1er juillet 1614. Isaac Casaubon

publié le 1 July 2021 à 00h01 par José LONCKE
1er juillet 1614. Isaac Casaubon
Isaac Casaubon, né à Genève le 18 février 1559 et mort à Londres le 1er juillet 1614, est un humaniste et érudit protestant.

Né à Genève où ses parents s’étaient réfugiés, il suit son père, Arnaud Casaubon qui retourne en France après la promulgation de l’Édit de Saint-Germain en 1562, et qui devient pasteur Crest dans le Dauphiné. Son père s’absentait du foyer pendant de longues semaines pour rejoindre l’armée calviniste. La famille devait régulièrement quitter le village pour se cacher dans les collines afin d’échapper aux bandes armées catholiques qui parcouraient le pays.

C’est dans une grotte de ces montagnes, après la Saint-Barthélemy, qu’Isaac reçoit ses premières leçons de grec de son père. À 19 ans, il fut envoyé à l’Université de Genève où il poursuivit ses études de grec, sous la direction du Crétois François Portus. Ce dernier meurt en 1581, en recommandant que Casaubon, alors âgé de 22 ans, lui succède.

Il tient ainsi la chaire de grec jusqu’en 1596. Il se marie une première fois, devient veuf et se remarie avec Florence Estienne, fille de l’imprimeur Henri Estienne. Il se constitue une riche bibliothèque de livres imprimés et de manuscrits. En 1596, il accepta un poste à l’Université de Montpellier, avec le titre de conseiller du roi et professeur stipendié aux langues et bonnes lettres. Ensuite il enseigne à Lyon (1598)

On le convia à Paris pour une affaire t importante, la Conférence de Fontainebleau. On convainquit Casaubon d’arbitrer la rencontre entre Philippe Duplessis-Mornay et le Cardinal Duperron. En acceptant il se mit dans une position difficile. L’événement avait été organisé de telle manière que le parti Protestant (Philippe Duplessis-Mornay) ne pouvait manquer de perdre. Aucun des partis en présence ne comprenait que la lecture qu’avait faite Casaubon des Pères de l’Église l’avait conduit à adopter une position médiane, à mi-chemin entre le calvinisme genevois et l’Ultramontanisme.

Casaubon est nommé Bibliothécaire du roi en 1604. Il resta à Paris jusqu’en 1610. Ces dix années furent les plus brillantes de sa vie. Il avait acquis la réputation d’être, l’un des hommes les plus savants de son époque, dans un temps où l’érudition était le seul critère du mérite littéraire. Il pouvait communiquer librement avec les hommes de lettres français et étrangers et surtout facilement disposer de livres grecs, imprimés et manuscrits, qui ne se trouvaient qu’à Paris et qui lui avaient si cruellement fait défaut à Genève et à Lyon.

Il pouvait participer à des services protestants à Ablon-sur-Seine ou Charenton. Dans ses éphémérides, il raconte les péripéties de ces voyages ; un jour il décrit le naufrage de son bateau alors que sa famille a fini de chanter le Psaume 91 et attaquait le septième verset du Psaume 92. On le sauve mais son Nouveau Testament grec est tout mouillé. Il chante alors à nouveau le Psaume 89 et tombe sur deux vers très adapté à la circonstance : Tirant ma vie du bord Du bas tombeau de la mort... Isaac Casaubon se souvient alors d’une citation d’Antoine le Grand :
« C’est le propre des Psaumes que chacun de ceux qui les lisent en sont pénétrés et se les appliquent comme s’ils avaient été écrits en vue d’eux-mêmes ».

Un autre jour en 1608, après le froid du voyage, il fait cette prière :
‘Me voici rentré chez moi et je ne puis m’empêcher, Ô Eternel de t’adresser cette prière : Puisses-tu trouver bon que je m’efforce d’établir un jour mon domicile dans un endroit où iil y ait une libre profession de notre religion et où les exercices du culte soient moins difficiles ! »

Casaubon se sentait en effet toujours inquiété à cause de sa religion : la vie des Huguenots parisiens était à l’époque toujours remplie de craintes, car la police aurait été impuissante à les protéger des soulèvements de la foule. Quand il devint clair que Casaubon ne se laisserait pas acheter, Henri IV, dont il était l’ami personnel, prit sur lui d’essayer de le convertir.

