3 visages d’un même printemps
Au japon, la vague rose du « hanami »
Au Japon, la renaissance de la nature au printemps est une source d’émerveillement. Elle est vécue avec une grande intensité à travers la coutume du « hanami » (littéralement, « fleurs regarder »).

Le hanami consiste en la contemplation de la beauté des fleurs, principalement celles des cerisiers. On admire de près leurs pétales rose pâle dont le cœur est proche du rouge carmin. Mais surtout, on se « baigne » dans l’atmosphère féerique des très nombreux bosquets de cerisiers dans les parcs publics. On vient y piqueniquer et boire du saké en famille ou avec des amis.
La ligne de front de la progression de l’éclosion des bourgeons est indiquée systématiquement dans les émissions de météo à la télévision, mais aussi sur Internet et sur téléphone mobile. En l’espace d’un mois, cette ligne de front se déplace de l’archipel d’Okinawa (extrême sud du Japon) en remontant jusqu’à Hokkaido (extrême nord). Les Japonais se ruent vers les parcs publics à la date indiquée pour leur lieu de résidence.
Dans la poésie japonaise, en particulier les haïkus*, le mot fleur est très fortement lié au cerisier. J’ai eu l’occasion de vivre un hanami, et je peux vous dire que c’est une expérience intense que de se baigner dans le foisonnement des fleurs. Les photos, même excellentes, ne peuvent en rendre compte.
* Le haïku est une forme poétique d’origine japonaise extrêmement brève, célébrant l’évanescence des choses et les sensations qu’elles suscitent. (Wikipedia)
En Provence, la renaissance de la vallée des baux
La vallée des Baux est une dépression géologique située près de la ville d’Arles, entre le massif des Alpilles au Nord et la plaine de La Crau au Sud. Elle a une superficie d’environ 50 km2, dont quasiment la moitié est constituée par d’anciens marais, les marais des Baux. Cette zone humide, plus basse que le niveau de la mer, recueille les eaux de ruissellement du Sud des Alpilles, ainsi que les eaux de résurgence de la nappe phréatique de la Crau.
Heureusement, la géologie locale a évité à cette zone de se saliniser comme la mer Morte ! Aussi est-elle couverte par une grande variété de milieux naturels, ce qui lui permet de receler une grande diversité d’espèces. Hélas, il y a trente ans, comme trop souvent, l’activité humaine menaçait de plus en plus cet espace naturel.
Aujourd’hui, la vallée est mieux protégée : elle fait partie du réseau Natura 2000, du Parc naturel régional des Alpilles créé en 2007, et elle est reconnue par l’UNESCO. Cette dynamique de préservation a toutefois débuté plus tôt, dès la fin des années 1990, grâce à une collaboration volontaire de propriétaires locaux impulsée par A Rocha, association chrétienne de protection de l’environnement. Implantée de façon permanente sur le site depuis 2001, l’association identifie les menaces pesant sur les espèces et leurs habitats, et met en œuvre des actions concrètes de conservation.
Actuellement, elle contribue à la restauration d’une ancienne tourbière dégradée sur près de cent hectares dans les marais des Baux. Cette restauration contribuera à la lutte contre le changement climatique en stockant du carbone et en abritant une biodiversité unique.
Les actions menées dans les marais sont déjà couronnées de succès, avec le retour du butor étoilé, un oiseau qui n’avait pas été observé depuis trente ans, la réapparition du leste fiancé (une libellule), et un nombre record de couples nicheurs de Rolliers d’Europe, des oiseaux merveilleusement colorés.
À Fukushima, la nature reprend ses droits
Quinze ans après le tremblement de terre et le tsunami qui ont provoqué l’accident nucléaire de la centrale électrique de Fukushima au Japon, les environs de cette ville vivent une belle renaissance. Beaucoup de gens ont dû quitter leurs maisons à cause des radiations. La zone était dangereuse, et des villes entières étaient abandonnées.
Maintenant, la vie reprend ses droits, mais d’une surprenante façon : pendant que les gens reviennent lentement, les animaux se sont approprié la terre… et les villages ! Des sangliers, des singes, des ratons laveurs, et même des animaux rares - comme le serow japonais, une sorte de chèvre-antilope trapue - se promènent maintenant dans des villages, des jardins et des terrains de jeux désertés ; certains dorment même dans des maisons et des écoles abandonnées.
Ainsi, ces animaux ne restent plus seulement dans les forêts et les collines. Ils se déplacent librement entre les villes et les montagnes. Certains, comme les sangliers, sont même vus en pleine journée. Ceci n’est pas sans créer des problèmes pour les habitants qui reviennent. En particulier, les agriculteurs doivent protéger leurs jardins contre les sangliers et les singes affamés…
On avait déjà constaté que la faune était devenue abondante dans la zone d’exclusion de Tchernobyl*. Cette tendance des animaux à recoloniser les zones laissées vides a aussi été constatée lors du confinement dû au Covid. Je pourrais dire qu’ils font valoir leur droit d’aînesse car, selon la Bible, ils ont été créés avant nous !
Dans la ville de Fukushima, seul un cinquième de la population est revenu, à cause de la décontamination toujours en cours. Mais le tourisme y reprend, en particulier pour y voir le féerique spectacle de la Hanamiyama (littéralement, « fleurs regarder montagne »).
*site d’une catastrophe nucléaire en 1986 en Ukraine.