24 mars 1603. Jacques 1er, roi d‘Angleterre et la Bible

24 mars 1603, Jacques 1er (1566-1625), roi d‘Angleterre à partir du 24 mars 1603.

Le monde anglo-saxon doit à une de ses initiatives, son plus beau joyau littéraire : une version de la Bible, dite « King James Bible » (ou « King James Version »), appelée parfois aussi en Grande-Bretagne « Authorized Version ». Mais cette Bible ne fut pas l’œuvre d’un seul homme. Il s’agit là en effet d’un des rares chefs-d’œuvre littéraires rédigés par une commission.

Image (24 mars 1603. Jacques 1er, roi d‘Angleterre et la Bible)


Politique et religion
La « Bible du Roi Jacques », pour la désigner par le nom qu’elle porte en français, est le produit d’une volonté à la fois politique et religieuse, cas de figure fréquent à une époque où religion et politique étaient inextricablement mêlées. Au début du XVIIe siècle, plusieurs traductions de la Bible en anglais existaient, dont la « Grande Bible », la « Bible des Évêques », la Bible de William Tyndale, réalisée près de cent ans auparavant et qui avait longtemps circulé sous le manteau en raison des sympathies luthériennes de son auteur (Tyndale finit sur le bûcher), ainsi que la « Bible de Genève », largement basée sur la précédente.
Fils de la catholique Marie Stuart, qui avait été décapitée, arrivé sur le trône suite au décès sans descendance d’Elisabeth Ière, le roi Jacques Ier souhaitait asseoir fermement son pouvoir en s’appuyant sur son titre de chef de l’Église anglicane. La publication d’une nouvelle édition de la Bible, expurgée des éléments ouvertement antimonarchistes de la Bible de Genève et des vues extrémistes des sectes puritaines, lui apparut un bon moyen pour ce faire. Au sens strict, la « King James Version » n’est cependant pas une nouvelle traduction. Ainsi que le stipulait très clairement le mandat du groupe d’érudits auquel avait été confiée la tâche de produire cette nouvelle Bible, l’idée était de tirer parti de ce qu’il y avait de meilleur dans les traductions existantes, dans l’objectif de donner naissance à un texte qui serait meilleur encore. C’est ce à quoi se sont employés les 47 membres du comité de rédaction, lors de leurs sessions de travail à Oxford, Cambridge et Westminster, en revenant aux textes originaux en hébreu, en grec chaque fois que cela leur semblait nécessaire.


La Bible comme œuvre littéraire
Un fait unanimement souligné est l’écrasante présence, dans le texte de la « King James Version », de la Bible de Tyndale, dont 80 à 90 %, selon les estimations et les parties concernées, se retrouvent dans la « Version Autorisée ». Or Tyndale s’est généralement montré très fidèle à l’hébreu qu’il connaissait.
Dans l’ensemble, pour partie en raison des qualités de l’original hébreu, liées notamment à l’usage délibéré de mots ordinaires et d’images concrètes, pour partie du fait du génie littéraire de Tyndale et du travail remarquable opéré par ses successeurs, le texte frappe par sa majestueuse simplicité. Il se distingue aussi par son caractère extrêmement mélodieux, qui n’a rien d’étonnant si l’on veut bien se souvenir que la Bible était le plus souvent lue à haute voix. La forte impression faite par la « King James Version » est encore accrue par l’emploi qu’elle fait d’un langage déjà archaïque au moment où elle a été rédigée, qui contribue à accentuer le sentiment d’autorité, de distance et de profondeur.

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