Le cardinal Duperron, son aumônier, eut une polémique avec lui dans la bibliothèque du roi. De leur côté, les huguenots, et particulièrement Pierre du Moulin, le pasteur responsable de la congrégation de Paris, accusa Casaubon de faire trop de concessions, et d’avoir outrepassé les cadres de la stricte orthodoxie calviniste.

Lorsque Casaubon apprend l’assassinat du roi, il se lamente :
« O triste, o vraiment triste nouvelle ! J’adore en silence tes décrets, o Dieu éternel ! Mais celui qui médita un tel crime, ou qui l’exécuta, doit, à juste titre, être traité d’impie et d’abominable. Malheur à toi, ô France ! Ô jour funeste à tous les gens de bien, à moi principalement dont ce prince a si longtemps été le Mécène ! Que n’ai-je reçu la blessure qui en le tuant nous a plongés dans la douleur. Mais que la volonté de Dieu soit faite ! cette catastrophe est arrivée selon son bon plaisir ; nous espérons qu’Il donnera l’effusion de son Saint-Esprit au nouveau monarque ». Et dans une autre lettre : « Mes jours de bonheur ont disparu pour jamais. J’ai perdu un maître surpassant en bonté, en douceur, en politesse, tous les princes du monde. Depuis bien des années il me traitait avec tant de bienveillance que je ne saurais trop m’étendre sur ses louanges. Si les motifs de religion ne s’y étaient opposés, il m’aurait comblé de richesses ».

Avec l’assassinat d’Henri IV le parti ultramontain est porté au pouvoir à la Cour. Duperron devint plus pressant, voire menaçant. Casaubon commença alors à considérer d’un œil favorable les propositions émanant des évêques et de la Cour d’Angleterre.
Il quitte le royaume en en octobre 1610 pour Londres. Il fut très bien accueilli par le roi Jacques Ier, qui l’envoyait souvent chercher pour discuter théologie. Les évêques anglais se réjouirent de ce que l’érudit français était déjà devenu anglican par le cœur, Pour l’obliger à rentrer, la Régente, Marie de Médicis, refusa de lui envoyer sa bibliothèque. Il fallut une requête personnelle du roi Jacques pour autoriser sa femme à lui apporter les livres qui lui étaient absolument nécessaires.

Casaubon fut naturalisé anglais en 1611. Malgré cette situation somme toute confortable, Casaubon découvrit petit à petit les inconvénients de sa situation présente. Lié au Roi et aux évêques, il partageait leur grandissante impopularité. Il souffrit également d’un manque de liberté : il avait le sentiment de ne plus s’appartenir. Il était continuellement convoqué dans les résidences de chasse de James pour lui tenir compagnie. Le souverain et les évêques le poussaient à écrire des opuscules courtisans et des éloges du pouvoir royal.
Il mourut d’une malformation congénitale de la vessie et fut enterré dans l’Abbaye de Westminster.
Les savants du Pendule de Foucault d’Umberto Eco et de Middlemarch de George Eliot s’appellent tous deux Casaubon.

Post-scriptum : 

Le grand quotidien anglais "The Guardian"rapporte dans son édition du 3 mai 2018 qu’un bibliste français, Isaac Casaubon, avait pris une part relativement importante dans la "King James version", ou « Authorised Version », "version autorisée" de la Bible de 1611. Cette participation jusqu’ici inconnue vient d’être découverte par un bibliste anglais, le professeur Nicholas Hardy de l’université de Birmingham.

En considérant un exemplaire du Nouveau Testament grec utilisé par John Bois, un des traducteurs du XVIIsiècle, il remarqua que celui-ci avait inscrit dans les marges du texte des remarques au crayon. Il eut l’idée de s’intéresser à ce bibliste inconnu et trouva à la Bibliothèque Nationale de Londres toute une correspondance qu’il entretenait avec le professeur français Isaac Casaubon.  Celui-ci donnait volontiers son avis sur les difficultés que les traducteurs anglais lui soumettaient. Ces conseils étaient donnés en latin car Casaubon ne parlait pas anglais !

L’ « Authorised Version » de la Bible – qui date de l’an 1611 sous le règne du Roi Jacques Ier – est un fleuron de la culture britannique et les Anglais y découvrent avec stupeur une main française !

Et une main protestante de la ville de Crest car c’est de là qu'est issu Isaac Casaubon, fils du pasteur de la ville, devenu professeur de théologie, et même considéré en son temps comme "l'homme le plus savant de son époque".



Source :
Encyclopædia Britannica
Jacques Pannier, l’Église réformée de Paris sous Henri IV, p 469-471.

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