Croissance de l’Église, croissance de la Parole

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En mai 2018, a eu lieu à Strasbourg le congrès qui entérinait la fusion entre deux unions d’Églises évangéliques, France Mission et Vision France. Étienne Lhermenault, alors président du CNEF, était l’orateur de cet événement sur le sujet « Croissance de l’Église, croissance de la Parole ». Cet article reprend le texte de ses deux interventions. Dans celui-ci, la notion biblique de « croissance » est étudiée sous quatre angles différents et complémentaires, mettant en exergue combien elle trouve son origine, sa nourriture et sa finalité en Dieu lui-même. Si la croissance numérique ainsi que spirituelle des chrétiens et des Églises est évidemment à rechercher, et si des moyens peuvent être mis en œuvre pour la favoriser, nul ne saurait – au risque de se tromper de croissance – faire fi de la centralité de Dieu et de sa Parole dans celle-ci.
Croissance de l’Église, croissance de la Parole

« À cette époque-là, comme le nombre des disciples ne cessait d’augmenter, des tensions surgirent entre les disciples juifs de culture grecque et ceux qui étaient nés en Palestine : les premiers se plaignaient de ce que leurs veuves étaient défavorisées lors des distributions quotidiennes.

Alors les douze apôtres réunirent l’ensemble des disciples et leur dirent :
– Il ne serait pas légitime que nous arrêtions de proclamer la Parole de Dieu pour nous occuper des distributions. C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes réputés dignes de confiance, remplis du Saint-Esprit et de sagesse. Nous les chargerons de ce travail. Cela nous permettra de nous consacrer à la prière et au service de l’enseignement.

Cette proposition convint à tous les disciples ; ils élurent Étienne, un homme plein de foi et d’Esprit Saint, ainsi que Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d’Antioche qui s’était converti au judaïsme. Ils les présentèrent aux apôtres qui prièrent pour eux et leur imposèrent les mains.
La Parole de Dieu se répandait toujours plus. Le nombre des disciples s’accroissait beaucoup à Jérusalem. Et même de nombreux prêtres obéissaient à la foi. » (Actes 6.1-7)

« Dans mon pays, il y a chaque année quasiment plus de conversions que d’habitants ! » Celui qui parle ainsi est le secrétaire général des Églises baptistes du Mizoram, en Inde. Je participe à une rencontre baptiste internationale et les différents secrétaires généraux partagent des nouvelles de leur pays. Le Mizoram est l’un des plus petits états de l’Inde, tout à fait à l’Est, enclavé entre le Bangladesh et la Birmanie. Il a une caractéristique exceptionnelle : le pourcentage de chrétiens y est de 87 % ! Pour vous donner une idée de la pénétration du christianisme évangélique, les seuls baptistes y comptent 537 Églises locales rassemblant 103.000 membres pour à peine plus d’un million d’habitants, soit 10 % de la population ! Mais mon homologue mizo ajoute à son constat de très nombreuses conversions un commentaire un brin cynique : « Il y a plus de conversions que d’habitants au Mizoram, mais la criminalité n’y a pas reculé d’un pouce. » Devant notre air interloqué, il ajoute : « La conversion est devenue un phénomène social, une mode à laquelle on s’adonne mais qui est rarement suivie d’un vrai changement. » Le propos fait réfléchir quand, comme vous et moi, nous prions et œuvrons pour la croissance des Églises en France. Cela nous rend attentifs à certains défis propres à la croissance de l’Église qui, sous peine de superficialité, ne peut ni ne doit se détacher d’une autre croissance, celle de la Parole en son sein.

Je formule quatre propositions sur la croissance véritable que je m’efforcerai ensuite d’argumenter :

  • La croissance véritable est le fruit de la vie nouvelle ;
  • La croissance véritable est l’œuvre conjointe de la Parole et de l’Esprit ;
  • La croissance véritable repose sur la centralité du Christ ;
  • La croissance véritable vise la maturité.

I. La croissance véritable est le fruit de la vie nouvelle

Avant toute chose, il convient de préciser de quoi l’on parle. Le Nouveau Testament utilise plusieurs mots pour évoquer l’idée de croissance. Nous nous limiterons, à une exception près, à une seule famille de mots pour les besoins de ce message(1) : le verbe auxanô : (faire) croître, augmenter, pousser, se multiplier, se répandre ; et son substantif auxêsis : croissance, accroissement.

