13 juillet 1906. Loi sur le repos dominical

publié le 13 June 2014 à 00h01 par José LONCKE

13 juillet 1906. Loi sur le repos dominical


Le dimanche a connu bien des mutations dans son histoire. Quel avenir lui est-il réservé ?

Augusta est une jeune Romaine. Comme ses contemporains, elle a été surprise par le nouveau décret de l'empereur Constantin, daté du 7 mars 321: « Au jour vénérable du soleil, que les magistrats et les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés. » Les persécutions contre les chrétiens venaient tout juste de cesser et c’est à un empire encore très majoritairement païen que le repos dominical chrétien était imposé. Habilement, ce jour de repos devait prendre place le jour du soleil, le dies solis. En effet, dans l'astrologie populaire romaine, chaque jour portait le nom d'une planète et comme il n'y en avait que sept (y compris le soleil, car on pensait à l'époque qu'il tournait autour de la terre), ce cycle coïncidait par un heureux hasard avec le rythme de la semaine juive de sept jours. Du fait que le dies solis soit aussi le jour de la résurrection du Christ, il établissait, par ce décret, une conciliation entre les deux principales religions de Rome et de l'empire : c'était bien dans l'esprit de l'édit de Milan (313) qui était un véritable édit de tolérance.

Léonie  a vécu pendant la Révolution française, lorsque le calendrier de 1500 ans fut supprimé. Les bourgeois de la Convention nationale avaient en effet mis en place un calendrier républicain, avec des semaines de dix jours. Le dimanche était donc supprimé. Cela posa des problèmes de repos dans les campagnes, puisqu'on n'avait qu'un jour sur dix pour se reposer ! Cela causa aussi des difficultés dans les régions frontalières, pour les échanges économiques. On instaura le culte de la Raison et de l'Être suprême, ainsi que diverses mesures de déchristianisation. Les églises étaient fermées en France, et transformées en entrepôts, temples de la paix...
Le calendrier grégorien et le dimanche furent rétablis en 1806. La France fit ainsi une expérience relativement unique dans l'Histoire des civilisations, de tentative de remplacement du calendrier à sept jours, avec ce qui correspondait au repos dominical. Une « loi pour la sanctification du dimanche » a été promulguée en 1814, mais elle est tombée ensuite en désuétude puis a été définitivement abolie par une loi de 1880.

Abel est né avec le 20ème siècle. Il a six ans lorsque le 13 juillet 1906, la loi du repos dominical consacre le dimanche comme jour de repos en France. Il s’en souviendra toujours : il verra son père un peu plus souvent et la vie de famille s’en trouvera transformée.
René a compris par la suite qu’avec cette loi de 1906, le congé du dimanche n'avait plus rien de religieux. En 1906, on réinvente le dimanche dans une perspective laïque. La loi repose sur deux valeurs nouvelles, inventées au XIXe siècle : le repos et la famille.
Dans les entreprises ou les secteurs où le travail du dimanche est la règle, les salariés sont usés et donc plus souvent exemptés de service militaire. Or, à cette époque, les gouvernements ne peuvent prendre le risque d'armées dépeuplées. Le sujet de la fatigue apparaît alors, comme celui de la dépression, ou de la tuberculose et de l'alcoolisme ouvrier, comme deux fléaux.
La préoccupation de la famille, elle, rejoint une autre inquiétude : comment le peuple vit-il son temps libre ? On attribue alors un rôle capital à la femme, qui doit préparer un bon foyer à son mari... et lui faire perdre l'envie d'aller au troquet.
Mais c'est le mouvement des employés du commerce, né dans les années 1890 avec les grands magasins, qui s'est mobilisé de façon décisive pour cette loi. L'espérance de vie se limitait à moins de 40 ans chez 45% des employés et des coiffeurs. Ils organisent des manifestations, soutenues par le mouvement ouvrier, et rassemblent par exemple 3.000 personnes à Bordeaux. C'est finalement sous la pression de la rue que le Sénat vote la loi de 1906, première victoire sociale des employés.

Madeleine est née dans les années vingt. C’est après la Première Guerre mondiale que le repos dominical s'impose en fait définitivement. La journée de 8 heures est introduite en 1919. Elle permet aux ouvriers de faire leurs courses en semaine et va ainsi consolider le repos dominical. En 1936, avec la semaine de 40 heures, le dimanche va commencer son entrée dans le « week-end ».

Théo est un homme jeune d’aujourd'hui. Selon les statistiques, il fait plutôt partie d’une certaine clientèle, essentiellement parisienne, qui s’attend à ce que les magasins soient ouverts le dimanche. Il est célibataire (la famille n’est pas sa priorité), il a un niveau de vie plus élevé et se révèle plutôt grand consommateur. Mais Kévin ressent toujours le besoin intérieur de changer d’activité le dimanche. La preuve : il aime plus que tout se promener dans la nature...

Et demain ?
L’ouverture de nos commerces le dimanche tend lentement à se banaliser.
Nos législateurs se rendent-ils bien compte que le corps et le psychisme de l’homme sont fatigables et qu’ils fragilisent encore un peu plus la famille s’ils vont dans ce sens ? Malmenée, elle est pourtant la structure la plus précieuse de nos sociétés.
En fréquentant assidûment les commerces le dimanche, ne prend-t-on pas le risque d’imposer à des personnes qui ne le souhaitent pas ce que nous ne voudrions pas pour nous-mêmes ?

13 juillet 1906. Loi sur le repos dominical


 

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