9 décembre 1626. Salomon de Brosse, du Luxembourg au Temple

publié le 9 December 2020 à 00h01 par José LONCKE

 « Il fit le palais du Luxembourg  pour la reine et le temple de Charenton pour Dieu ».

9 décembre 1626. Salomon de Brosse, du Luxembourg au Temple

(représentation supposéée de Salomon de Brosse par Rubens sur une tapisserie)

Ses derniers jours
Salomon de Brosse fut un protestant fidèle jusqu’à la mort. Il resta attaché à sa foi, contre vents et marées à une époque où une telle conviction ne faisait pas que demander de la diplomatie mais exigeait bel et bien de l’héroïsme.
Il meurt dans un logement exigu, situé dans une dépendance du palais du Luxembourg, rue de Vaugirard. On peut se demander si ce n’est pas pour réduire les dépenses que Salomon n’habitait pas sa maison du faubourg Saint-germain (rue Saint-Guillaume), qu’il louait sans doute,  mais occupait ce petit logement qui lui était sans doute concédé gracieusement.

 L’inventaire fait après son décès (9 décembre 1626), montre qu’il vivait très simplement : quelques meubles, trois livres d’architecture, la Bible de Genève, un nouveau testament.
Homme aimable et «de bonne amitié», il le resta lors de la maladie qui l’atteignit. Ses visiteurs furent frappés par l’absence d’irritabilité qui résulte habituellement de la goutte, alors que l’architecte souffrait tellement qu’il ne pouvait en dormir !

Il fut « enterré à Saints-Pères » le 9 décembre 1626. Le cercueil n’eut pas un long chemin à faire pour être porté jusqu’au cimetière accordé aux protestants, rue des Saints-Pères, près de St Germain des près.
Sans famille ni pasteur, seulement deux archers de guet comme témoins. « Là, reposent Conrart,  le fondateur de l’académie française,  plusieurs des Gobelins et d’autres protestants du 17ème siècle,  qui, comme Salomon  de Brosse  ne furent  pas seulement des  protestants mais  prirent  place avec  honneur dans l’histoire des arts,  des sciences et des lettres françaises. »

Sa vie
Il appartenait, par sa mère, à l’illustre famille d’architectes protestants des Androuet du Cerceau.  Jacques Androuet Du Cerceau, son grand père, eut deux fils, Baptiste et Jacques, architectes du roi comme lui, et une fille Julienne, mariée à l’architecte Jean de Brosse, secrétaire de la reine de Navarre. Toute sa famille et ses relations étaient protestantes.

Il semble avoir porté un second prénom, celui de Jacques. Au prénom Salomon, d’allure protestante, que lui aurait destiné tout d’abord ses parents, on crut bon d’en ajouter un autre, d’allure plus catholique et moins compromettant. Ce prénom donné par peur, donne une idée du climat de l’époque.  Pendant la tourmente des guerres de religion, sa famille s’éloigna géographiquement sans doute, comme tant d’autres huguenots, «la persécution étant rude ». « Après diverses courses et changements de lieux », notamment après un séjour, à Sedan, on revient au pays. Cette fuite révélait de fortes convictions : « J’aime mieux quitter mes biens que de retourner à la messe », dira son oncle Du Cerceau.

Par son mariage, vers 1592, avec Florence Métivier, il devient parent des Métivier et des Du Ry, autres architectes protestants. Son nom apparaît à plusieurs reprises sur des registres paroissiaux protestants, à l’occasion de mariages par exemple. Il semble avoir été très attaché à sa foi puisqu’il éleva ses 7 enfants en protestants (aux prénoms bibliques sauf une Catherine), lesquels, pour la plupart firent des mariages protestants, et restèrent fidèles à leur foi après sa mort. Certains de ses descendants émigrèrent à Kassel en Allemagne où ils devinrent architectes de la cour.

Promenade dans le Paris de Salomon de Brosse
L’une des premières œuvres de Salomon fut, l’agrandissement de l’hôtel  de Bouillon (1612-1613) futur hôtel de Liancourt, puis de La Rochefoucauld, qui s’élevait à l’emplacement de la rue des Beaux-Arts et qui était l’une des plus vastes demeures du Paris d’autrefois.

Salomon de Brosse est chargé de la reconstruction en 1623 du Temple de Charenton. Sur plan basilical, l'édifice mesure 33 m de long sur 19,50 m de haut, il est couvert en pavillon par des tuiles avec, à une extrémité, un petit clocheton. 18 fenêtres de 1,30 m sur 1 m environ, surmontées de deux étages de hautes lucarnes permettent à la lumière de pénétrer à flot. À l'intérieur, des galeries soutenues par 20 poteaux permettent d'accroître la capacité d'accueil. Dans chaque angle, de grands escaliers donnent accès aux galeries. Le temple de Charenton pouvait accueillir 4 000 personnes. La chaire du pasteur est placée au tiers de la nef. Au plafond de la nef sont inscrites les Tables de la Loi, en lettres d'or sur fond bleu. Des textes bibliques illustraient les portes.


            « La parole de Dieu étant le Centre de la foi et du culte dans le protestantisme, S. de Brosse, avant  tout chercha le moyen de réunir autour de la chaire du  prédicateur dans un espace assez  limité une foule qui s’éleva souvent à quatre mille auditeurs, mais il s’efforça aussi  de donner à son œuvre un cachet artistique qui frappa les contemporains.
Le temple de Charenton devint rapidement célèbre en France et  hors de France. En Allemagne, avant et après la révocation de l’Edit de Nantes,  plusieurs églises ont été construites sur ce modèle. »

En 1616 Salomon de Brosse donne le dessin de la façade de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais. La façade fut dessinée en 1616 par l'architecte protestant Salomon de Brosse (puis son élève Métézeau). Style classique français.

La reine mère le décharge de la construction du Luxembourg (1615-1625), en suscitant toutes sortes de difficultés, à l’instigation de son confesseur.
Entre autre, des tracasseries dans la liquidation des comptes. Ce qui lui causa de grandes difficultés financières (il devra rembourser des sommes considérables) et assombrit ses dernières années.

Pour couronner le tout, un autre va prendre la conduite des travaux du palais de justice de Rennes dont Salomon De Brosse avait pourtant fait les plans !

Le Couvent des filles du Bon Pasteur (65-73 avenue Denfert-Rochereau), renferme un ancien réservoir (au sous-sol) des eaux du Rungis, construit par Salomon de Brosse en 1613-1628, pour alimenter le palais et le jardin du Luxembourg  ainsi que le quartier environnant.

 

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