Convergences et divergences avec le christianisme

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Convergences et divergences avec le christianisme

Islam, judaïsme, christianisme

L'islam a toujours voulu se positionner comme une religion du juste milieu : « Ainsi Nous avons fait de vous une communauté [du juste] milieu afin que vous soyez témoins envers les gens et que le Messager soit témoin envers vous » (Q 2.143). Pour lui, il y a moins de différences théologiques entre l'islam et le judaïsme qu'entre le judaïsme et le christianisme sur des sujets comme la conception monothéiste unitaire de Dieu, l'importance de la loi divine, les prescriptions… 

Par ailleurs l'islam se considère comme étant plus proche du christianisme que le judaïsme, avec moins de différences entre l'islam et le christianisme qu'entre le christianisme et le judaïsme. Cela vaut surtout à propos de la personne de Jésus-Christ : les musulmans croient en effet à sa venue sur terre, à ses miracles, à son élévation auprès de Dieu alors que les juifs ne l’ont pas reconnu quand il est venu puisqu’ils l'ont rejeté jusqu'à la mort et qu’ils continuent d’attendre la venue du Messie. 

Le Coran et la Bible(1)

Il existe dans le Coran* de nombreuses références aux histoires bibliques, depuis la Création jusqu'à la venue de Jésus. Cependant, la chronologie historique de ces récits n'y est pas, ce qui rend parfois sa lecture et sa compréhension difficiles pour un lecteur habitué au texte biblique. Le Coran* affirme également qu'Allah* serait le Dieu de la Bible (des juifs et des chrétiens) avec tout ce que cela englobe dans sa description du Dieu Créateur, Éternel, Juste, Omniscient, Omniprésent, Miséricordieux et Juge au dernier jour. Pour cela, il fait souvent référence aux prophètes de la Bible. De nombreux personnages bibliques ainsi que leurs histoires sont ainsi familiers à beaucoup de musulmans. 

À plusieurs reprises, le Coran* se présente comme une confirmation de la Torah et de l'Évangile : « Il t’a envoyé le Livre contenant la vérité qui confirme les Écritures qui l’ont précédé. Avant lui il fit descendre la Torah et l’Évangile pour servir de direction aux hommes » (Q 3.2)(2)

De nombreuses histoires mentionnées dans la Bible figurent dans le Coran*. Certaines sourates* portent le nom de prophètes comme Joseph, Jonas, Abraham, Noé ; d’autres font référence à des événements mentionnés dans le récit biblique. Marie, la mère de Jésus, occupe une place importante dans le Coran* au point qu’une sourate* entière porte son nom. Le nom de Marie est du reste plus cité dans le Coran* que dans la Bible.

Jésus dans le Coran

Mais pour les chrétiens, le point d’intérêt le plus central avec l'islam est celui qui touche la personne de Jésus-Christ. À ce propos, les chrétiens ont malheureusement souvent tendance à mettre en avant les différences théologiques qui existent avec l'islam : la Trinité, la divinité de Jésus, sa mort, sa crucifixion… plutôt que de prêter attention aux convergences qui peuvent leur servir de tremplin dans leurs discussions avec les musulmans. 

La figure de Jésus est hautement considérée dans l'islam. Jésus y est l'un des plus grands prophètes (nabi*), mais il reçoit aussi le titre d'Envoyé (rasoul*), c'est-à-dire qu'il n'a pas seulement une parole prophétique, mais un Livre (Q 19.30) qu'il a reçu de Dieu pour guider sa communauté. 

Jésus est mentionné dans une quinzaine de sourates* sur les 114 du Coran*. Au total, plus de 200 versets lui sont consacrés. 

Chez les mystiques musulmans, appelés « soufis »*, Jésus jouit d'une place très honorable et d'une très grande vénération. On a souvent médité ses paroles rapportées dans le Coran* et l'ensemble des mystiques musulmans admirent dans le fils de Marie ses éminentes qualités spirituelles. Pour Ibn-Arabi, qui se présente comme le père du mysticisme musulman, Jésus est le « Sceau de la sainteté » en comparaison avec Mohamed* qui reçoit dans le Coran* le titre de « Sceau des prophètes ». Jésus est le prophète qui n'a jamais péché. 

