2 juin 1680. Laurent Drelincourt, poète et pasteur

publié le 2 June 2018 à 00h01 par José LONCKE

2 juin 1680. Décès de Laurent Drelincourt (1626-1680),  poète et pasteur français.

2 juin 1680. Laurent Drelincourt, poète et pasteur

 Il nait le 14 janvier 1625 à Paris Il est le fils aîné du pasteur Charles Drelincourt (1595-1669),  figure importante de la communauté réformée en France. Ce dernier voit rapidement en lui une vocation de pasteur… et Laurent Drelincourt  fait des études de théologie entre 1645 et 1650 dans l'académie protestante de Saumur.

En juillet 1651, il devient pasteur à La Rochelle. Il va rester dix ans dans cette ville, où ses talents de prédicateur sont vite reconnus. Les tensions avec les catholiques le contraignent  à s'exiler à Paris. Il continue de jouer un rôle dans les cercles culturels. Il est notamment le protégé de Valentin Conrart, premier secrétaire de l'Académie française. Il participe au projet de révision des traductions française de la Bible. Et il commence à écrire les sonnets chrétiens qui feront sa réputation.

En 1663, il s'installe à Niort, où il seconde le pasteur principal. Sa santé, fragile, l'empêche de donner sa pleine mesure. Il poursuit pourtant son œuvre de prédication. En 1677, il publie, à Niort, un recueil, « Sonnets Chrétiens sur divers sujets », qui obtient un succès immédiat et sera plusieurs fois rééditée après sa mort. Livre de piété des protestants français dispersés en terre étrangère, il leur rendra confiance en leur église.

Il meurt à Niort le 2 juin 1680.

Sa poésie est nourrie de sa méditation des Ecritures. Voici quelques unes des plus belles pièces… 

Prière pour le matin

Je te bénis, Seigneur, en ouvrant la paupière:

Fais-moi, dès le matin, ressentir ta Bonté,

Fléchis par ton Esprit ma dure volonté,

 Et verse dans mon cœur ta divine Lumière,


Qu'au milieu des dangers de ma triste carrière,

Soutenu par ta main, je marche en sûreté,

Et qu'enfin, par ta Grâce et par ta Vérité,

J'arrive en ton Repos à mon Heure dernière.


Je suis, à ta Justice, un objet odieux;

Mais, mon Dieu, lave-moi dans le Sang précieux

Que pour moi ton saint Fils versa sur le Calvaire.

 

Que sans craindre la Mort ni son noir appareil,

J'entre, au sortir du Jour qui luit sur l'hémisphère,

Dans le jour où les Saints n'ont que Toi pour Soleil.

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La Parole de Dieu


Qui peut assez louer ô grand Dieu Ta parole !

C’est un glaive tranchant, un trésor précieux :

Un son qui retentit de l’un à l’autre pôle,

Un miroir de ta face, un rayon de tes yeux.


C’est de la vérité l’admirable symbole

C’est le lait des enfants c’est le vin des plus vieux ;

C’est aux pauvres mortels, le phare et la boussole

Qui conduit sûrement leur vaisseau vers les cieux.


C’est la douce rosée et la riche semence

Qui fait germer la foi, qui produit l’espérance,

Et qui nous fait revivre au milieu du trépas.


Ainsi malgré l’enfer et malgré son envie,

Ni vivant, ni mourant je ne périrai pas

Puisque j’ai dans mon cœur ce principe de vie.


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Sur la croix de notre Seigneur, Sa cause


Prodige incomparable, étrange conjoncture !

Quoi ! le juste, le saint, le puissant Roi des Rois,

Est, comme un criminel, attaché sur le bois !

Et l’on verra mourir le Dieu de la nature !


Hélas ! Je suis l’auteur des tourments qu’il endure.

Pleurez, mes yeux, pleurez, à l’aspect de sa croix ;

C’est par moi, grand Jésus, que réduit aux abois,

Tu souffres cette mort, si honteuse et si dure.

 
Oui, pourquoi détester les Juifs et les Romains ?

Je dois chercher en moi tes bourreaux inhumains,

Pour mieux juger du prix de tes bontés divines.

 
Mes péchés, vrais bourreaux, ont versé tout ton sang,

T’ont fait boire le fiel, t’ont couronné d’épines,

T’ont cloué pieds et mains, et t’ont percé le flanc.

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Sur la Résurrection


Ainsi, Vase de terre, ainsi, Corps languissant,

Portative Maison, Tabernacle fragile,

Et d’un Tout précieux, Moitié faible et débile,

Tu t’en vas fondre, enfin ; tu t’en vas périssant.

 
Mais en Toi je m’assure, ô Sauveur Tout-Puissant !

Ta Parole, et ton Bras, à qui tout est facile,

M’enlevant du Tombeau, feront de cette Argile,

Au Matin du grand jour, un Corps resplendissant.

 
Oui, que bientôt mes yeux soient privés de Lumière

Que mes Mains et mes Pieds, dans l’affreuse Poussière,

Servent et de Victime et de Pâture aux Vers.

 
Ces yeux doivent, un Jour, contempler ton Visage ;

Ces Mains t’applaudiront, Juge de l’Univers ;

Et ces Pieds te suivront au Céleste Héritage.

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Sur la gloire du Paradis


Riches voûtes d'azur, flambeaux du firmament,

Couronnes, dignités, grandeurs, pompe royale,

Festins, concerts, parfums que l'Arabie exhale,

Jardins, fleuves, palais bâtis superbement ;


Soleil, du haut lambris le plus noble ornement,

Perles, rubis, joyaux de l'Inde orientale,

Trésors que l'Occident aujourd'hui nous étale,

Éclatantes beautés de ce bas élément ;


Objets les plus charmants de toute la nature,

Venez ici m'aider à former la peinture

Du ravissant bonheur que Dieu prépare aux siens.


Mais, non, ne venez pas ; cette gloire suprême,

Où dans l'éternité l'on possède Dieu même,

Surpasse infiniment la nature et ses biens.

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Sur la mort - Remède


En tout temps, en tout lieu, sur la Terre et sur l'Eau,

Ressouviens toi, Mortel, que tu dois te résoudre

A voir, au premier Vent, éteindre ton Flambeau,

Et que ton Vase d'or, doit enfin, se dissoudre.


Jeune et vieux, riche et pauvre, est soumis au Tombeau ;

Les Lauriers les plus vers sont sujets à la Foudre ;

Ton corps, ce riche Habit, ce Chef-d’œuvre si beau,

Doit tomber dans la Fosse, et retourner en Poudre.


Chrétien, si ce Tableau t'imprime de l'Horreur,

C'est icy le moyen d'en bannir la Terreur,

Et de braver la Mort, et toute sa Puissance.


Embrasse, par la Foy, l'heureuse Eternité,

Et mets en ton Sauveur ton unique Espérance ;

Mourant, tu revivras dans l'Immortalité.

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Sur les vents


Voix sans poumons, corps invisibles,

Lutins volants, char des oiseaux,

Vieux courriers, postillons nouveaux,

Sur terre, et sur mer, si sensibles ;


Doux médecins, bourreaux terribles,

Maîtres de l'air, tyrans des eaux,

Qui rendez aux craintifs vaisseaux

Les ondes fières ou paisibles ;


Vents, qui, dans un cours inconstant,

Naissez et mourez, chaque instant,

Mes jours ne sont qu'un vent qui passe


Mon coeur fait naufrage en la mort :

Mais Dieu, du souffle de sa Grâce,

Pousse mon âme dans le port.

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