Les mots de la famille d’auxanô sont utilisés pour montrer l’effet de l’œuvre de Dieu par analogie avec la croissance de la nature :

« [Le royaume de Dieu] ressemble à une graine de moutarde qu’un homme a prise pour la semer dans son jardin ; la graine pousse jusqu’à devenir un arbuste, et les oiseaux du ciel nichent dans ses branches. »
(Lc 13.19)

Dans le livre des Actes, comme nous venons de le lire, ce vocabulaire est utilisé pour parler de l’activité missionnaire de l’Église et de ses effets :

« La Parole de Dieu se répandait toujours plus. Le nombre des disciples s’accroissait [επληθυνετο : augmenter, accroître] beaucoup à Jérusalem. »
(Ac 6.7)

Première indication intéressante pour notre réflexion, la croissance numérique de l’Église est étroitement liée à la proclamation de la Parole de Dieu. Plus la Parole de Dieu se répand, plus l’Église grandit. Nous verrons plus loin pourquoi il n’en est pas toujours ainsi.

On peut ajouter ici l’emploi d’un autre verbe perisseuô – (faire) abonder, surabonder, exceller – dans Actes 16.5 (contexte : communication des décisions du concile de Jérusalem) : « Et les Églises s’affermissaient dans la foi et voyaient augmenter chaque jour le nombre de leurs membres. »

Deuxième indication intéressante, la croissance de l’Église est aussi liée à l’affermissement de la foi des disciples, ici en raison d’un travail des apôtres pour maintenir l’unité de l’Église naissante. Il y a donc un triptyque Parole/foi/Église où la croissance de l’un des éléments, l’Église, est nourrie par les progrès des deux autres, la Parole qui se répand et la foi qui s’affermit. Nous y reviendrons.

Dans les épîtres de Paul, ce même vocabulaire permet d’indiquer que :

  • Dieu seul peut faire croître l’Église en nombre et en maturité :

« Moi j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait croître. Peu importe, en fait, qui plante et qui arrose. Ce qui compte, c’est Dieu qui fait croître. »
(1 Co 3.6-7)

« Celui qui fournit la semence au semeur et lui donne le pain dont il se nourrit vous donnera aussi, avec largesse, toute la semence nécessaire et fera croître les fruits de votre générosité. »
(2 Co 9.10)

  • Dieu utilise pour cela les ministères d’édification ou « articulations » sous la direction de Jésus-Christ :

« C’est de [Christ] que le corps tout entier tire sa croissance pour s’affermir dans l’amour, sa cohésion et sa forte unité lui venant de toutes les articulations dont il est pourvu, pour assurer l’activité attribuée à chacune de ses parties. »
(Ep 4.16)

  • Le croyant est appelé à croître dans la foi : « Progressez sans cesse dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. »(2 P 3.18).
  • une foi qui est renouvelée par la Parole qu’est le Christ :

« C’est pourquoi, nuit et jour, nous lui demandons avec instance de nous accorder de vous revoir et de compléter ce qui manque à votre foi. » (1 Th 3.10)

  • une foi qui grandit par l’obéissance du croyant dans la communion de l’Église :

« En effet, votre foi fait de magnifiques progrès [abonde de plus en plus] et, en chacun de vous, l’amour que vous vous portez les uns aux autres ne cesse d’augmenter. » (2 Th 1.3)

  • une foi qui permet à l’apôtre de faire grandir l’œuvre :

« Au contraire, nous gardons l’espoir qu’avec les progrès de votre foi, notre œuvre grandira de plus en plus parmi vous, dans les limites de notre champ d’action. Nous pourrons ainsi annoncer la Bonne Nouvelle dans les régions situées au-delà de chez vous, sans nous vanter du travail accompli par d’autres dans leur propre champ d’action. » (2 Co 10.15b-16)

Ce rapide survol de la notion de croissance dans le Nouveau Testament me conduit à faire plusieurs remarques utiles pour l’exercice du ministère : ...

1. L’essentiel de cette enquête biblique est tiré de Alfred KUEN, sous dir. Nouveau Dictionnaire Biblique, Saint Légier, Emmaüs, 1992.

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