8 aout 1914. Départ de Shackleton de Plymouth

publié le 8 August 2017 à 00h01 par José LONCKE

8 aout 1914. Départ de Shackleton de Plymouth... Les hommes de l'île de l'Éléphant sauvés le 30 août 1916.

8 aout 1914. Départ de Shackleton de Plymouth

Sir Ernest Shackleton : on pouvait compter sur lui
Nous sommes le 8 août 1914. Ernest Shackleton quitte l'Angleterre à bord d'un trois-mâts qu'il a baptisé l'Endurance. 27 hommes l'accompagnent. Cap au sud. Leur but est de traverser l'Antarctique
à pied. Ils ont du matériel, bien sûr, soixante chiens pour tirer les traîneaux, deux cochons, et un
chat.
Les jours passent. Les semaines passent. Les mois passent. Ils traversent l'Atlantique Nord. Ils traversent l'Atlantique Sud. Ils font escale sur une île qui s'appelle la Géorgie du Sud, un désert froid balayé par le vent, sans confort. L'île est britannique, mais il n'y a que des pécheurs norvégiens pour l'habiter, des chasseurs de baleines. Cela fait cinq mois qu'ils sont partis, et Shackleton et son équipe doivent aller plus au sud encore.

Très vite, ils rencontrent les glaces. De gros blocs de glace qui se bousculent dans la mer comme des glaçons dans un verre de Coca. 1500 kilomètres de glaçons, de plus en plus gros, de plus en plus dangereux. Et après six semaines de navigation au milieu des glaçons, la température baisse tout d'un coup. La mer gèle. Nous sommes le 18 janvier 1915. L'Endurance est pris dans la glace, à 150 kilomètres seulement de la terre ferme. On peut descendre sur la banquise jouer au foot. Mais
on ne peut plus atteindre l'Antarctique. On ne bouge plus. Ou plutôt, on bouge dans le mauvais sens. La dérive des glaces fait que le bateau remonte doucement vers le nord. Les jours passent. Les semaines passent. Les mois passent. Mille
kilomètres de dérive.

Octobre 1915. Shackleton et ses hommes sont toujours en vie. Le bateau est toujours pris dans la glace. Une glace épaisse, puissante, qui serre le bateau comme un étau. Une glace qui bouge, qui veut écraser l'Endurance comme une coquille d'oeuf. Le bateau se déforme sous la pression. Les fenêtres se tordent et se cassent. Les planches s'ouvrent. Le bruit du bois qui se fend est sinistre. Le bateau est penché à 30 degrés. Rester à bord, c'est trop dangereux. Il faut abandonner le navire. La
nuit du 27 octobre, il n'y a plus personne à bord, on monte des tentes sur la glace. Des tentes
tellement fines qu'on voit la lune à travers. Il fait -27°.

Mais la fin de l'hiver est proche, et avec le printemps, la glace va fondre. Ce qui reste du bateau va couler, et les tentes et les hommes aussi. Shackleton dit à ses hommes que leur seul espoir consiste à marcher jusqu'à une petite île à 600 kilomètres plus au nord, l'île Paulet. Il faudra récupérer du matériel, le strict nécessaire, et le traîner avec les trois canots de sauvetage. On ne pourra même pas prendre la Bible du bord, c'est trop lourd, une Bible. Shackleton l'ouvre, arrache une page, et pose le
reste de la Bible sur la glace. Il va garder uniquement quelques versets du livre de Job :

De quelle mère est née la glace ? Le givre, qui l'a mis au monde ? Quand il gèle, l'eau devient dure comme pierre, la surface des flots se prend en un seul bloc (Job 38.29-30).


Shackleton et ses hommes pensent à Dieu, qui est le Créateur de tout, même de la neige et de la glace. Quand Shackleton a le dos tourné, un vieux marin ramasse la Bible. Cela ne se fait pas, de jeter une Bible. On se prépare à partir.
Les jours passent. Les semaines passent. On avance péniblement, en faisant quelques allers-retours vers l'Endurance. Le 21 novembre 1915 ce tas de bois et de cordes qui était leur bateau disparaît pour toujours sous la glace. Les hommes sont accablés. Shackleton s'efforce de leur remonter le moral. Mais il se rend compte que son idée de faire 600 kilomètres à pied dans la glace et la neige ne tient pas. Les trois canots qu'il faut traîner sont trop lourds. La seule chose à faire, c'est de
camper sur la banquise, et attendre que la dérive des glaces les amènent plus au nord.


