Le goût du mal dans les séries télé

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Le petit écran aurait-il ringardisé la vertu ?

Le goût du mal dans les séries télé

Vincent Colonna est sémiologue, consultant et romancier. Il a consacré un premier volume aux séries classiques. Dans un second tome, « L’art des séries télé 2, l’adieu à la morale »(1), il continue d’éclairer les grandes tendances de l’évolution de la culture et nous interroge.

Des séries télé qui choquent

En effet, les séries télé qui marquent durablement leur époque ne sont pas forcément celles dont le sujet est le plus consensuel : Borgia, Breaking Bad, Les Revenants, Ainsi soient-ils, Mafiosa, Game of Thrones, pour ne citer qu’elles, assument leurs ambitions artistiques et explorent en profondeur « le goût du mal qui semble s’être emparé de notre société »(2)...

Dans Breaking Bad, c’est un gentil prof de chimie qui fonde un empire de la drogue, dans House of Cards, c’est un assassin qui devient vice-président des États-Unis. Quant à Game of Thrones, il met en scène un jeune roi de plus en plus sadique et des exécutions de plus en plus abjectes de héros méritants.

Soigner le mal par le mal ?

Pour Richard Mèmeteau(3), les auteurs de séries iraient de plus en plus loin pour encourager le public à réagir contre le mal. Ce serait donc une sorte d’électrochoc. Pour lui la trame narrative serait de plus en plus complexe et plus subtile parce que les spectateurs seraient plus intelligents et plus sensibles à la complexité du réel...

Son optimisme ne l’empêche toutefois pas de trouver « bien plus dérangeant, voire traumatisant » les séries encore plus noires qui nous attendent... comme « L’attaque des titans » où des géants passent leur temps à dévorer des humains.

Quand le légal remplace le moral

Quant à Vincent Colonna, il persiste et signe. Il estime que jadis, les téléfilms populaires étaient toujours moraux, avec des méchants punis et des bons récompensés. C’est dans les années 90 qu’un tournant s’est produit avec les séries américaines d’auteurs qui ont mis en scène des méchants. C’est le cas de Tony le mafieux des Soprano où l’on prend plaisir à voir exploiter le genre humain. Il parle même d’un « basculement idéologique » de notre échelle de valeurs. Avec l’idée que l’on se préoccupe maintenant davantage de ce qui est légal, plutôt que de ce qui est bien ou mal : « Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est qu’en Occident où le droit est très fort, on va vers l’immoralité, c’est comme s’il y avait une mutation de notre conscience morale, remplacée par une conscience juridique ».

N’en doutons pas : l’influence perverse de ces cruautés gratuites ne touche pas seulement les personnes dites influençables. N’avons-nous pas tous nos fragilités ?

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LA PARABOLE DE LA GRENOUILLE

Une grenouille nage tranquillement dans une bassine d’eau fraîche.

Posée sur une source de chaleur, la température augmente très progressivement. La grenouille ne réagit pas quand l’eau devient tiède… puis chaude et finalement bouillante.

La grenouille est morte. Elle ne semble s’être aperçue de rien. Ou alors, c’était trop tard.

1. Vincent Colonna, L’art des séries télé 2, l’adieu à la morale, Ed. Payot, 2015.

2. Sonia Desprez, Version Fémina, 23 février 2015, p 14.

3. Richard Mèmeteau, Pop culture, Réflexions sur les industries du rêve et l’invention des identités, Ed. La Découverte, 2014.

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