4 octobre 1472. Cranach

publié le 4 October 2017 à 00h01 par José LONCKE
4 octobre 1472. Lucas Cranach l’Ancien
Lucas Maler, dit Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), est né le 4 octobre 1472 à Kronach en Haute-Franconie (Allemagne). C'est un peintre et graveur de la Renaissance allemande. Son patronyme dérive de celui de sa ville natale. Il est le père de Lucas Cranach le Jeune (1515 - 1586).

Cranach, après un séjour à Vienne où sa peinture était marquée d’une vitalité magnifique et violente, fut invité en 1505, à l’âge de 33 ans à s’installer dans la ville de Wittenberg, capitale de la Saxe par son prince électeur Frédéric le Sage. Il y fut peintre officiel de la cour et y demeura, actif et célèbre jusqu’à sa mort, apprécié également par les princes suivants Jean le Constant et Jean-Frédéric le Magnanime. Il sut répondre aux désirs d’une cour désormais influencée par le protestantisme naissant (c’est à Wittenberg que Luther affichera en 1517 ses fameuses 95 Thèses, sur la porte de la chapelle du château).

Portrait de Caspar von Köckeritz
Si on compare ce portrait de Cranach avec les portraits qui peuvent avoir été peints à la même époque ou précédemment, en l'Italie par exemple, on remarque une profondeur du regard, une attitude méditative marquée par un sentiment de responsabilité devant la vie, le monde et soi-même. De plus, malgré sa tenue de personnage important, les deux belles bagues qu'il porte au doigt, la chaîne d'or à son cou et son beau manteau de fourrure, on est très loin ici du luxe extravagant des peintures du Titien de l'Italie de cette époque, où l'on se laissait emporter par le fleuve d'une joie exubérante, de l'argent et du plaisir, peintures ne manifestant pas de préoccupations spirituelles.
Par contre à cette époque, les Allemands avaient cette recherche spirituelle. Luther, trouvait le salut en Jésus-Christ dans la Bible et comprenait que le chrétien ne  pouvait être ni angoissé quant à son salut ni prétentieux. Il disait « nous sommes des pécheurs et des pécheurs pardonnés ». Le message de la « grâce » nous permet d'être dé-préoccupé de soi-même et n'a pas à faire ses preuves.  L'homme représenté sur ce tableau de Cranach me semble très protestant dans la mesure où il peut assumer son existence sans orgueil, sans sotte prétention.

Portrait de Martin Luther (vers 1520)
Luther est peint  en moine augustin avec bonnet doctoral. Cranach était totalement engagé, comme son compatriote Albrecht Dürer, dans les idées nouvelles du protestantisme. Il était ami de Martin Luther dès l’affichage des 95 thèses à Wittenberg, il s’engage du côté de Luther. L’amitié entre les deux hommes est immédiate et ne se démentira jamais. Ils n’ont jamais, l’un et l’autre, cessé de s’entraider : Luther a été le parrain de la fille de Cranach et Cranach a été le témoin de Catherine Bora au moment du mariage de celle-ci avec Luther.
Une série de portraits de Luther et des siens en témoigne. Par exemple, en 1519, Cranach montre Luther en jeune homme concentré et amical (collection particulière, Bruxelles). Vers 1520, il dépeint Luther l’année où celui-ci a affronté – au péril de sa vie – le pape Léon X et l’empereur Charles Quint à la diète de Worms à la suite de quoi il avait été mis au ban de l’empire et s’était réfugié dans le château de son protecteur, le prince-électeur Frédéric le Sage. En 1522, il peint Luther avec la barbe qu’il a fait pousser pour ne pas être reconnu (bibliothèque royale de Belgique) ; en 1525, il peint Luther et son épouse.

Cranach illustra la traduction en allemand que Luther faisait du Nouveau Testament.


Il a peint le retable de Weimar (Peter und Paulkirche) qui expose le thème de la justification par la foi. Portrait de Madeleine Luther.

La jeune fille ne semble pas triste, tout au plus songeuse ou plutôt méditative. Cela semble tout à fait dans le style de l'Allemagne de la Réforme luthérienne, contrairement à l'exubérance des tableaux italiens de la même époque, comme ceux du Titien, qui ne sont certes pas peints sur fond noir. Le Titien aurait ajouté des bijoux à la jeune fille, alors que Cranach n'en a pas peint un seul, à l'exception d'un tout petit noeud noir qui ferme son corsage. Elle n'a ni perles, ni bagues, ni boucles d'oreilles.  Luther le lui a certainement fait comprendre en lui faisant son catéchisme. Il a dû lui dire : « tu es responsable de toi-même. On est dans l'ambiance de la Réforme luthérienne. On ne dépense pas son argent pour se faire plaisir mais pour construire un monde meilleur.
Magdalena Luther, La fillette du portrait, est bien une petite protestante de l'Allemagne renaissante protestante du 16e siècle. Elle montre par sa tenue qu'elle porte effectivement la responsabilité de sa vie, du monde. 


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