11 mars 1829. Bach rejoué !

publié le 11 March 2021 à 00h01 par José LONCKE

11 mars 1829. Bach rejoué !

11 mars 1829. Bach rejoué !

Promenade autour de l’œuvre redécouverte et rejouée de Jean-Sébastien Bach à Paris


Rue Le Peletier : Mendelssohn
En 1825, Paris est pour Félix Mendelssohn(1809-1847) une grande déception. Il écrit :
« Comment demeurer dans une ville où pas un musicien ne connaît une mesure de Fidelio et surtout, estime Bach « comme une vieille perruque bourrée de science ». 

Mendelssohn avait toujours eu une vénération pour Bach et encouragé par son ami Devrient, il décida de sortir de l'oubli la musique du grand maître. Il réussit à obtenir une copie manuscrite de la Passion selon saint Mathieu dans l'espoir de donner une exécution publique.

L'exécution de la Passion, dirigée par Félix avec Devrient dans le rôle de l'Evangéliste, eut lieu le 11 mars 1829 en présence de toute la bonne société de Leipzig et de musiciens de grande renommée, notamment Gaspard Spontini. A la demande générale, l'oeuvre fut redonnée le 21 mars, date anniversaire de la naissance de Bach, dirigée cette fois par Zelter.

Quant à Devrient, à qui revenait pour une large part le succès de cette entreprise, il écrivit :

"Tous ceux qui s'intéressent à la musique savent qu'à partir de ce moment d'autres Passions de Bach furent mises à l'étude, celle selon sain Jean en particulier; ils savent que, dès lors, l'attention fut portée sur les oeuvres instrumentales du vieux maître, qu'elles furent publiées, jouées dans les concerts, etc. Les admirateurs de Bach ne doivent pas oublier, toutefois, que la grande révélation leur vint le 11 mars 1829, et qu'ils doivent à Félix Mendelssohn d'avoir donné une vitalité nouvelle au plus profond des compositeurs. Un des plus chers trésors de ma vie est d'avoir contribué à ce grand évènement. "

Mendelssohn et la cantate BWV 2 de Bach
Le réformateur Martin Luther désirant faire participer l’assemblée des fidèles à la célébration liturgique, invente le principe de la mélodie de choral. Chaque mélodie, de carrure simple et facilement chantable par les paroissiens, est associée à une fête particulière de l’année liturgique.
Le compositeur aura pour mission d’écrire un prélude de choral pour orgue afin de permettre aux fidèles de prendre le ton et de retrouver la mélodie du jour avant de la chanter. Il devra en outre composer une cantate illustrant la fête en question et composée souvent sur une paraphrase poétique de la péricope du jour.)
Les 300 cantates qui nous restent de sa production de la Jean Sébastien Bach (1685-1750 représentent indiscutablement un sommet absolu dans ce domaine. Il ne fut toutefois pas le seul à s’illustrer dans la composition de cantates chorals.

Félix Mensdelssohn, découvrant avec émerveillement les grandes partitions du Cantor de Leipzig puis les dirigeant après un siècle d’oubli décide de s’essayer également à la composition de pièces de ce type. Mendelssohn écrit sur la même mélodie de choral de la cantate BWV 2 de Bach un siècle plus tard. Cette mélodie « Ach Gott vom Himmel sieh darein » avait été créée par Bach le 18 juin 1724 à Leipzig. Le texte en est une paraphrase du psaume 12.
Félix Mendelssohn quant à lui, reprend cette mélodie et ce texte lors d’un voyage à Paris où, fuyant les frivolités du monde, il se replonge dans la rigueur de l’écriture stricte que lui avait révélé le grand Bach.
Sa partition porte la date du 5 avril 1832. Construite exactement sur le même schéma que celle de son aîné, elle exploite la mélodie source dans le chœur initial et final réservant au baryton solo un récitatif et un air d’une douceur scintillante qui illustre à merveille le texte.

Place Vendôme : Frédéric Chopin
Frédéric Chopin habita le rez-de-chaussée de cette maison (1831-1832). Chopin adorait Bach et passait des heures à jouer et enseigner les préludes et fugues du grand compositeur – et cette influence s’entend dans les nombreux passages en contrepoint de ses dernières oeuvres, notamment les deux nocturnes de l’opus 62 et le deuxième de l’opus 55.


