5 juillet 1854. Emile Souvestre et un opéra "protestant" de Verdi

publié le 5 July 2024 à 02h01 par José LONCKE

5 juillet 1854. Décès d’Emile Souvestre (1806-1854).

Émile Souvestre
Émile Souvestre fait partie des auteurs oubliés et méconnus qui jouissent, dès les années 1840, d’une réelle notoriété sur la scène littéraire française et même en Europe. Bien qu’il soit décédé jeune, cet écrivain originaire de Morlaix a laissé, outre quelques poèmes et ses nombreux articles publiés dans la presse bretonne, quantité d’ouvrages de vulgarisation, de nouvelles, de romans populaires et de pièces de théâtre. Homme de lettres fort apprécié, à son époque, pour ses talents de vulgarisateur de savoirs et pour la valeur édifiante de ses écrits.

En 1836, Emile Souvestre se rend de Mulhouse, où il réside temporairement, à Bâle pour rencontrer Alexandre Vinet (1797-1847). Vinet a consacré aux écrits de Souvestre plus d'une page belle ou pénétrante. Souvestre de son côté a eu l’occasion d écrire sur les Discours religieux une lettre à propos de laquelle Vinet note dans son agenda : « C'est un grand motif de louer Dieu qu'une telle lettre... ».
Souvestre grâce à la conduite spirituelle de Vinet, évoluera d’un scepticisme révolté vers une foi apaisée.

Vinet aurait souhaité que son ami parvienne à donner à son œuvre une dimension théologique, qu’il arrive « à proclamer un jour ce grand dogme du pardon gratuit et de la réconciliation en Jésus-Christ ».

Inspiré par Alexandre Vinet, Le pasteur ou l’Evangile et le foyer, drame en cinq actes et six parties, d’Emile Souvestre (et Eugène Bourgeois). La pièce fut créée à Paris le 10 février 1849 au Théâtre de la Porte Saint Martin. Elle était tirée du roman de Souvestre paru en 1838. Il s’agit du pardon gratuit accordé à une femme adultère. Le librettiste de Verdi, Francesco-Maria Piave, va l’adapter pour la scène lyrique et Verdi en fera un opéra : Stiffelio, tronqué par la censure au moment  de sa création à Trieste le 16 novembre 1850. Souvestre  est donc bien l’inspirateur de Stiffelio, un opéra protestant et méconnu de Verdi.


Un pasteur miséricordieux
Rodolfo Müller, alias Stiffelio, pasteur d’une communauté religieuse appelée « les ahasvériens »,  découvre en rentrant dans ses foyers, que sa femme a été victime d’un adultère, obtenu par la ruse et la force. Le déchirement vécu par un pasteur : une lutte entre l’homme prêt à maudire et à châtier, sous la colère la femme infidèle, et son devoir chrétien de pardonner.
u final les ahasvériens réunis assistent  au culte célébré par Stiffelio. Le pasteur monte en chaire. En ouvrant la Bible, il tombe sur le passage de la femme adultère, et lit à haute voix :
« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! »
Inspiré comme par une voix mystérieuse venue du ciel, il annonce à la communauté la grâce immédiate de Dieu et sur fond d’orgue, pardonne à Lina la femme adultère :

« Stiffelius : Et la femme se leva pardonnée…
Lina : Ah !
Jorg : Stiffelius, que fais-tu ?…
Stiffelius lui montrant l’Evangile : Pardonnée… c’est Dieu qui l’a écrit, Dieu doit l’imiter et pardonner (il tend la main à Lina. Stankar tombe à genoux aux pieds de l’escalier, la foule l’imite. Tableau) ».
On a observé à juste titre que les noms de deux personnages du mélodrame évoquent des théologiens de la Réforme,  et qu’un autre celui du  piètiste du 17ème siècle Ahasverus Fritsch,  fondateur d’un cercle piétiste allemand, dans la lignée de Spener. Par ses contacts avec le « Réveil suisse » dont il subi l’influence au travers de Vinet.
En 1836, Emile Souvestre se rend de Mulhouse, où il réside temporairement, à Bâle pour rencontrer Alexandre Vinet (1797-1847). Vinet a consacré aux écrits de Souvestre plus d'une page belle ou pénétrante. Souvestre de son côté a eu l’occasion d écrire sur les Discours religieux une lettre à propos de laquelle Vinet note dans son agenda : « C'est un grand motif de louer Dieu qu'une telle lettre... » Relations épistolaires transformées bientôt en entrevues affectueuses, puis en une durable amitié. Vinet est en train de déménager mais quant il s'agit d'entrer en rapports directs avec une âme, il n'y a plus pour Vinet d'occupations ou de déménagement qui tiennent. On pourvoira comme on pourra à tout cela. L'important est d'accueillir ce nouvel ami, de presser affectueusement cette main tendue, plus encore d'affermir dans ses convictions ce fils spirituel qui vient de lui naître...
Souvestre grâce à la conduite spirituelle de Vinet, évoluera d’un scepticisme révolté vers  … Vinet aurait souhaité que son ami parvienne à donner à son œuvre une dimension théologique, qu’il arrive « à proclamer un jour ce grand dogme du pardon gratuit et de la réconciliation en Jésus-Christ ».
Ce qui est écrit s’adresse autant à une femme en particulier qu’à la communauté tout entière.
Dans la version italienne le « c’est écrit « cher aux piétiste ne suffit pas à Piave qui invente une intervention divine. Cependant l’opéra se termine par le chant du chœur, rejoint par les solistes, sur la seule sentence « Perdonata ».
Mais le final conserve donc l’esprit du texte de Souvestre. Il répond au souhait de Vinet : voir annoncer sur la scène la doctrine centrale du protestantisme : la justification par la seule grâce de Dieu.
En 1850, Stiffelio est censuré : comment l'église accepterait-elle qu'un pasteur protestant pardonne sur scène l'adultère de sa femme au milieu d'un sermon ? Verdi sera contraint de mutiler son œuvre, il la reprendra même en 1856 sous le nouveau titre, Aroldo, l'œuvre passe à la trappe. La partition originale sera redécouverte en 1968 et cette belle œuvre connaîtra depuis lors un juste regain de faveur.
Telle qu’elle a été voulue à l’origine elle illustre une page méconnue du protestantisme. Il faut reconnaître à Souvestre le mérite d’avoir osé aborder au théâtre ce sujet d’une grande originalité.

5 juillet 1854. Emile Souvestre et un opéra "protestant" de Verdi

Lars Cleveman interpète  Stiffelio et Lena Nordin,  Lina. Opera royal, Stockholm 2011

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