Une sauce tomate équitable

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Un « or rouge » enjeu de toutes les convoitises.
Une sauce tomate équitable
Au 16e siècle, un petit fruit rougeaud et costaud conquiert les assiettes. La découverte de la tomate a représenté une véritable révolution dans l’histoire de l’alimentation. Aujourd'hui elle fait partie, sous une forme ou sous une autre, de bien des repas dans le monde.
Mais que mange-t-on aujourd'hui quand on ouvre une boîte de concentré de tomate, quand on verse du ketchup dans son assiette ou quand on entame une pizza ? Comment, et par qui, ces tomates sont-elles cultivées et récoltées ?

Des tomates d’industrie

Les tomates sont malmenées par les industriels, qui coupent du concentré incomestible avec des additifs suspects et colorés en rouge. Ensuite, les tomates sont conditionnées en barils de concentré, elles circulent d’un continent à l’autre. Du concentré de tomate dit d'Italie qui vient de Chine ! Une filière opaque et très lucrative, qui attise les convoitises. Les mafias s’intéressent aussi à la sauce tomate.

Exploitation

Autre problème, celui de la main-d’œuvre des récoltes par les migrants. En Italie, le marché de la tomate est extrêmement juteux. Près de 500 nuances de tomates colorent la péninsule. L’industrie italienne de la tomate a ainsi généré en 2017 un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros.
En juillet 2015, un Soudanais de 47 ans meurt d’une crise cardiaque alors qu’il récolte des tomates dans les Pouilles italiennes. Mais qu'allait-il faire là ? Il faisait partie des centaines de milliers de saisonniers exploités comme des esclaves dans les champs du sud du pays. En effet, les propriétaires terriens ont confié la récolte à des intermédiaires. Pour diminuer les coûts, ceux-ci exploitent les travailleurs migrants à moindre prix.

Pour lutter contre l'exploitation

Des cueilleurs travailleurs, migrants et locaux, ont créé ensemble leur propre sauce tomate. Leur projet, « SfruttaZero » (« sans exploitation »), a conquis la presse italienne, qui les a nommés « les rebelles de l’or rouge ».
Leur fait d’armes ? Respecter les conditions de travail. Payer à l'heure et non plus à la tâche.
Outils et semences ont été achetés grâce à une campagne de financement participatif. Un prêt est contracté auprès d'une banque éthique. Autant d'investissements qui portent rapidement leurs fruits.

Une belle récompense

Et en plus, la sauce tomate « SfruttaZero » a bon goût ! Elle est, en effet, faite à partir de tomates hybrides ou de variétés autochtones cultivées sans stimulations chimiques. La production, elle, s'inspire de méthodes traditionnelles, et sans utiliser d'éléments conservateurs. De plus, les fruits ne sont cueillis que l'été, un à un !
Autre signe distinctif : les bouteilles vendues sur les marchés ou dans les boutiques bio sont illustrées avec les visages de ceux qui ont travaillé dans les champs.
Résultat : une sauce tomate éthique, au goût intense et... moins amer.
Pour aller plus loin
Jean-Baptiste Malet, L'empire de l'or rouge, Éditions Fayard.
Périco Légasse, À table citoyens ! Pour échapper à la malbouffe et sauver nos paysans, Éditions du Cerf.
Margherita Nasi, De l'or rouge équitable, Le Monde, vendredi 12 juillet 2018.
Émission « En Quête de Sens », du 12 juillet 2018, Radio Notre-Dame : « Savons-nous quelles tomates nous mangeons ? »



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