13 avril 1826. Auguste de Staël (1790-1827),

publié le 13 April 2016 à 00h01 par José LONCKE

13 avril 1826. Auguste de Staël (1790-1827), la Bible et la lutte contre l’esclavage

Auguste de Staël (1790-1827), fils de la romancière et essayiste Madame de Staël, doit, à l’âge de 15 ans, suivre sa mère dans son exil imposé par Napoléon, et ne revient en France qu’en 1817.

Gardien de la mémoire familiale, il publie les œuvres de sa mère, Germaine de Staël, et de son grand-père, Necker.

C’est aussi un des plus dynamiques philanthropes de la Restauration.

La dimension religieuse de son engagement est indubitable. Auguste suit l’enseignement d’un précepteur August Von Schlegel et reçoit une éducation religieuse du pasteur de Satigny, Jean Isaac Cellerier qui devait plus tard célébrer son mariage.

Sa sœur, Albertine de Staël raconte :

« A une époque où l’indifférence religieuse était assez générale », le pasteur « conservait dans son âme une piété ardente. Il la communiqua à son élève ».

Auguste «  a souvent répété avant son mariage que cette époque avait été la plus heureuse de sa vie…. Il acceptait non seulement avec patience, mais avec une sorte de joie, les petites peines qui lui arrivaient. Deux fois par semaine il quittait Coppet… pour se rendre dans la demeure paisible et solitaire de M. Cellérier.

A cette époque on venait de fonder la Société Biblique Protestante (1818), la première de ces sociétés qui devaient décider le Réveil religieux du protestantisme en France. M. de Staël commença à s’en occuper, et saisit avec ardeur cette occasion d’exercer son activité pour les œuvres religieuses ».

Quelques unes de ses activités :

-il rejoint le comité de la Société biblique protestante de Paris dont il est secrétaire dès sa fondation.

-il est trésorier de la société des Traités religieux (1821),

-il est membre actif de la Société des missions ;

-il s’occupe « avec zèle et assiduité de l’établissement des Caisses d’Epargne »,

-il contribue à la fondation de la Société de Prévoyance pour les ouvriers protestants,

-et il est l’un « des appuis de la Société helvétique pour les Suisses pauvres éloignés de leur patrie ».

En 1822, « il entreprit un voyage dans le midi de la France, dont le but était de visiter les différentes églises protestantes, d’encourager l’établissement de sociétés bibliques… Défendre les intérêts des protestants, encourager leurs établisssements, était ce qu’il envisageait comme sa mission spéciale » .

Dans le combat des idées, en France et en Suisse, il milite pour la liberté religieuse et l’éducation et l’émancipation des classes pauvres. Mais la question de la traite l’accapare .

Sa lutte contre l’esclavage s’exerce à travers la Société de la Morale chrétienne (1821) dont il est co-fondateur et qu’il préside en 1826. Auguste est véritablement « l’âme de l’association ». Tocqueville, Thiers et Lamartine en feront aussi partie.

Le 13 avril 1826, il fait le rapport suivant à l’assemblé annuelle de la Société de la Morale chrétienne, au nol du comité ppour l’abolition de la traite :

« Il ne s’agit plus désormais de savoir si la traite sera abolie, et si l’esclavage colonial pourra se maintenir : ces deux questions sont déjà résolues pour quiconque est doué, même au plus faible degré, de la faculté de lire l’avenir dans le présent ; mais, ce dont il importe de s’occuper sans délai, dès aujourd’hui même, c’est de préparer la transition nécessaire du régime actuel à un ordre meilleur ; c’est de concilier ce que la religion et l’humanité exigent impérieusement en faveur des Négres, avec les soins protecteurs que la prudene et la justice même réclament en faveur des colons, de la part d’une métropole qui a été la première à les engager dans une route fausse et périlleuse ».

Fervent propagateur de la Bible, il entreprend à l’automne 1825 une grande tournée dans le midi et dans l’Ouest de la France pour encourager les sociétés auxiliaires et susciter les dons.

Lors de son séjour à Nantes, il enquête sur la traite des esclaves, pourtant officiellement prohibée. Il y achète sans difficultés des fers et colliers à esclaves qui servaient aux négriers. Il les rapporte comme preuves de ce trafic.

De retour à Paris, de Staël expose ces chaînes à la Chambre des pairs et rencontre diverses personnalités afin d’obtenir une abolition définitive. Il obtient une audience auprès du Dauphin et publie une brochure : « Faits relatifs à la traite de Noirs » (Paris, Crapelet, 1826). Preuve est faite que, malgré son interdiction, la traite se pratique au grand jour.

La commission Lachelier, dépêchée l’année suivante, en est une conséquence immédiate.

Il a contribué à la construction du temple de Ferney-Voltaire en 1824-1825.

Il se marie en 1827  à Adèle Vernet. Il habite à Paris un hôtel particulier qui deviendra le 10 rue de Solférino (la rue n'a été percée que sous le Second Empire).

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-« Dix ans d'Exil », par Germaine de Staël. Préface d'Auguste de Staël.

-Auguste de Staël, Œuvres, tome 1.

- Olivie Grenouilleau, Christianisme et esclavage, Gallimard, 2021, pp 467-470

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