Plus au nord, il fait plus chaud. L'été arrive, la température remonte jusqu'à 1°. La neige et la glace commencent à fondre. Tout est mouillé. De jour, les vêtements sont trempés. De nuit, ils gèlent, tout comme les sacs de couchage, qui sont durs comme des plaques de fer. Comme nourriture, il n'y a pratiquement plus que du phoque et du manchot.

Le mois de janvier, dans les pays du sud, c'est l'été. La glace sur laquelle ils vivent devient dangereuse. Ils ne peuvent plus utiliser des traîneaux. Ils commencent à tuer les chiens. Cela leur fend le coeur.
Les jours passent, les semaines passent, les mois passent. Au mois de mars, ils tuent le dernier chien, et cette fois-ci ils le mangent. Au mois d'avril 1916, la glace se fissure au milieu du camp.

Les trois canots de sauvetage sont mis à l'eau. Les 28 hommes prennent place à bord. La mer est haute. Il y a de la glace partout. L'eau se déverse en cascade dans les bateaux. Un homme à la barre. Des hommes qui rament. Des hommes qui écopent, qui vident l'eau avec des coupes. Personne ne peut dormir. Les vêtements deviennent une armure de glace. La nuit est noire, terrifiante. Des baleines apparaissent, ce sont des orques, capable de renverser les bateau et de plonger les hommes
dans la mort. Le jour, ramer, écoper, sans répit. La nuit, ramer contre les vagues et le vent, dans le
froid, dans l'angoisse. Un jour, deux jours... sept jours de cauchemar.

Ils touchent à terre sur l'île de l'Eléphant. Les hommes s'effondrent sur la plage, le visage plongé dans les cailloux. Ils rient comme des fous. Cela fait 497 jours qu'ils n'ont pas mis pied sur la terre ferme. L'île de l'Eléphant ne ressemble pourtant pas au jardin d'Eden. Les vents soufflent à 130 kilomètres à l'heure, déchirant leurs tentes en mille morceaux, emportant des couvertures, des ustensiles de cuisine. Ils ne peuvent pas y rester. Il n'y a pas de radio, pas de balise argos, bien sûr. Personne, mais personne ne viendra jamais les trouver sur l'île de l'Eléphant. Deux des canots sont inutilisables. Il n'y a qu'une seule chose à faire, et le choix est terrifiant.

Shackleton va prendre le plus grand des canots de sauvetage et avec quelques hommes ira chercher du secours. A 1300 kilomètres de là, sur l'île de la Géorgie du Sud. A travers les glaces flottantes. Dans des vagues hautes de 15 mètres. A la rame. Dans un bateau en bois de moins de sept mètres et que le charpentier a essayé d'améliorer avec du bois de récupération, en le rendant étanche avec du sang de phoque et de la peinture à l'huile.
Le 24 avril 1916 Shackleton et cinq autres hommes prennent la mer. Et Shackleton n’a pas choisi les plus forts, il en a pris également qui risquait de compromettre l’équilibre du groupe resté à terre. 22 hommes restent sur l'île, condamnés à vivre de la viande de phoque et de manchots, avec comme seuls abris les deux bateaux restants.

Les jours passent, les semaines passent, les mois passent. Est-ce que Shackleton va jamais revenir. Peut-être qu'il est mort. Peut-être qu'il faut envisager de réparer les bateaux restants, peut-être qu'il faut partir, tenter sa chance malgré tout. Shackleton était un type bien, un chef extraordinaire, mais peut-être qu'il ne reviendra jamais.

C'est qu'il a des problèmes, lui aussi. Il est parti par beau temps, mais le lendemain la tempête s'est
levée. Une tempête qui menace de retourner le bateau et de les noyer. Une nuit, ils se réveillent pour trouver qu'il avait neigé ou plu et que le bateau était recouvert de 40 centimètres de glace. Qu'il faut casser, sinon, c'est le chavirage. Ils ne sentent plus leurs pieds. Les mains sont mordues par le froid.