Sa naissance miraculeuse 

L’islam se présente comme la seule religion au monde, après le christianisme, qui affirme la naissance miraculeuse de Jésus alors que Marie était vierge. 

L’ange Gabriel est intervenu auprès d’elle pour lui annoncer qu’elle allait être enceinte d’un enfant pur (Q 19.19-21). C’est dans les sourates* 3.38-47 et 19.1-34 que le Coran* parle de tout ce qui se rapporte le plus à la naissance de Jésus. Q 3.42 fait penser à la salutation de l'ange dans l’Évangile : « Ô Marie, Dieu t'a élue et purifiée ; il t'a élue par-dessus les femmes du monde ». 

Le Coran* parle de la venue au monde miraculeuse de Jésus grâce à l’insufflation de l’Esprit de Dieu dans le sein de sa mère. C’est un acte de miséricorde divine (Q 21.91).

Marie, retirée dans le temple, reçoit la visite de « l'Esprit de Dieu ». « Nous lui envoyâmes notre Esprit sous forme d'un homme parfait » (Q19.17) : La tradition musulmane identifie cet homme comme étant l'Archange Gabriel, mais Marie le prend pour un homme et demande le secours de Dieu : « Je cherche refuge contre toi auprès du miséricordieux ». 

L'ange la rassure aussitôt : « Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur » (Q 19.19). Ainsi il fait savoir à Marie qu’il est chargé de lui donner un garçon, que le Seigneur veut faire de lui un Aya* (« signe, miracle ») pour les hommes et une miséricorde de sa part (Q 19.21). 

Marie demande alors : « Comment aurai-je un enfant alors qu’aucun homme ne m’a touchée ? ». Ainsi répondit l’ange « Allah* crée ce qu’Il veut, quand Il décrète une affaire, Il dit seulement à son propos et elle se réalise ». 

Aussitôt après avoir mis son enfant au monde, Marie le porte dans ses bras et le présente à ses proches. Ces derniers sont indignés et l'accusent d'avoir commis un péché odieux. Pour se justifier, Marie appelle alors son nouveau-né pour qu’il rende témoignage. Ses accusateurs se moquent alors encore plus d'elle : « Comment parlerions-nous à celui qui n'est encore qu'un enfant au berceau ? » Mais, prenant la défense de sa mère injustement calomniée, Jésus se met à parler par une intervention divine : « Je suis vraiment le serviteur de Dieu, Il m'a donné le livre et m'a désigné prophète, où que je sois, Il m'a rendu béni ; et Il m'a recommandé tant que je vivrai la prière et l'aumône. Il m'a ordonné d'être bon envers ma mère, et Il n'a pas voulu que je sois orgueilleux ni malheureux. La paix soit sur moi le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité » (Q 19.30-33). 

Ainsi, l'enfant Jésus se présente comme un enfant pieux, qui a été appelé par Dieu au ministère prophétique. En se définissant tout au début de sa vie comme « le serviteur de Dieu », il confesse d'une façon directe sa soumission à Dieu. Jésus ne parle que pour affirmer ses propres qualités de serviteur de Dieu, de prophète, d’être béni, d’observateur de la prière et de l’aumône. Par ces déclarations, Jésus se présente également comme un bon musulman, c’est à-dire soumis, sachant que la prière et l’aumône sont deux des piliers de l’islam. 

Il faut cependant rappeler que cette conception virginale de Jésus ne signifie pas pour le Coran* qu'il est d’origine divine. Elle est tout simplement l'effet d'un décret divin. Pour répondre aux affirmations de certains chrétiens du 7ème siècle, pour qui la conception surnaturelle de Jésus serait une preuve de sa divinité, le Coran* compare explicitement la création de Jésus à celle d'Adam : « L'exemple de Jésus est comme celui d'Adam. Dieu l'a créé de poussière, puis il lui dit "sois" et il fut » (Q 3.52). Comme Adam fut créé directement par Dieu sans aucune intervention humaine et sans qu'il soit pour autant appelé le fils de Dieu, il en va de même pour Jésus. Les théologiens musulmans vont plus loin, en précisant que la création d'Adam reste la plus miraculeuse, car il n'avait ni père ni mère, contrairement à Jésus qui avait une mère. Cette précision que le Coran* donne a pour but de souligner l'humanité de Jésus en dépit de sa naissance miraculeuse.

