En Sicile parmi les réfugiés

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Pas besoin d’être un État ou une ONG spécialisée pour venir en aide aux migrants.

En Sicile parmi les réfugiés

Anja et moi avons quitté la France en 2011. Mon épouse voulait s’occuper de ses parents malades alors que j’étais moi-même très affaibli à la suite de deux infarctus.

Arrivés en Sicile, nous décidons de nous reposer pendant deux semaines dans la petite maison de mon enfance. Nous comprenons alors que c’est là que Dieu nous veut, mais nous sommes loin d’imaginer ce qui nous attend.

L’aventure commence

Le quartier que nous habitons s’appelle La Portella ce qui signifie La fenêtre, un nom bien approprié pour tout ce que nous allons y découvrir.

Très vite nous faisons connaissance avec un réfugié du Ghana, Emmanuel. Ensuite, les contacts se multiplient.

Nous rencontrons, au final, une soixantaine de jeunes qui parlent anglais pour la plupart. Une amitié se développe entre nous. C’est à partir de ce moment-là que nous prenons conscience petit à petit de leur situation.

Un rêve devenu cauchemar

Ils sont partis vers une terre promise que l’on disait moderne, tolérante, riche d’opportunités et de progrès... Ils ont fui la misère pour des rêves et des promesses de passeurs criminels qui leur ont promis une nouvelle vie d’abondance et de liberté. Alors, ils ont payé le prix du voyage avec l’argent accumulé durant des années pour s’embarquer vers la « terre promise ». Partis vers l’inconnu, ils pensaient emprunter les routes du paradis, ils vont connaître l’enfer.

Enfants de la chaleur, ils ne connaissaient pas le froid ; enfants du désert, ils ne connaissaient pas la mer ; enfants des terres, pour la plupart d’entre eux, ils ne savaient pas nager.

La mort au rendez-vous

On les a entassés dans de vieux bateaux en bois pourri ou dans des embarcations gonflables pleines de rustines. Il arrive souvent qu’ils soient 200, littéralement les uns sur les autres, sur un bateau prévu pour 50. Le danger se multiplie par mauvais temps.

Piégés entre ciel et mer, vient une terrible vague et l’embarcation bascule. Ils tombent dans les eaux profondes, jeunes, femmes, enfants... En se débattant désespérément dans les eaux, ils ont peut-être pensé au village, aux frères et sœurs, aux amis, et surtout aux parents restés sur place. Pour beaucoup, cette embarcation sera leur tombeau...

Survivre vaut-il mieux ?

Si les embarcations n’ont pas chaviré en pleine mer, les passeurs, qui les accompagnent avec un deuxième bateau très rapide, font demi-tour pour s’enfuir dès qu’ils approchent de leur destination. Ces malfrats laissent ainsi les réfugiés à leur triste sort. Il est arrivé que des bateaux se soient écrasés sur des rochers, occasionnant des pertes importantes en vies humaines.

Pour ceux qui périssent noyés ou tués, la souffrance s’arrête là.

Elle est loin d’être terminée pour ceux qui arrivent à poser le pied sur nos terres verdoyantes.

Selon les jours, il y a des centaines, voire des milliers de réfugiés qui débarquent sur les îles italiennes au large de la Sicile : Lampedusa qui se trouve à 141 km à l’est de Monastir et Pantelleria à 75 km à l’est de Kelibia, deux villes de Tunisie. Le but des survivants est de remonter vers le nord de l’Europe mais, hélas, l’entrée dans ces pays est bien compliquée. Du coup, l’Italie est presque au bord de l’asphyxie.

Et nous dans tout ça ?

Nous ne pouvons pas tourner le dos aux cris des réfugiés, croyant que c’est l’État qui s’en occupe. Celui-ci soulage sa conscience quand il a le dos au mur par de petites mesures es- thétiques à court terme. Les besoins de ces migrants sont immenses vu le minimum vital qui leur est accordé.

Nous avons tout d’abord commencé une série de rencontres pour réfugiés dans une salle de l’église de notre ville. Mais, comme au bout d’un moment les musulmans n’y venaient plus, nous avons changé notre fusil d’épaule et avons utilisé notre maison ou notre grand jardin.

Tant bien que mal, nous essayons de trouver avec eux des solutions à leurs besoins en nourriture et en vêtements. Mais il y a aussi de nombreuses démarches, difficiles à faire. Dès qu’ils ont obtenu l’autorisation de séjour, il leur faut trouver un logement car ils ne sont plus logés dans le centre d’accueil. Or, en Sicile, un certificat d’hébergement nécessaire pour obtenir un permis de séjour coûte 300 €.

Pour permettre à ceux qui veulent rester de financer leur toute nouvelle indépendance, j’ai mis en place une formation professionnelle pour leur enseigner les bases d’un métier : installation électrique et plomberie. Cela demande un minimum de matériel adéquat.

Pour ceux qui souhaitent migrer vers un autre pays d’accueil, il faut les conseiller et les aider aussi à financer leur projet.

Nous avons un excellent contact avec les jeunes musulmans, nous gagnons leur confiance car nous leur prouvons que nous les aimons réellement et gratuitement.

Nous ne faisons pas de chantage spirituel avec les jeunes. Certains choisissent Jésus comme Sauveur, mais pas tous. Cela ne nous empêchera pas de tous les aimer sincèrement.

LES VRAIS COUPABLES

Pourquoi ces gens frappent-ils à notre porte aujourd’hui ? N’est-ce pas à cause de ceux qui ont pillé leurs terres et détruit les infrastructures de leurs pays pour satisfaire une société impitoyable, ambitieuse et profondément égoïste ? Ces personnes sont pourtant des hommes et des femmes comme nous, seulement coupables d’être nés ailleurs.

COMMENT RESTER INSENSIBLE ?

Un jeune Pakistanais nous a demandé de financer en partie son permis de conduire (qui coûte beaucoup moins cher ici). Nous voudrions tellement l’aider lorsque nous le voyons travailler sans relâche dans les champs et accepter tous les petits boulots possibles, alors qu’il est le plus souvent payé au lance-pierres. Ou encore lorsque nous le voyons aider au passage ses amis à payer leur certificat d’hébergement. Quel exemple pour nous !

J’étais un étranger et vous m’avez accueilli

« [Jésus] dira à ceux qui sont à sa droite : “Venez, vous que mon Père bénit. Recevez le Royaume que Dieu vous a préparé depuis la création du monde.

En effet, j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli.

J’étais nu, et vous m’avez donné des vêtements. J’étais malade, et vous m’avez visité. J’étais en prison, et vous êtes venus me voir.”

Alors ceux qui ont obéi à Dieu diront au roi : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu ? Tu avais donc faim, et nous t’avons donné à manger ? Tu avais donc soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais donc nu, et nous t’avons donné des vêtements ? Tu étais malade ou en prison, et nous sommes venus te voir ? Quand donc ?” Et [Jésus] leur répondra : “Chaque fois que vous avez fait cela à l’un de mes frères, à l’un des plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait” ».

Matthieu 25.34-40

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