3 janvier 1812. Delessert, Napoléon et l'industrie du sucre

publié le 3 January 2020 à 00h01 par José LONCKE

Il faut aller voir cela. Partons ! »

C’est sur cette exclamation que l’Empereur Napoléon, répondant à l’invitation du comte Chaptal s’est rendu, ce matin du 2 janvier 1812, au village de Passy afin d’y visiter la fabrique de sucre de betterave établie par Benjamin Delessert.

L’équipe Quéruel-Delessert
Héritier du Siècle des Lumières, Benjamin Delessert (1773-1847) est à la fois botaniste, homme politique, philanthrope et entrepreneur. C’est au cœur du village de Passy, à l’ouest de Paris, qu’en 1801 il transforme une ancienne filature de coton en raffinerie de sucre de canne.
Benjamin Delessert présente à Napoléon ces pains de sucre produits sur place, fruit de plusieurs années de recherches acharnées, menées avec son ingénieur en chef, Jean- Baptiste Quéruel.

3 janvier 1812. Delessert, Napoléon et l'industrie du sucre
Car, sous l’effet conjugué du Blocus continental et de la proclamation d’indépendance de la colonie française de Saint Domingue, les approvisionnements en sucre de canne brut se sont taris. L’Europe, vivait désormais sous la menace de pénurie d’une des ressources de base de l’alimentation. Afin d’offrir un nouveau débouché à ces installations industrielles et de contribuer aux nécessaires efforts d’indépendance sucrière de la Nation, Delessert et Quéruel se sont basés sur les travaux de pionniers : 
-dès le 16ème siècle, Olivier de Serres avait noté l’extraordinaire richesse en sucre de la betterave ;
-en 1745, le chimiste allemand Marggraf avait extrait de celle-ci du sucre qu’il avait solidifié, mais dont l’aspect était bien peu appétissant.
-en 1801, Charles-François Achard (1753-1821), un autre chimiste allemand, descendant d’émigré français, fabrique du sucre de façon industrielle en Silésie.
L’équipe Quéruel-Delessert arrive à mettre au point un processus adapté à l’échelle industrielle et assorti d’une avancée technique déterminante, faire cristalliser le sucre pour obtenir une matière sèche et aisément débitable en morceaux, plutôt que de produire une masse cuite tantôt malléable, car imbibée de sirop, tantôt extrêmement dure et difficilement utilisable

Décoré
L’empereur décore alors, avec sa propre croix de la Légion d’Honneur, l’industriel .Cela se passe au matin du 2 janvier 1812. Cet épisode, est attesté dans les colonnes du "Moniteur Universel" du 3 janvier 1812. Benjamin Delessert sera dès lors immortalisé par l’imagerie d’Épinal. Comme celui à qui l’on doit le sucre blanc raffiné qui est toujours consommé de nos jours.

L’industrie du sucre
Témoignant de l’importance de cette innovation, un Bulletin des Arts et Métiers de 1812 confirme que l’équipe Quéruel-Delessert est la première à avoir su « grener le sucre ».
Chimiste de formation, ancien ministre de l’Intérieur devenu président de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, Chaptal exerce une grande influence sur Napoléon 1er pour ce qui concerne le monde scientifique et industriel. Il est ainsi à l’origine du premier décret betteravier par lequel l’Empereur ordonne, le 21 mars 1811, la mise en culture de 32 000 hectares de betteraves sucrières.
Dès le 15 janvier, il décide la mise en culture de 100 000 hectares. Décision qu’il assortit de bourses pour les étudiants se destinant aux métiers de la production sucrière de 500 licences accordées pour la construction de nouvelles fabriques et de mesures fiscales incitatives.
Dans les faits, il faudra attendre les années 1830 pour que la filière betterave-sucre française prenne véritablement son essor. Mais il est incontestable que, ce 2 janvier 1812, l’Empereur avait vu juste.
Conscient que la science venait de créer une nouvelle richesse pour la France, il ouvrait la voie à une ressource locale, associant étroitement agriculteurs et industriels. Au fil des décennies, la France est devenue le premier producteur mondial de sucre de betterave et le n°1 européen du sucre. Des positions que la filière sucrière française, deux cents ans après sa naissance symbolique maintient toujours fidèlement.

Source : www.lesucre.com
              Theodore Zeldin, Une histoire du monde au XIXème siècle, Larousse,  p 104

 

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