Sa mission  

Dans le Coran*, Jésus est qualifié de prophète (nabi) (Q 19.31) et d’envoyé (rasoul) (Q 4.156,169). En tant que tel, il a une mission à remplir auprès du peuple d'Israël. Cette idée est en plein accord avec la conception coranique selon laquelle chaque prophète s’adresse à un peuple particulier.

La place que Jésus occupe parmi tous les prophètes  est éminente. La tradition musulmane distingue six grands prophètes : Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus, et Mohamed*. Les trois derniers (Moïse, Jésus et Mohamed*) ont en commun d'avoir apporté chacun une loi consignée par écrit dans un Livre. Comme Moïse a reçu la Torah, Jésus lui a reçu l'Évangile. Le Coran* dit à son sujet : il « contient une lumière capable de diriger et d'instruire tous ceux qui craignent Dieu (les chrétiens) ». Ainsi, « il remplit leur cœur de miséricorde et de piété » (Q 57:27). 

-->(3) Considérant que c’est grâce à l’Évangile que le cœur des chrétiens fut rempli de grâce et de piété, peut-on affirmer qu’il est en lui-même un miracle ?

Jésus couvre de son autorité non seulement l'Évangile mais aussi la Torah que Dieu avait confiée à Moïse. Il met fin à certaines interdictions en disant : « Je viens confirmer ce qu'il y a dans la Torah, révélée avant moi, et rendre licite une partie de ce qui vous a été interdit. Je vous apporte un signe de la part de votre Seigneur. Craignez donc Dieu et obéissez-moi » (Q 3.50). Pour prouver sa mission prophétique aux juifs de son temps, Jésus a opéré plusieurs miracles : il a parlé dans le berceau dès sa naissance (Q 3.48-49). Un peu plus tard, il a façonné avec de l’argile des oiseaux sur lesquels il a soufflé pour qu’ils deviennent des oiseaux vivants (Q 3.49). Il est intervenu auprès de Dieu pour faire descendre du ciel une table bien garnie pour ses disciples (Q 5.110-115). Certains de ces miracles, (comme la fabrication ou le modelage d’oiseaux) se trouvent déjà dans les évangiles apocryphes (évangile de Thomas, évangile de l’Enfance, Pseudo Matthieu en Arabe). Les autres sont presque tous conformes aux évangiles canoniques : la guérison de l’aveugle-né, du lépreux, la résurrection des morts. 

L’un des noms que Jésus reçoit dans le Coran* est celui de Rasoul*, (envoyé, ou messager de Dieu). Ce titre est mentionné à trois reprises dans le Coran* à propos de Jésus. Il s'agit là d'une élévation qui laisse supposer que Jésus occupe un rang supérieur à celui des autres envoyés, notamment de ses prédécesseurs. « Nous avons placé certains envoyés au-dessus de certains autres. Parmi eux, il en est à qui Dieu a parlé. Et il a élevé d’autres en hiérarchie. Nous avons donné les preuves à Jésus, fils de Marie, que nous avons assisté de l’Esprit Saint » (Q 5. 111). La grâce particulière accordée à Jésus était l'assistance de l'Esprit Saint. Il est à remarquer que cette formule unique dans le Coran* est à propos de Jésus. 

Mais le Coran* va encore plus loin lorsqu’il désigne Jésus. Parmi les titres ou les attributs qu’il lui accorde, on trouve :

Ses titres

- La Parole de Dieu. En plus de la reconnaissance de sa naissance miraculeuse, le Coran* affirme que Jésus est la Parole de Dieu. « Ô Marie, Dieu t'annonce une Parole émanant de Lui, son nom sera le Christ, Jésus fils de Marie » (Q 3:45). Ce remarquable titre « Parole de Dieu » est cité à trois reprises dans le Coran* et uniquement à propos de Jésus (Q 3.39,45 ; 4.171). Bien sûr, on peut facilement le rapprocher des premiers mots de l'évangile de Jean (1.1) : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu ». Il reste à savoir ce que le Coran* veut dire lorsqu’il désigne Jésus comme étant la Parole de Dieu. 

