16 juillet 1664. Le poète Griphius et la guerre de Trente ans

publié le 16 July 2018 à 00h01 par José LONCKE

16 juillet 1664. Le poète Griphius et la guerre de Trente ans
Andreas Greif dit  Gryphius (1616-1664) né à Glogow en Silésie et mort le  16 juillet 1664 (à 47 ans) dans la même ville, est un poète baroque et auteur dramatique allemand. Le meilleur de Gryphius est dans ses sonnets.

Fils de pasteur, Andréas souffrit de la guerre de Trente ans (1618-1648). Son père fut tué, sa ville pillée. Son premier recueil de sonnets tourne autour des thèmes majeurs des horreurs de la guerre et de l’expérience de la vanité (1636). Suivra « Cent sonnets pour dimanche et jours de fêtes » (1639), s’inspirant des péricopes évangéliques ils renouent avec la littérature des sermons et des prières. Nourris par l’expérience de la guerre de Trente ans et par l’inspiration du livre biblique de  l’Ecclésiaste, les sonnets sont dominés par le sentiment de l’éphémère et de la vanité des choses terrestres, signes de la condition humaine.
Mais plus que chez d’autres auteurs baroques, ces motifs dominants, loin de cultiver la mélancolie traduisent une expérience existentielle qui entend diffuser une sérénité issue de la confiance chrétienne de la grâce de Dieu.


Tout est vanité
Sur la terre on ne voit que partout vanité.
Ce qu’on édifie, un autre va l’abattre.
L’herbe recouvrira demain cette cité
Où, parmi ses troupeaux, un pâtre va s’ébattre.

La splendeur qui fleurit sera foulée aux pieds,
Le cœur fier et fougueux n’est bientôt que poussière.
Il n’est rien d’éternel, ni d’airain ni de marbre,
Le bonheur nous sourit, puis tourments et tonnerre.

La gloire des hauts faits comme un songe s’envole.
L’homme jouet du temps, pourrait-il donc durer ?
Qu’est-ce donc ce qui, pour nous, eut tant de prix un jour ?

C’est une ombre, un néant, une poussière, un souffle,
C’est une fleur des champs que l’on perd sans retour.
Nul ne peut voir encore ce qui est éternel.

Les pleurs de la patrie
Nous voici tout à fait, plus que tout dévastés !
Les troupeaux insolents, la trompette furieuse,
L’épée grasse de sang, la bombarde tonnante
Ont dévoré, sueur et travail et grenier.

Les clochers sont en flammes, l’église est renversée.
La Mairie : des gravats. Les vaillants : mis en pièces.
On a violé les filles. Où que les yeux regardent,
Feu, peste et mort hantent les cœurs et les esprits.

Ici, ville et remparts, le sang chaque jour coule.
Trois fois six ans déjà que l’eau de nos rivières
Obstruée par le corps a ralenti son cours.

Mais je n’ai dit pourtant mot de ce qui est pire
Que la mort, plus cruel que le feu, peste et famine :
Tout ce qu’on a volé aux âmes, ce trésor.

Le Seigneur ne m’oublie pas
Dès la fleur de mon âge, au tendre printemps de ma vie,
La mort  cruelle m’a fait orphelin et la nuit du deuil m’a enveloppé ;
La fore brutale des maladies m’a miné,
J’ai langui dans de continuelles souffrances.

J’ai partagé mes jours entre les soupirs, la détresse et la plainte.
Les moyens, que j’ai souvent crus de solides piliers ont,
Hélas ! Tous, tremblé et craqué sous l’effort,
Et seul aujourd’hui je subis le fardeau de ma peine.

Mais non ! Dieu ne m’abandonne pas, il me soutient du regard et de la main :
Son cœur est enflammé pour moi d’une paternelle tendresse ;
C’est lui qui, toujours, veillera sur moi, son enfant.

Quand on est à bout des ressources humaines, on contemple son œuvre merveilleuse ;
Quand notre force est épuisée, il manifeste sa puissance ;
Et quand on croit qu’il s’est caché, il apparaît tout à coup.


Source : Anthologie du lyrisme baroque en Allemagne, André Moret, Aubier, p 109.
Poètes allemands, Marc Petit, Maspero, p 147

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