Entre prosélytisme et fausse pudeur: y a-t-il une place pour la religion à l’hôpital?

Extrait
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Stuart Ludbrook est aumônier d’hôpital à Paris. Il nous propose une réflexion riche de son expérience, sur la place de la religion dans le milieu hospitalier. Bien qu’inscrit dans un contexte précis, ce texte pose des questions qui ne concernent pas que les aumôniers.

Entre prosélytisme et fausse pudeur: y a-t-il une place pour la religion à l’hôpital?

INTRODUCTION

« C’est au sous-sol la religion à côté des syndicats ! », « C’est vous la religion, mon père ? » « Non, je suis parmi « les gens de la RPR ! » La RPR signifie : La religion prétendue réformée, titre officiel du protestantisme sous Louis XIV. La religion à l’hôpital, titre d’un livre de Isabelle LEVY(1) qui a relancé les débats autour de cette question. Faut-il entendre « la religion » au singulier comme s’il existait une seule confession religieuse ? Ou collectif et thématique comme « le sport » ? Ou vaut-il mieux parler des « religions » au pluriel pour lever tout malentendu et respecter la pluralité des religions ? C’est mon avis. En France, comment représente-t-on “la religion” ? Notre titre : « Entre prosélytisme et fausse pudeur » donne deux « portraits » féroces qui ne sont pas au Louvre ! Dans une région qui a un « régime des cultes » spécifique, des réponses existent. Quant à votre expérience professionnelle, comment vivez-vous cette question ? Quelle place accordez-vous aux religions dans votre travail au quotidien ? J’interviens sur ces questions à titre d’aumônier protestant dans deux hôpitaux à Paris.

1. PROSÉLYTISME : LA PENSÉE ET LA PEUR

On est tous contre le prosélytisme, sans doute ! Mais qu’entendons-nous par ‘prosélytisme’ ? Il peut émerger de plusieurs groupes venus à l’hôpital : des islamistes radicaux parmi la famille d’un malade qui recrutent un jeune, un islam « conquérant » qui fait peur ; des guérisseurs africains et pentecôtistes en visite le dimanche après-midi auprès d’un membre de leur communauté ; des colporteurs évangéliques de passage qui voudraient distribuer Bibles et brochures. Lorsque des catholiques sont présents toujours à tous les chevets, peut-on y voir une forme de prosélytisme de la religion dominante ?

Bannir les religions du service sous prétexte de refuser le prosélytisme, c’est se conformer au règlement, mais aussi laisser un vide que le fanatisme et la rumeur pourraient investir. Souvent, un appel au rabbin ou à l’imam peut débloquer une situation tendue, sinon on cherchera toujours un curé ! « Prosélytisme » est parfois un gros mot qui sert souvent à masquer une faible culture religieuse : « on ne connaît pas bien les évangéliques » et à défendre le statu quo : cela se passe très bien avec notre prêtre qui vient tous les jours !

Mémoire sélective

Le refus de la religion vient parfois du fait qu’en France elle a un passé souvent synonyme de conflit. Ce qu’attestent les dires d’une vieille dame en long séjour : « Ah vous êtes protestant ! Ma mère m’a dit qu’il fallait détester les protestants. Mais vous, vous avez l’air gentil ! » Du XVIème siècle, les manuels scolaires retenaient surtout les guerres de religion. Et la Révolution française, n’a-t-elle pas renversé le trône et l’autel ? La pluralité des cultes existait sous Napoléon : 4 cultes reconnus ! L’Alsace et la Moselle fournissent encore une preuve visible. La loi du 1905, charte de la laïcité légale et ouverte, et d’autres textes(2), encadrent les aumôneries. Elles ont comme tâche de permettre l’exercice de la religion. Leur activité se limite strictement au domaine (du culte) cultuel et non culturel ! Même la quête pendant l’office à l’hôpital n’est pas admise, mais souvent pratiquée ! L’histoire nous a légué : l’établissement privé de soins et l’hôpital public où les diverses confessions chrétiennes sont représentées par les aumôneries(3).

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Aumônier des hôpitaux de Paris

1. Isabelle Lévy, La Religion à l’hôpital : Laïcité et respect du culte - Refus des soins - Interdits alimentaires -Rites funéraires, Presses de la Renaissance, 2004, 331p.
2. Charte du patient hospitalisé ; Loi du 4 mars 2002 sur le droit des malades, circulaires du 6 mai 1995 et pour celle de la DHOS du 2 février 2005, voir http://www.infirmiers.com/actu/detail_actu.php?id_news=717
3. Voir Michel Cordier, « L’épine et le cataplasme », in Marie-Jo Thiel, (sous dir.), Où va la médecine ? Sens des représentations et pratiques médicales, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2003, 314p.

Références
• Circulaire n°DHOS/G/2005/57 du 2 février 2005.
• Peter Berger, La rumeur de Dieu, (éd. fr. 1972).
• idem., La construction sociale de la religion, (éd. fr. 1997).
• Claire Chartier, « L'hôpital face aux religions » L'Express du 13/09/2004.
• Thierry Collaud, Le statut de la personne démente, Accademic Press, Fribourg, 2003, 319p.
• idem., « Les maladies d’Alzheimer », Hokhma, 88, 2005, pp.49-61.
• Isabelle Lévy, La Religion à l’hôpital : Laïcité et respect du culte - Refus des soins - Interdits alimentaires - Rites funéraires, Presses de la Renaissance, 2004, 331p. 

Sites Internet
• L’Espace éthique de l’AP-HP : http://www.espace-ethique.org/fr/accueil.php
• Aumôneries européennes : http://www.eurochaplains.org/turku_standards_french.htm
http://www.infirmiers.com/actu/detail_actu.php?id_news=717, texte de circulaire
• L’observatoire des religions de Science-Po à Paris : http://www.obs-religieux.iep.fr

 

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