4 novembre 1619. Elisabeth de Bohème

publié le 4 November 2023 à 01h01 par José LONCKE

4 novembre 1619. Elisabeth de Bohème

Élisabeth de Bohème, princesse palatine (26 décembre 1618-11 février 1680), était la sœur de Sophie de Hanovre (mère du futur roi George 1er de Grande-Bretagne) ainsi que la tante de la duchesse d'Orléans, Elisabeth-Charlotte de Bavière, belle-sœur du roi Louis XIV et célébre épistolière.

Elle est la troisième des treize enfants et la fille la plus âgée d’Élisabeth Stuart (1596-1662) et de Frédéric V (1596-1632) qui est couronné à Prague le 4 novembre 1619, mais ne régnera en Bohême que pendant l’hiver 1619-1620.

Exil

À la suite de la destitution de son père, elle vécut en exil, d'abord à Heidelberg, auprès de sa grand-mère Louise-Juliana d’Orange-Nassau, fille de Guillaume d’Orange (Le Taciturne), qui lui enseigna la piété.

Vers l'âge de neuf ou dix ans elle fut envoyée avec ses frères et sœurs à Leyde pour parfaire leur éducation. Là, elle étudia les lettres classiques et modernes, les mathématiques, les langues anciennes et contemporaines, ainsi que les arts et montra une inclination particulière pour la philosophie. Elle y gagna le surnom de « la Grecque », pour sa maîtrise impressionnante des langues anciennes. Après ses études, elle rejoignit ses parents à  La Haye, où ils tenaient leur cour en exil

À 16 ans, elle a reçu une offre de mariage de Wladislaw, roi de Pologne. Mais, très attachée à la religion protestante, elle refusa de s'unir avec un souverain catholique. Cela aurait signifié qu'elle devait se convertir de la foi réformée au catholicisme romain.

Bien qu'il soit difficile de déterminer exactement ce qu'elle croyait, il semble qu'elle était très probablement une calviniste qui a accepté le catéchisme de Heidelberg, car elle a tenté toute sa vie de restaurer la doctrine réformée dans le Palatinat qui avait été envahi par les catholiques lorsqu'elle avait un an.

Vers 1650, elle partit retrouver à Heidelberg son frère à qui le traité de Westphalie avait rendu le Palatinat. Lors d'une visite à Krossen (Brandebourg), où vivait une de ses tantes, elle rencontra Johannes Cocceius qui plus tard entra en correspondance avec elle et qui lui dédia son commentaire du Cantique des Cantiques. Il l'amena à l'étude de la Bible.

Herford

Lorsqu'elle fut abbesse protestante du couvent protestant de Herford, en Westphalie de 1667 jusqu’à sa mort. Elle s’y distingua par son exactitude à remplir ses devoirs, par sa modestie et sa philanthropie, et particulièrement son hospitalité envers les persécutés pour raison de conscience e : elle protégea et se lia d'amitié avec les protestants de tous bords, y compris les anabaptistes, les mystiques et les quakers. L'un de ses amis était le quaker William Penn, qui a imité sa tolérance lorsqu'il a fondé la Pennsylvanie (charte octroyée le 4 mars 1681)Penn a écrit avec admiration à son sujet dans la Préface de la deuxième édition de son livre « No Cross, No Crown ».

Descartes

Elizabeth est surtout connue des universitaires pour sa correspondance avec le philosophe français René Descartes. Elle n'était pas une simple admiratrice enthousiaste : elle le défiait sur les réelles difficultés inhérentes à son système de déterminisme et de dualisme. Elle s'est parfois rangée de son côté, et s'est parfois opposée à lui.

Dans une lettre, elle a rejeté sa notion de bonheur qui impliquait de pouvoir raisonner, soulignant que certaines maladies privent les gens de raison. Dans une autre réponse, elle note avec bonne humeur : « Même si vos lettres ne m'ont rien appris, elles me font toujours du bien comme antidote à la mélancolie... ».

Elle le questionne notamment sur le rapport entre l’âme et le corps, que celui-ci considérait comme deux entités distinctes, face auxquelles le philosophe se retrouve bien souvent sans réponse satisfaisante. Loin d’être une élève banal, elle pose beaucoup de question et pousse toujours le philosophe à approfondir sa pensée, chose à laquelle il sera d’ailleurs très admiratif :

J’ai eu l’honneur d’être connu de votre Altesse, et de lui pouvoir quelquefois parler , ce qui m’a donné moyen de remarqué en elle des qualités si estimables et si rares (…) je n’ai jamais rencontré personne qui si généreusement et si bien entendu tout ce qui est contenu dans mes écrits(…) Mais ce qui augmente le plus mon admiration, c’est qu’une si parfaite et une si divers connaissance de toutes les sciences n’est point en quelque vieux docteur qui est employé beaucoup d’années à s’instruire, mais en princesse qui est encore jeune et dont le visage représente mieux celui de la poète ont attribué aux Grâces que celui qu’ils attribuent aux muses ou à la savante Minerve. (…) Cette parfaite sagesse m’oblige à tant de vénération.”

Vers la fin de sa vie, elle est tombée gravement malade. Son ventre a gonflé et ses extrémités ont rétréci. Elle a accepté la douleur avec patience. Dans une de ses dernières lettres à sa joyeuse sœur Louise, elle écrit : « Et maintenant il ne me reste plus qu'à me préparer à remettre à Dieu une âme lavée dans le sang de mon Sauveur. Je la sais entachée de beaucoup de péchés, et surtout pour avoir préféré la créature au Créateur, et avoir vécu pour ma propre gloire, ce qui est une sorte d'idolâtrie ».

Elle est décédée le 11 février 1680.

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Source

Baillet, Adrien, La vie de Monsieur Descartes [1691], Paris, Editions des Malassis, 2012.

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