps de bruits et de fureurs; mais poésie assurée aussi, comme une force qui va. Le grand lyrisme passe dans cette œuvre longtemps méconnue, d'un écrivain qui est assurément un des grands poètes de la foi.



Premier essai spirituel
Comme un navire en mer au fort de la tourmente,
Prêt à choquer les rocs par les vents agité,
Sitôt qu'un feu de joie a montré sa clarté,
L'air se tait, l'eau se calme, et l'orage s'absente,

La nef sans peur recourt sur sa première sente (route primitive)
Au rivage étranger qu'elle avait écarté,
Fait voile assurément, mire son nord quitté, (fixe)
Et selon son dessein surgit au port contente,

Mon âme ainsi, battue et des vagues d'ennui (douleur, tourmente)
Et des rocs du malheur, périssait aujourd'hui
Au gouffre de ses maux, sans la faveur divine.

Ton œil, mon feu de joie, ô Dieu, m'a secouru,
Et ta main m'a d'enfer demi-mort recouru :
Ainsi vit qui en temps sent ta grâce bénigne. (bienveillante, favorable)

Deuxième essai spirituel
Ce monde comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre (douleur)
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne (se tourmente)
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce ‘est qu’une farce, ousimple comédie
Dont la fin des joueurs la Parque couronnant
Change la catastrophe en triste tragédie. (l’évènement dramatique qui amène le dénouement)

4ème essai spirituel
D’un accordant discord s’entrechoquant en moi (dispute, désaccord, division)
Deux hommes en un homme, en un corps deux natures,
Deux formes en un être, et en deux créatures
Une personne humaine où un se double en soi.

En nous donc n’étant qu’un, où deux pourtant je vois,
S’accordent discordants par rares aventures
D’une âme mi-partie au choc de leurs injures,
Ma chair et mon esprit à qui me fera roi.

L’Esprit me monte en haut, la chair en bas m’atterre, (me terrasse, me renverse)
Si qu’en moi vrai chaos s’assemblent ciel et terre, (de telle sorte que)
Mi-partissant mon cœur qui chancelle entre deux.

Or le bien, or le mal tout à coup je désire (tantôt... tantôt)
Puis la chair me fait choir au mal que je ne veux,
Mais l’Esprit me relève et fait qu’au bien j’aspire.

6ème essai spirituel
Veux-tu savoir, Mondain quel est mon être au monde
Je ne suis rien qu’un mort qui vif entre les morts, (vivant)
Meurt entre les vivants sons les divers efforts
Du contraste au combat où tout mon heur je fonde. (bonheur)

De ces duels ma trêve à son salut redonde, (abonde, dispose à profusion)
De mes maux sourd mon bien et d’accordants discords, (désaccords)
Mon esprit m’entretient en paix avec mon corps,
D’où je tire ma joie, où ma tristesse abonde.

Ma vie est en ma mort, en mon mal mon bonheur,
Ma lumière en ma nuit, mon courage en ma peur,
Ainsi d’un même lieu me nuit chose diverse.

Mais aux Régénérés est seul commun ce sort, (les convertis à Dieu)
L’esprit de mort à vie en leur chair les exerce,
Pendant que les mondains courent de vie à mort.


Étude : Pierre Ménanteau, Images d'André Mage de Fiefmelin, Limoges, Rougerie, 1965

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