6 août 1868. Paul Claudel et la Bible

publié le 6 August 2020 à 00h01 par José LONCKE

Paul Claudel né à Villeneuve-sur-Fère (Aisne), le 6 août 1868,  est un auteur dramatique et poète français (décédé à Paris le 23 février 1955). Reçu premier au concours des Affaires Étrangères en 1893, il mène une riche carrière de diplomate qui le conduit d'Extrême-Orient (1895-1909) à Washington et Bruxelles, temps qu'il met à profit pour une intense créativité littéraire.
Possédé d'un élan spirituel que le matérialisme et le scientisme de son époque ne parviennent pas à satisfaire, lors de la nuit de Noël 1886, il ressent dans la cathédrale Notre-Dame de Paris une émotion vive qu'il identifie à l'illumination de la foi religieuse.

Extrait : Ma conversion (1913)

[…] J'avais complètement oublié la religion et j'étais à son égard d'une ignorance de sauvage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d'un grand poète, à qui je dois une éternelle reconnaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante, Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d' Une saison en enfer , fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l'impression vivante et presque physique du surnaturel. Mais mon état habituel d'asphyxie et de désespoir restait le même. J'avais complètement oublié la religion et j'étais à son égard d'une ignorance de sauvage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d'un grand poète, à qui je dois une éternelle reconnaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante, Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d'Une saison en enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l'impression vivante et presque physique du surnaturel. Mais mon état habituel d'asphyxie et de désespoir restait le même. Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C'est dans ces dispositions que, coudoyé et bousculé par la foule, j'assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand'messe. Puis, n'ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J'étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l'entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c'est alors que se produisit l'événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée, n'ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence, l'éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. […]

Contacts et circonstances, Œuvres en Prose, Gallimard, La Pléiade, pp.1009-1010

6 août 1868. Paul Claudel et la Bible
Il raconte que, le soir même de Noël 1886, après l’évènement de Notre-Dame de Paris, il voulut lire la Bible et prit un exemplaire donné à sa soeur Camille Claudel par une amie, allemande et protestante : Laetitia de Witzleben. Il lut, dit-il, l’épisode évangélique des disciples d’Emmaüs et le livre des Proverbes.
Quelques mois auparavant, il avait découvert Arthur Rimbaud, celui qu’il a surnommé «le mystique à l’état sauvage», qui le libérait du «bagne matérialiste» et lui donnait «l’impression presque physique du surnaturel».


Ce qui ne peut être mis en doute, c’est sa conversion à la Bible. Les écrits sont là pour le prouver. De la Bible, comme beaucoup de français, il n’avait, avant sa conversion, qu’une connaissance rudimentaire; il était obligé de retourner à des souvenirs «d’histoire sainte» ; qui n'avaient pas résisté milieu intellectuel de la fin du dix-neuvième siècle, qu’il dépeint sous la domination du matérialisme, du positivisme, du naturalisme en littérature, de l’anticléricalisme qu’il partageait : l’Église catholique lui était devenue infréquentable; il affirme avoir souffert d’un climat qu’il trouvait étouffant et sec, sinistre.

L'union de la foi et de la poésie va le conduire à créer une rhétorique originale et forte qui renouvelle les conventions du théâtre et de la poésie mystique.

Vers 60 ans, libéré de ses obligations professionnelles et ayant achevé son oeuvre littéraire, Paul Claudel écrira beaucoup plus sur la Bible, privilègiant "une lecture spirituelle".

PSAUME 110 (d'après une adaptation Paul Claudel)

Ohé, les bonnes gens, peut-être que ce n'est pas trop de tous ensemble pour apprendre au bon Dieu que l'on est content de Lui!

Dites, c'est beau, ce qu'Il a fait pour nous, c'est d'une adresse à ne pas y croire!

On en a plein le cœur de Sa magnificence et Sa Justice marche au travers des siècles en triomphe.

On a quelqu'un pour penser à nous qui a de la mémoire, plein de tendresse et de compassion.

Quand on est d'accord avec Lui, c'est du pain qu'Il nous met dans la bouche pour le manger.
Ce qu'Il fait, la saveur que ça a, ça l'amuse de goûter que nous le goûtons.

Toutes les nations du monde n'ont été faites que pour nous,
pour que nous en profitions. Ses mains ne sont que vérité et justice.

C'est pas une chose, Sa justice, un jour et autre chose l'autre fois, les siècles vont leur chemin, ça ne change pas, ça marche dans la vérité et la justice.

Il a envoyé Quelqu'un pour payer à notre place, Il a signé quelque chose avec nous.
Son nom est saint et magnifique.

Le souci qu'on a de lui faire de la peine, c'est par là, mes petits enfants, pour nous que ça commence à marcher.
Travaillons là-dessus avec tout l'esprit que nous pourrons, et les siècles passés se lèveront derrière nous pour nous dire bravo !

Le texte original se trouve dans l'ouvrage "Psaumes, traductions 1918-1953" publié par les Editions Desclée de Brouwer en 1968 (collection Foi Vivante)

Sur Claudel et la Bible : Lucien Guissard, Paul Claudel et la Bible, Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 1999. Disponible sur :
<http://www.arllfb.be/ebibliotheque/communications/guissard110999.pdf>

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