Leur eau est devenue imbuvable. Il y a tellement de nuages qu'ils ne voient jamais le soleil, qu'il ne peuvent pas fixer leur route correctement. S'ils ratent la Géorgie du Sud, la prochaine escale est en Afrique, à 6000 kilomètres. Impossible.
Après quinze jours de souffrances, ils voient des algues flottant à côté d'eux. Puis des oiseaux terrestres. Puis enfin à travers le brouillard ils voient la terre! Le 10 mai, ils abordent sur une plage déserte de la Géorgie du Sud. Mais c'est du mauvais côté de l'île. Pour retrouver les baleiniers norvégiens, il faut faire 250 kilomètres de navigation encore - et le bateau est trop abîmé pour cela, es hommes trop épuisés.


Par voie de terre : seulement 35 kilomètres à vol d'oiseaux. Mais des montagnes vertigineuses, des crevasses à moitié cachés par la neige, des vents terribles. Et aucune carte. Le blizzard se lève. Il faut attendre. Puis le 19 mai le temps se calme. Avec deux hommes Shackleton commence la traversée à pied. Le 20 mai, après avoir marché 36 heures sans arrêt, ils arrivent dans le village des pécheurs norvégiens. Ils sont noirs de la fumée d'huile de phoque. Leurs cheveux descendent sur leurs épaules, raides de crasse et de sel. Deux enfants prennent peur et s'enfuient. Puis c'est l'heure des retrouvailles avec les pécheurs qui les avaient vus partir il y a 18 mois de cela avec un beau bateau qui s'appelait l'Endurance. Les baleiniers norvégiens ont vite fait d'aller chercher les trois équipiers restés de l'autre côté de l'île. Ils les ramènent avec leur précieux canot de sauvetage.

Mais sur l'île de l'Eléphant entre-temps, les jours passent, les semaines passent, les mois passent. 22
hommes se demandent s'ils vont jamais revoir Sir Ernest Shackleton. Il a dépassé les délais raisonnables. Un homme a eu une crise cardiaque. D'autres sont malades du froid. Le lieutenant commence à se demander comment s'en tirer tout seul.

Le 30 août ils sont en train de faire une espèce de soupe avec des coquillages quand ils voient s'approcher un gros bateau. D'où il sort ? Il bat pavillon chilien. Ils aperçoivent Shackleton à son bord. Trois fois les glaces l'avaient empêché de les rejoindre. La quatrième fois le gouvernement chilien lui a donné un bateau plus costaud. Il est venu. Ils sont sauvés. Pas un homme n'aura été perdu.

Ernest Shackleton était aimé de ses hommes. On comprend pourquoi. Jésus-Christ était aimé de ses disciples. Et un jour il les a quittés en disant qu'il reviendrait. Vous pensez qu'il va tenir parole ? Moi, j'en suis sûr. Pas un seul de ceux qui lui appartiennent ne sera perdu. Il a dit : Je ne vous laisserai pas seuls comme des orphelins, mais je reviendrai vers vous. (Jean 15.18). A
partir de maintenant vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir en
gloire sur les nuées du ciel. (Matthieu 26.64). Oui, dit Jésus, je viens bientôt. J'apporte avec moi mes récompenses pour rendre à chacun ce qu'il aura fait. Je suis l'Alpha et l'Omega, le commencement et le but. (Apocalypse 22.12-13).
Oui, je viens bientôt ! Oh oui, qu'il en soit ainsi : Viens Seigneur Jésus ! (Apocalypse 22.20).

Aujourd’hui, dans une banlieue de Londres, vous pouvez voir à Dulwich College le canot de Shackleton. Demandez à voir sa Bible aussi. Il lui manque une page.

Les dates
Départ de Plymouth, en Angleterre : 8 août 1914
Départ de la Géorgie du Sud : 5 décembre 1914
Endurance pris dans la glace :18 janvier 1915
Le navire est abandonné : 27 octobre 1915
Les 3 canots prennent la mer : 9 avril 1916
Shackleton quitte l'île de l'Éléphant : 24 avril 1916
Il arrive à la Géorgie du Sud : 10 mai 1916
Il arrive au village des pécheurs : 20 mai 1916
Les hommes de l'île de l'Éléphant sauvés : 30 août 1916


http://gordon.margery.free.fr/pdf/predications/Sir%20Ernest%20Shackleton.pdf

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