- L’Esprit de Dieu. Le Coran* poursuit en affirmant que Jésus est l'Esprit de Dieu (Q 4.171). Selon lui, Jésus est né suite à une intervention directe de Dieu : « Nous avons soufflé en elle (Marie) de Notre Esprit ». Il est le seul prophète selon le Coran* qui ait bénéficié d'un tel privilège.

--> Par déduction, peut-on dire que l'Esprit de Jésus n'est autre que celui de Dieu ? L'Esprit d'une personne, ne représenterait-il pas la personne elle-même ? 

- Miséricorde. Le Coran* n’hésite pas à dire à propos de Jésus : « Nous ferons de lui un « signe» pour les hommes et une « miséricorde de notre part » (Q 19.21). Bien entendu, cela fait penser au texte de la Bible « Dieu nous a sauvés non parce que nous aurions fait des œuvres de justice, mais en vertu de sa propre miséricorde » (Tite 3.5). 

--> En quoi Jésus a-t-il été désigné par le Coran* comme une miséricorde ? 

- Jésus est pur. C’est ce qui ressort de la parole que le Coran* attribue à l'ange Gabriel lorsqu'il s'adresse à Marie : « Je ne suis que le messager de ton Seigneur pour te donner un garçon pur » (Q 19.19). Pur, c'est-à-dire sans péché. D'où ce titre qui lui a été attribué par Ibn Arabi « le sceau de la sainteté ». En effet, Jésus est le seul prophète reconnu par le Coran* qui n'ait jamais commis de faute. Tous les autres prophètes en commençant par Adam (Q 7.22), Noé (Q 11.47), Abraham (Q 37.89 ; 21.62), Moïse (Q 28.16) et même le prophète Mohamed* (Q 80) ont péché. 

--> Cette sainteté attribuée à Jésus n'est-elle pas le propre de Dieu uniquement ?

À ces titres s'ajoutent d'autres qualificatifs propres à Jésus-Christ, qu'on trouve dans le Coran* comme « le prophète qui a été élevé vers Dieu et qui fait partie des plus proches » (Q 3.45), ou comme le rappelle la tradition musulmane quand elle évoque le retour de Jésus comme « le Signal de l’Heure » pour la fin des temps afin d’établir un règne de paix. 

Ces titres ne sont pas des moindres et suscitent de nombreux points d’interrogations.

--> Peut-on encore affirmer que Jésus n'est qu'un prophète de Dieu ?

--> Ces titres, ne doivent-ils pas interpeller les musulmans (en plus de conforter les chrétiens) sur qui est véritablement Jésus-Christ, tel que le Coran* le présente ?

--> Peut-on voir dans ces titres des passerelles qui peuvent favoriser le dialogue entre chrétiens et musulmans ?

Sa divinité

Malgré cette élévation unique dans son genre accordée à Jésus, le Coran* insiste sur le statut de Jésus qui n'est qu’une créature, un serviteur de Dieu. Jésus lui-même ne l’aurait-il pas précisé dès le berceau (Q 19.31) ? La divinité de Jésus reste ainsi le point le plus sensible du débat islamo-chrétien, une divinité que les chrétiens considèrent comme le point culminant de la révélation biblique et que les musulmans rejettent catégoriquement en la considérant comme l'une des plus graves atteintes à l'unicité de Dieu. 

Malgré sa grande vénération pour le fils de Marie, le Coran* entend bien qu'on ne lui attribue d'aucune manière la divinité. « Mécréants sont qui affirment cette divinité » (Q 5.72-73) ou encore « Infidèles ont été ceux qui ont dit que Dieu est le Messie » (Q 5.17). La sourate* 43 (verset 59) vient à son tour confirmer ce rôle : « Jésus n'est qu'un serviteur auquel Nous avons accordé notre faveur ». Bien sûr, si le Coran* insiste sur le statut de serviteur, c'est pour éviter tout risque de porter atteinte à l'unicité de Dieu, car être un serviteur, c’est être une créature. Le créateur ne peut être serviteur.

