4 juillet 1953. Nicolas Bouvier et la Bible

publié le 4 July 2020 à 00h01 par José LONCKE

4 juillet 1953. Nicolas Bouvier et la Bible

L'Usage du monde est un un récit de voyage de l'écrivain suisse Nicolas Bouvier illustré par Thierry Vernet (1963, Droz). Cet ouvrage retrace l'itinéraire que Bouvier et Vernet ont réalisé entre Genève et la passe de Khyber de juin 1953 à décembre 1954 (le récit commence en réalité à Travnik (Bosnie) le 4 juillet 1953. Au fil des années et des rééditions, le livre devient un grand classique de la littérature de voyage1

Voici un extrait (Nicolas Bouvier, L’usage du monde, Editions Payot et Rivages, P 204-206) :

« …Ce même coffret contenait encore, dissimulé sous des paperasses, un livre relié en noir, qu’il me tendit avec un peu d’embarras. Une Bible anglaise. Il l’a tenait… d’un chrétien assyrien... »

« … Je feuilletais la Bible de l’Assyrien et le temps ne me durait pas. L’envie de rester coincé ici assez pour lire ce livre attentivement de bout en bout et voir éclore ce prodigieux printemps, m’effleura même une ou deux fois. L’Ancien Testament surtout, avec ses prophéties tonnantes, son amertume, ses saisons lyriques, ses querelles de puits, de tentes, de bétail et ses généalogies qui tombent comme grêle, était à sa place ici.

Quant aux évangiles, ils retrouvaient dans ce contexte la vertigineuse témérité dont nous les avons si bien dépouillés, mais la charité avait du mal à s’incarner, et l’oubli des offenses restait décemment dans l’ombre. Il n’y avait guère que les comparses : centurions, publicains ou Marie Madeleine à se détacher nettement. Et le Golgotha, inéluctable. Tendre la joue gauche à qui frappe la droite n’est pas l’usage à Mahabad où pareille méthode ne peut mener qu’à une fin misérable.

Si le Christ revenait ici, certainement, comme en Galilée, les vieillards garniraient la fourche des arbres pour le regarder passer, parce que les Kurdes ont le respect du courage… puis les ennuis surgiraient sans tarder. Il en irait d’ailleurs partout de même : recrucifié, et promptement. Peut être, dans nos pays raisonnables qui redoutent autant les martyrs que les prophètes, se contenterait-on de l’enfermer ; peut-être même tolérerait-on qu’il subsiste, parlant dans les jardins publics ou publiant à grand-peine et dans l’indifférence un tout petit journal. »

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