14 mars 1899. Erckmann-Chatrian et l'ami Fritz

publié le 14 March 2020 à 00h01 par José LONCKE

Emile Erckmann (1822- 1899), est mort le 14 mars 1899 à  Lunéville. Il est plus connu sous le nom de plume commun d’ »Erckmann-Chatrian » qu’il partageait avec Alexandre Chatrian.

Erckmann est un Lorrain issu d’une famille protestante de négociants. Il avait en effet des racines en Alsace bossue, terre luthérienne et refuge huguenot. Ses études de droit à Paris interrompues par la maladie, Erckmann revient à Phalsbourg et se lie avec Alexandre Chatrian (1826-1890) qui est répétiteur.

Le premier écrit des contes que le second va placer à Paris où il entre bientôt aux Chemins de fer de l’Est.  Erckmann est le principal maître d’ouvrage, Chatrian apporte à leur association ses dons d’auteur dramatique et son sens critique et commercial. Tous deux ont grandi dans l’ambiance des souvenirs de la Révolution et de l’Empire. Le succès ne vient que vers 1856, mais il sera grand et durable.

Leur œuvre commune comprend les Romans nationaux (dont l’Invasion, Madame Thérèse, Histoire d’un conscrit de 1813) et les Romans populaires (dont l’Ami Fritz) ainsi que des Contes (fantastiques, vosgiens, etc.). Un certain nombre de romans ont été portés à la scène comme Les Rantzau, l’Ami Fritz… Une brouille mettra fin à quarante ans d’amitié. Erckmann continuera à écrire seul (Alsaciens et Vosgiens d’autrefois).

Les romanciers Erckmann-Chatrian firent des portraits des plus intéressants de mennonites, notamment dans L'Invasion, L'Histoire d'un Sous-maître et L'Ami Fritz.

 « L’AMI FRITZ »
Les anabaptistes qui apparaissent dans l’œuvre sont des hommes et des femmes qu’Émile Erckmann a côtoyés, observés, avec lesquels il s’est entretenu.

« Tous les personnages de « L’ami Fritz sont pris sans ma propre existence, a écrit Émile Erckmann, l’Ami Fritz c’est moi, Suzel c’est Charlotte... les anabaptistes sont des gens de Kortzerode où mon père avait quelques propriétés. Enfin il n’est pas une seule figure de ce roman que je n’aie pas prise sur nature. »

De ses contacts, quelle image a-t-il retenue ?
Le Père Christel est le protagoniste de l’Ami Fritz. C’est 

« le vieux fermier anabaptiste, avec son large collier de barbe, son chapeau de crin, sa camisole de laine grise garnie d’agrafes de laiton ».


Ces termes permettent de définir l’archétype de l’anabaptiste de l’époque : c’est un homme à barbe, en général âgé, qui refuse les habits de couleurs vives et les boutons, et qui n’est jamais tête nue. Le père Christel porte d’ailleurs un prénom particulièrement affectionné par les frères : Christel pour Christian.

Pour camper leurs anabaptistes les romanciers ne se contentent pas d’esquisser leur seul aspect physique. Ils ajoutent quelques caractéristiques morales (ils sont laborieux, plein de bon sens, fidèles à leurs principes) et le refus de la violence qui a provoqué le plus d’incompréhensions de la part de leurs contemporains.

Une autre caractéristique des mennonites est, par contre, constatée avec satisfaction : c’est leur souci d’une instruction de base, d’un enseignement pratique.
Christel est soucieux de réussite professionnelle et ne craint pas les innovations. Il est entreprenant et ne craint pas la besogne pour améliorer ses terres. La rotation des cultures n’a plus de secrets pour lui. . sa production dépasse le cadre de l’agriculture de subsistance pourvoyant à la seule autonomie familiale. Il en commercialise une partie.

Mais le côté religieux est totalement absent du roman (mais pas dans L'Histoire d'un Sous-maître ni surtout  dans L'Invasion ou les portraits moraux et le débat d’idées l’emportent.


On peut néanmoins citer quelques invraisemblances.
Il parait étonnant que

« de vieilles images des saints, enluminées de vermillon et encadrées de noir »

aient décoré la chambre commune de la ferme Christel. Comme dans les autres mouvements issus de la Réforme, les mennonites refusaient le culte des saints et se méfiaient du culte de l’image.
On peut s’étonner aussi ce  que Suzel assiste au bal populaire de Bischem. La non mondanité des frères exclut toute probabilité d’une telle présence à un bal champêtre, même si ce n’est que « pour voir ».
Plus invraisemblable enfin, et d’ailleurs uniquement pour des raisons religieuses est le mariage de Suzel la Mennonite avec Fritz Kobus le Luthérien. Le texte nous dit qu'il est question du « Pasteur Diemer et de sa belle allocution du mariage ». Improbable.

Aujourd’hui le Mariage de l'Ami Fritz est devenu un thème folklorique. On propose chaque année des « Mariage de l'Ami Fritz » haut en couleurs mais peu respectueux de l'œuvre d'Erckmann et Chatrian, mais très suivi par les touristes.

Pour ceux qui veulent se replonger dans le roman, il suffit de visiter le musée Erckmann- Chatrian de Phalsbourg qui possède une salle où l'Alsace de l'Ami Fritz (avec de beaux costumes alsaciens, chose rare hors Alsace) est bien évoquée...

14 mars 1899. Erckmann-Chatrian et l'ami Fritz


 

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