Derrière ce rejet de la divinité du Christ se cachent deux idées très importantes :

1. Il est impossible de concilier la grandeur de Dieu avec l'humilité qui est propre à la créature humaine. Dieu est si grand qu'il est inconcevable qu'il puisse s'incarner dans un homme ou s'abaisser pour sauver l'humanité : « Dites : il est Allah* unique, Allah seul, il n'a pas enfanté et il n'a jamais été enfanté, nul ne lui est égal ou semblable » (Q 112).

2. La deuxième raison se trouve dans la sourate* 5 (73 et 116) où il est écrit : « Et quand Dieu dit : “Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : ‘Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d'Allah* ?’”, Il dira : “Gloire et pureté à Toi ! Il ne m'appartient pas de déclarer ce que je n'ai pas le droit de dire ! Si je l'avais dit, Tu l'aurais su, certes. Tu sais ce qu'il y a en moi, et je ne sais pas ce qu'il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu” ».

D'après ce passage, la conception coranique de la trinité des chrétiens paraît comme une conception de triade composée d'Allah (Dieu), de Marie (l'épouse) et de Jésus, (leur fils). Cette conception, qui n’a rien de biblique et que l’ensemble des chrétiens récusent, rappelle, d'une part, les triades stellaires du Panthéon préislamique et, d'autre part, le culte marial entaché d'idolâtrie, pratiqué par certaines sectes d’inspiration chrétienne d'Arabie comme les Mariamites. C'est cette « triade » qui est condamnée par le Coran* (voir sourate* 5). Celui-ci n’évoque d'ailleurs jamais la trinité biblique (le Père, le Fils et le Saint Esprit). Pourtant, cette dernière était bien répandue au 7ème siècle dans le bassin méditerranéen ainsi qu’en Asie. Cette interprétation donnée par le Coran* semble donc se fonder sur une compréhension fausse de la foi des chrétiens. Le monothéisme trinitaire enseigné par la Bible s'oppose radicalement au trithéisme dénoncé par le Coran. Les chrétiens ne croient pas à une élévation d'un homme au rang de Dieu, ce qui sous-entendrait de diviniser un homme, de l'associer à Dieu, mais parlent de l’abaissement de Dieu à une forme humaine. Ils n'attribuent pas non plus à Dieu une compagne, une épouse, en l'occurrence la Vierge, comme le Coran* l'affirme.

Faut-il rappeler que derrière l'affirmation biblique « Jésus Fils de Dieu », il n'y a aucune atteinte à l'unicité de Dieu et que cette affirmation ne veut en aucun cas dire que Dieu est son géniteur, physique ou sexuel (comme le Coran* le laisse entendre) ? Il s’agit plutôt d’une affirmation qui est à prendre au sens purement spirituel. Alors que le Coran* dénonce un enfantement charnel (père, mère, fils), la Bible parle d'un engendrement spirituel. Cette incarnation de Dieu dans la personne de Jésus-Christ ne diminue, dans la pensée biblique, d'aucune manière la gloire de Dieu. Car contrairement au Coran* qui considère qu'il serait indigne de Dieu de s'abaisser au rang de créature, l'Évangile nous révèle que sa gloire éclate lorsque sa toute-puissance a été mise au service de son amour pour l'homme. La révélation fondamentale que Jésus a faite, c'est que Dieu est un Père pour nous, un Père qui aime ses enfants (adoptifs) et qui veut les sauver. Jésus est le Fils de Dieu dans le sens où il est l'image parfaite qui révèle Dieu dans sa personne. 

Sa mort et sa résurrection 

Le premier texte du Coran* qui se rapporte à la mort du Christ rapporte des paroles attribuées à Jésus encore bébé lorsqu’il prend la défense de sa mère suspectée d’adultère : « Que la paix soit sur moi, le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité » (Q 19.33). De telles paroles sembleraient impliquer que le Coran* admet la mort et la résurrection de Jésus. Pourtant les théologiens musulmans donnent à ce verset un sens eschatologique : la résurrection dont Jésus a parlé se rapporterait à la résurrection finale.

Le second texte nie, lui, fermement la mort du Christ.