Saint-Germain-l’Auxerrois : Alexandre Boëly
Louis-Paul Dallery, eut en 1838 la charge d'une restauration importante, suite à la réouverture de l'église ; c'est à l'issue de ces travaux, le 1er août 1840, qu'fut nommé organiste.
En août 1840, Alexandre Boëly (1785-1858) est nommé organiste à l'Église Saint-Germain-l'Auxerrois. Âgé de cinquante-cinq ans, il est au sommet de son art et inspire le respect : c'est enfin un artiste heureux, confiant : « L'orgue fait de lui un autre homme, un autre artiste ». C'est lui qui demande à Louis-Paul Dallery d'installer le premier pédalier « à l'allemande », pour pouvoir jouer les œuvres de Jean-Sébastien Bach. Il exécute en effet des œuvres de compositeurs inconnus ou peu appréciés du public : Frescobaldi, Couperin et tout particulièrement Bach (considéré comme une vieille perruque, réputé injouable ou scolaire...). Il contribue à la formation directement ou indirectement de l'école d'orgue de la génération suivante par l'intermédiaire de Alkan, Franck, Lefébure-Wely, Saint-Saëns, Ambroise Thomas ou Chauvet qui viennent l'entendre à Saint-Germain l'Auxerrois jouer Bach.
Il est congédié fin septembre 1851 pour son « austérité », parce que le public et le clergé s'ennuie..., bien que ses amis et connaisseurs le soutiennent et en savent le talent.


Eglise Saint-Sulpice : Charles-Marie Widor et Albert Schweitzer
Le compositeur Charles-Marie Widor (1845-1937) restera titulaire des Grandes Orgues Cavaillé-Coll de l’église Saint-Sulpice pendant 64 ans (1869-1933). Widor fut professeur d’orgue au Conservatoire de Paris (1890-1896) à la suite de César Franck. Parmi ses élèves, on peut citer Albert Schweitzer, ainsi que Arthur Honegger.

Rue du Bac, Mission étrangères : Charles Gounod
Entre 1722 et 1744, le compositeur allemand, Jean-Sébastien Bach (Eisenach 1685 - Leipzig 1750) produit deux recueils musicaux, réunis sous le nom de Clavier bien tempéré.
 Le premier prélude, qui en est extrait, inspire le compositeur français, Charles Gounod (Paris 1818 - Saint-Cloud 1893) qui élabore, sur cette base, une oeuvre intitulée Méditation dont la mélodie donnera lieu au célèbre Ave Maria.
Charles Gounod doit une part importante de sa célébrité à cette composition, comme le rappellent ses biographes : " [...] la page qui, du jour au lendemain le rendra célèbre est sa Méditation plus connue sous le nom d'Ave Maria (les paroles de l'Ave Maria y sont chantées sur le premier prélude du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach). Gounod en donna même une version pour grand orchestre (avec grand renfort de harpes, grosses caisses, cymbales et choeurs)." (Histoire de la Musique occidentale, sous la dir. de Jean et Brigitte Massin, Paris, Fayard, 1983).
La même année il compose la Méditation sur un prélude de Bach qui devient la mélodie la plus célèbre de son temps (connue comme «l'Ave Maria»). De l'avis de Charles Lalo, l'addition indiscrète de Gounod annule les finesses de la polyphonie interne du prélude.

Rue de Chevreuse : André Gide
L'influence de Bach apparaît dans les oeuvres de André Gide en particulier dans : Les faux-monnayeurs et Gide parle de Bach dans son Journal.
L'intrigue des Faux-Monnayeurs est volontairement complexe. Elle s'apparente, selon Gide, à l'Art de la fugue de Bach : les différents éléments du roman s'intègrent les uns aux autres en obéissant à une combinatoire dont le système fonctionne par duplication.


Saint-Séverin : Cioran
La musique est un canal privilégié pour nous parler de Dieu. Le pamphlétaire athée Cioran a écrit : « A Saint-Séverin, en écoutant, à l’orgue, L’Art de la fugue, je me disais et redisais : « Voilà la réfutation de tous mes anathèmes ».

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Tout Bach, Bouquins Laffont, 2011.
Cioran, Aveux et anathèmes, Paris, Gallimard, 1987, p 32.

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