8 janvier 1646. Gabriel Gilbert et les psaumes

publié le 8 January 2022 à 00h01 par José LONCKE

8 janvier 1646. Gabriel Gilbert et les psaumes

Gabriel Gilbert (1620-1680), contemporain de Pierre Corneille et Jean Racine et de leurs précurseurs dans le théâtre, professa le protestantisme (ce qui l’empêcha d’entrer à l’Académie française) et fut pendant un temps secrétaire de la duchesse de Rohan et à partir de 1657 résident (plénipotentiaire) de la reine Christine de Suède à la cour de France (pour laquelle il concéda quelques poèmes semi-catholiques). Il jouit de la protection de Monsieur, frère du roi et de Richelieu.

Théâtre

Ces emplois ne l’avaient pas empêcher de s’occuper de poésie et surtout de théâtre. On connaît un « Art de plaire » d'après l'Ars amandi d'Ovide et une douzaine de tragédies dont « Marguerite de France » (1640), et « Téléphonte » (1642), où Richelieu qui se piquait de théâtre fit entrer des vers de sa façon.

On peut citer également, « Rodogune » qui offre une telle ressemblance avec la pièce de Corneille (jouée en 1646), qu'on accusa Gilbert de l'avoir connue à l'avance et mise à contribution. La pièce de Gilbert suit la tragédie de Corneille pendant les quatre premiers actes mais s'en démarque au cinquième acte par un dénouement non sanglant, d'où son titre de tragi-comédie.

« Rodogune » de Gilbert est probablement jouée par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne pour concurrencer celle de Corneille, laquelle fut certainement créée au Théâtre du Marais par la troupe de Floridor. Toutes deux allégorisent le règne d'Anne d'Autriche (1643-1651) par la princesse parthe Rhodogune. Gilbert obtint un Privilège du Roi pour sa « Rodogune » le 8 janvier 1646.

Citons enfin, « Hyppolite ou le garçon insensible » (1647), dont Racine  paraît avoir imité quelques vers dans Phèdre.

Gilbert manque de chaleur et ne sait pas construire un plan; cependant il contribua à épurer la langue et à préparer le goût.

Les Psaumes

En 1680 publié publiée chez un libraire protestant sa propre version du psautier (avec une préface assez sévère) révisé sur la version originale (Cinquante Pseaumes de David, mis en vers françois par feu Mr Gilbert. Seconde edition, reveuë et augmentée du Decalogue, et du Cantique de Simeon, Paris, A. Cellier, 1680), censée pouvoir faire concurrence à celle de Conrart-La Bastide récemment publiée chez le même libraire (Le Livre des Psaumes en vers françoisretouché par feu Monsieur Conrart, Charenton, A. Cellier, 1677 ; Les Psaumes en vers FrançoisRetouchez sur l’ancienne Version. Par feu M. V. Conrart Conseiller et Secretaire du Roy, Paris, A. Cellier, 1679). C’est là une tentative, sans lendemain, de concurrence extra institutionnelle, puisque cet écrivain professionnel de confession réformée met sa compétence au service de son Église sans avoir jamais été sollicité pour le faire. De plus Gilbert amboionnait de faire une nouvelle traduction alors que Conrart plus sagment entreprenait seuelment de « corriger les vœux mots et les vieilles phrases de Marot ». C’est Conrart qui co,ntinue d’être chanté les Eglises.

Voici le début du psaume 6, dans la version de Gilbert :

Ne sois point si sévère

Seigneur, en ta colère

Ne me punis jamais ;

Vois la faiblesse humaine

et ne rends point ma peine

égale à mes forfaits .

Je pâme de faiblesse

et pousse en ma tristesse

des soupirs languissants ;

Je suis dans la torture,

et les maux que j’endure

étonnent tous mes sens.

Malgré ses multiples travaux, Gilbert n’en resta pas moins pauvre et serait mort dans l’indigence si Herwart protestant comme lui ne lui avait donné asile. Herwart aida également La Fontaine dans les mêmes cironstances.

Œuvres

  • Marguerite de France, tragi-comédie, 1641

  • Téléphonte, tragi-comédie en cinq actes en vers, 1642

  • Rodogune, tragi-comédie, 1646

  • Sémiramis, tragédie, 1647

  •  Hippolyte ou le Garçon insensible, tragédie, 1648 À évaluer

  • Panégyrique des dames, dédié à Mademoiselle, 1650

  • L’Art de plaire, 1656

  • Les Amours de Diane et d’Endimion, tragédie, 1657

  • Chresphonte, ou le Retour des Héraclides dans le Péloponèse, tragi-comédie, 1659

  • Ode à son Eminence, 1659

  • Arie et Petus, ou les Amours de Néron, tragédie, 1660

  • Les Poésies diverses de M. Gilbert, 1661

  • Les Amours d’Ovide pastorale heroïque, 1663

  • Les Amours d’Angélique et de Médor, tragi-comédie, 1664

  • Les Intrigues amoureuses, comédie, 1667

  • Les Peines et les Plaisirs de l’amour, pastorale, représentée à l’Académie royale de musique, 1672

  • Les Psaumes en vers français, 1680

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Sources : 

Haag, France protestante, 393.

Eleanor Jeanne Pellet. Un dramaturge français oublié, Gabriel Gilbert . The Johns Hopkins Press (Baltimore); Les Presses universitaires de France (Paris).

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