8 mars 1659. Isaac de Beausobre : la Bible en beau français

Isaac de Beausobre (1659-1738) nait à Niort le 8 mars 1659. C’est un pasteur protestant français, plus connu aujourd’hui pour son histoire du manichéisme. Histoire Critique de Manichée et du Manichéisme en  deux volumes (Amsterdam, 1734-1739).
Ses humanités achevées, contrairement au désir de ses parents qui souhaitaient le voir devenir magistrat, Beausobre choisit d’étudier à la théologie Saumur en vue d’un ministère pastoral et reçut l’imposition des mains au synode de Loudun à l’âge de 24 ans (juin 1683).

Peu de temps après, il fut appelé à remplir les fonctions pastorales à, où il épousa Claude-Louise Arnaudot.
Beausobre desservait l’église de Châtillon-sur-Indre depuis quelques mois à peine, lorsque la Révocation de l’Edit de Nantes amena les autorités à poser les scellées sur les portes du temple et à empêcher l’exercice du culte. Beausobre continua les cultes en cachette. Il fut condamné à faire amende honorable. Il se réfugia en Hollande (1686) puis à Berlin (1693). Pasteur de l’église française de Berlin (1695), et il y rendit d’importants services, grâce à la considération qu’il s’était acquise par ses talents et par son caractère.


Beausobre prit une part active à toutes les démarches faites pour obtenir de Louis XIV le rappel des Protestants réfugiés, ou tout au moins l’adoucissement du sort de ceux qui étaient restés en France. Ainsi en 1704, le consistoire de Berlin le députa, avec Jacques Lenfant (1661-1728) auprès du général Marlborough, pour le presser de demander au roi de France l’échange des Réformés aux galères, contre une partie des prisonniers faits à Hochstedt.

Traduction du Nouveau Testament
La Bible d’Olivétan révisée en 1588 fut réimprimée pendant cent ans, à Lyon, à Caen, à Paris, à La Rochelle, à Sedan, à Niort, en Hollande, à Bâle, et dans la Suisse française. Elle survécut telle quelle, malheureusement, à la modification profonde que subit la langue française dans la seconde moitié du dix-septième siècle. Déjà alors son langage était suranné. On y trouvait des expressions insupportables, comme

guerroyer le bon combat — l'iniquité d'Ephraïm est enfagottée — c'est un enfant qui n'est pas sage — il ne tient pas le temps en la brèche des enfants — offrir les bouveaux de nos lèvres (C'étaient des citations bibliques : 2 Tim. 3, 6; Osée 8, 12, 13; 14, 2).


En 1676, le pasteur Jean Claude prit l'initiative d'une version nouvelle. Il comprenait que la Bible des protestants devait enfin parler la langue du grand siècle. Claude, chose remarquable, pour assurer l'impartialité de l'œuvre, demanda le concours du savant Richard Simon, prêtre à l'Oratoire, qui, chose non moins remarquable, accepta. La traduction était assez avancée quand la Révocation de l'édit de Nantes arrêta net l'entreprise. Le crime de Louis XIV fut fécond en conséquences secondaires, toutes plus néfastes les unes que les autres. En voilà une et des plus graves.

De leur côté, Isaac de Beausobre et son collègue Jacques Lenfant après avoir examiné très consciencieusement la question de la possibilité d'une révision de la version (révisée) de 1588, ils s'arrêtèrent, comme Jean Claude, à la nécessité d'une version nouvelle d’après le texte original, ce que ne comprenaient, à la même époque, ni Martin ni Ostervald...
Ils traduisirent ensemble le Nouveau Testament qui fut publié à Amsterdam en 1718, en deux volumes in-8, avec des notes abondantes originales et très bien faites. Le texte est divisé en paragraphes.

Malheureusement cette version resta inconnue en France même, parce que les portes de notre pays lui restaient rigoureusement fermées. Elle eut un grand succès en Suisse et en Allemagne, où elle parut avec le texte allemand en regard.

Un seul exemplaire pénétra en France, celui qui fut envoyé à Charlotte-Elisabeth de Bavière, appelée la princesse Palatine, princesse allemande et ex-protestante.

Image (8 mars 1659. Isaac de Beausobre : la Bible en beau français)

Le grand Frédéric II, qui l’honora d’une amitié particulière, trace de lui ce portrait dans une lettre à Voltaire : « C’était un homme d’honneur et de probité ; grand génie, d’un esprit fin et délicat, grand orateur, savant dans l’histoire de l’Église et de la littérature, la meilleure plume de Berlin, plein de feu et de vivacité, et que quatre-vingts années de vie n’avaient pu glacer. »

Source : Emile Haag, La France protestante ou vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l’histoire, t. 2, Paris, Joël Cherbuliez,? 1847, p. 124-127

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