« Nous (Dieu) les avons maudits (les juifs) pour avoir dit “Nous avons tué le Messie, Jésus fils de Marie, l’envoyé de Dieu”, or ils ne l’ont pas tué et ne l’ont pas crucifié mais une ressemblance s’offrit à leur yeux » (Q 4.157). Contrairement à la divinité de Jésus qui est rejetée par de nombreux textes coraniques, sa mort et sa crucifixion ne sont niées que par cet unique verset qui se présente ici comme une réponse que Mohamed* donne à ses adversaires juifs. Ceux-ci le menacent, s’il n’arrête pas de prêcher, de finir comme le Christ : « Nous avons tué le Messie… ». La réponse mise dans la bouche de Mohamed* « Or ils ne l’ont ni tué ni crucifié mais une ressemblance s’offrit à leur yeux » est souvent traduite par : « il leur a semblé ainsi » ou « il leur est apparu ainsi ». Ce qui ressort du texte, c’est que les juifs n’ont ni tué ni crucifié Jésus, mais qu’il leur a semblé ainsi. Dieu aurait déjoué leur complot.

L’interprétation la plus courante avancée par les théologiens musulmans, désigne Judas comme la personne ayant été crucifiée à la place de Jésus. D’autres évoquent le nom de Simon de Cyrène. Ce qui est à noter, c’est que ces deux interprétations parlent d’un sosie crucifié à la place de Jésus.

Pourquoi le Coran* rejette-t-il la crucifixion de Jésus ? 

Les théologiens musulmans affirment qu’étant donné que Jésus est l’envoyé de Dieu et que son message est en réalité celui de Dieu, il ressort que mettre Jésus en échec, c’est mettre Dieu lui-même en situation d’échec. Or il est inconcevable, dans la conception musulmane, que Dieu accepte que son serviteur Jésus soit mis à mort. Cela ne veut pas dire qu’un prophète ne doit pas mourir, mais, disent les musulmans, pas d’une façon aussi cruelle. Cette position ressemble à la réaction de Pierre signalée par l’Évangile (Matthieu 16.22) lorsque Jésus lui annonce ses souffrances et sa mort prochaine. Lui aussi trouve cela inadmissible pour le Messie. 

D’après le Coran, Jésus a été élevé au ciel où il règne auprès de Dieu (Q 3.40, 48). Il s’agit d’un privilège qui témoigne d’une proximité jamais atteinte par aucune autre créature. Jésus est parmi les proches, parmi les honorés : un titre qui n’a été accordé à aucun autre prophète hormis lui. 

À propos de son retour, la tradition musulmane est riche de renseignements sur le rôle eschatologique que Jésus va jouer. Selon un hadith* rapporté par Abu Hourayra, un chroniqueur musulman célèbre : « Jésus, le fils de Marie, descendra parmi nous à la fin des temps, pour faire régner la justice. Il brisera la croix, tuera les porcs, il combattra le faux Messie, l’anti-Christ, il se mariera et il aura des enfants. Après sa mort, il sera enterré à Médine (deuxième ville sainte de l’islam) et il ressuscitera au dernier jour ».

Pour conclure 

Il est important de rappeler que l’image traditionnelle de Jésus dans la pensée musulmane est liée à trois lignes maîtresses :

1. L’unicité de Dieu. Celle-ci est le dogme fondamental de l’islam. La grande faute pour un musulman, ou le péché qui ne sera jamais pardonné, est d’associer à Dieu une autre divinité que lui. Attribuer à Jésus même une petite parcelle de divin serait enlever à Dieu quelque chose qui lui revient, à lui seul. Pour cette raison, le Coran* ne connaît en Jésus que son humanité. 

2. La méconnaissance et la négation du péché originel. Pour la Bible, la mort de Jésus sur la croix fait partie du plan de Dieu pour le salut de l’homme. Celui-ci avait reçu de nombreuses lois, notamment dans la Torah, mais s’est montré incapable de les respecter et de satisfaire ainsi les exigences de Dieu. La venue de Jésus sur terre, ainsi que sa mort, se présentent comme une réponse faite par Dieu à la faiblesse et aux manquements de l’homme. Pour le Coran*, pour être sauvé, le musulman n’a qu’à se soumettre à la loi de Dieu telle que rapportée dans le Coran, le Hadith* (enseignement de Mohamed*) et la Sunna* (son mode de vie). Ces trois aspects représentent la Charia*. Dans la perspective musulmane, le salut ne sera accordé qu’à la fin des temps selon le bon vouloir de Dieu. Dans la foi chrétienne, la mort de Jésus sur la croix suivie de sa résurrection représentent une certitude que le salut de Dieu a été offert à quiconque croit en lui. 

