Esther, racine et la Bible

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On commémore cette année les 325 ans de la mort du poète et dramaturge français Jean Racine (1639-1699).


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Il est l’auteur entre autres d’Esther, une tragédie inspirée du livre biblique du même nom : l’histoire d’une jeune femme qui a frôlé la mort afin que son peuple vive. Jouée pour la première fois en janvier 1689, cette pièce a été écrite pour le collège de jeunes filles de Saint-Cyr(1).

EstherBible et littérature

L’auteur réussit à y faire partager son amour de la Bible tout en faisant de la bonne littérature ! Il doit beaucoup à l’éducation qu’il a reçue à Port-Royal, surtout de Lemaistre de Sacy, le célèbre traducteur de la Bible. Sacy a fait plus que traduire, il a rédigé également une solide introduction qui insiste sur l’action de Dieu dans cette histoire authentique. Il met aussi l’accent sur la force de la vie spirituelle et de l’obéissance des deux personnages principaux, Esther et son oncle Mardochée.
Ainsi, la prière d’Esther montre une jeune femme capable, grâce à sa foi, de vaincre sa peur. Lorsque le chœur se retire, Esther, seule s’abandonne à Dieu. Le passage au tutoiement établit un lien filial entre l’héroïne et son Dieu :
« Ô mon souverain Roi !
Me voici donc tremblante, et seule devant toi »(2).

Une atmosphère biblique

On peut trouver plus de 300 références au texte sacré dans la pièce ! Racine utilise également les noms de la Bible. De plus, il réussit à transporter dans la langue française classique le parallélisme cher à la poésie hébraïque.
On y lit par exemple :
« Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques »,
« Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière »
« Ô mont de Sinaï, conserve la mémoire
De ce jour à jamais auguste et renommé. »

Esther aujourd’hui

Racine a également préservé le sens du livre qui a donné naissance à la fête juive de Pourim. Cela tranche avec la mentalité de l’époque qui, bien que concentrée sur l’éradication de la religion protestante, était également hostile aux Juifs(3). En voyant la menace d’extermination pesant sur les Juifs de la Suse antique, on ne peut pas s’empêcher de penser au génocide perpétré au 20e siècle contre ce même peuple(4).
Racine a souvent utilisé le mot « paix » dans sa pièce. Ceci traduit sans doute quelque chose de sa conscience : après une vie agitée, il a retrouvé la foi de sa jeunesse et une conscience tranquille(5).

Auteurs
José LONCKE

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Informations complémentaires



(1) Madame de Sévigné écrit à Madame de Grignan (22 février 1689) : « Je ne puis dire l’excès d’agrément de cette pièce ; c’est un rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes si parfait, si complet qu’on n’y souhaite rien… »
(2) Acte I, scène 4.
(3) Béatrice Philippe, Être Juif dans la société française du Moyen Âge à nos jours, Éditions Montalba, p.60-83.
(4) Jean Racine, Esther, Texte intégral et dossier par Geneviève Winter, Folioplus classiques, Éditions Gallimard, 2016, p.134-138.
(5) Racine, Esther, Les petits classiques, Bordas, 1964, Gabriel Spillebout, p.123.


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