3. Le modèle du prophète. Par sa conception virginale, ses miracles réalisés avec la permission de Dieu et son élévation, Jésus est un prophète modèle, un prophète parmi les plus grands. Tous ces signes témoignent de l’importance du fils de Marie, mais ils incitent également à reconnaître qu’un prophète est un émissaire de Dieu ; il ne peut en aucun cas devenir Dieu. À cela s’ajoute que Jésus, qui est le messager de Dieu, a été entièrement éclipsé par Mohamed* qui se présente comme le sceau des prophètes.

Les divergences importantes entre le Coran* et la Bible n’empêchent pas plusieurs points de convergence. Le Coran* contient d’admirables déclarations sur Jésus et lui donne des titres remarquables : Messie, Parole de Dieu, Esprit de Dieu…. Mais, en même temps, il nie de façon redoutable des points qui touchent au cœur du message de l’Évangile : la crucifixion de Jésus, sa résurrection ainsi que sa divinité.

La question qui se pose est : comment concilier les unes avec les autres ? En d’autres termes, comment joindre ce que le Coran* admet sur Jésus avec ce qu’il rejette ? Il est évident que ces divergences empêchent le Jésus du Coran* d’être celui de la Bible, à savoir le Sauveur du monde (Hébreux 1.1-4). 

1. Cet aspect sera développé au chapitre suivant.

2. Autres versets du Coran qui vont dans le même sens : « Nous croyons en Dieu et à ce qui a été envoyé d’en haut à nous, à Abraham et à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux douze tribus, aux livres qui ont été donnés à Moïse et à Jésus, aux livres accordés aux prophètes par le Seigneur ; nous ne mettons point de différence entre eux, et nous sommes résignés à la volonté de Dieu » (Q 2. 130). « Nous avons fait descendre la Torah ; elle contient la lumière et la direction. (...) Après les autres prophètes, Nous avons envoyé Jésus fils de Marie pour confirmer la Torah. Nous lui avons donné l’Évangile qui contient la lumière et la direction et qui confirme la Torah et qui sert d’admonition à ceux qui craignent Dieu. Nous t’avons envoyé le Livre contenant la vérité, qui confirme les Écritures qui l’ont précédé, et qui les met à l’abri de toute altération » (Q 5. 48, 50 et 52). « Ce livre (le Coran) n’est point inventé par quelque autre que Dieu ; il est donné pour confirmer ce qui était avant lui et pour expliquer les Écritures qui viennent du Seigneur de l’univers » (Q 10. 38).

3. Le signe --> identifie des questions, pour ouvrir un dialogue constructif entre musulmans et chrétiens.

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Commentaires

Leandri Mr
13 September 2017, à 22:03
Bonjour. Je ne vois pas ce que le coran a apporté de plus 6OO ans ap la bible !
Il nie la mort de Jésus sur la croix, réduit le Saint Esprit à l'ange Gabriel, rétablit la polygamie que Jésus avait annulé. Il répète sans cesse beaucoup d'histoires bibliques en les transformant, affirme que les scribes ont bien entendu Dieu mais ont déformé la Parole, parce que Mahomet n'est pas annoncé ds la bible (en quoi confirme-t-il les écritures !). Pour finir, le mot amour existe une dizaine de fois, jamais pour le prochain, et le mot aimer rare, mais des centaines de fois ds les deux testaments de la Bible! L'insistance du prophète qui répète sans cesse qu'il n'est pas menteur, magicien, devient suspect, en ns menaçant des foudres de l'enfer comme un matraquage ! Je doute de l'inspiration de ce texte (l'histoire de la transcription est plus que trouble) qui contredit la révélation de la bible.
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Tassembedo Rayang-Néwendé Vincent
31 March, à 22:22
je suis embrouillé.je ne sais plus quoi choisir.aidez moi s'il vous plait
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Georges Mary
01 April, à 08:00
Nous allons publier la suite de l'article puisqu'il n'est pas dans sa version intégrale aujourd'hui. Bonne recherche, et à votre disposition
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