Musique et foi

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Des réalités intimement liées dans la vie d’Abderrahmane.
Musique et foi

Samedi 24 juin 1989

Je bois quelques bières assis à la terrasse d’un café après mon travail. Vers 14 h, je me rends dans un studio de répétition pour dire à mes amis musiciens : « J’arrête la musique, je donne ma vie à Jésus-Christ. »
Quelques bières plus tard, je suis au téléphone avec un ami chrétien qui insiste pour que je lui rende visite. Devant mes réticences à aller le voir alors que je suis ivre, il me dit : « Jésus est venu guérir les malades, pas les bien portants ! »
J’avais entendu prêcher l’Évangile dans une église de la région parisienne quelques années auparavant. Les gens étaient souriants, chaleureux mais ils chantaient des chants d’un autre siècle. Très sincèrement, je n’avais rien compris au message du pasteur. Tout cela était à des années-lumière de mon univers.

Un univers en ruine

Je suis né en région parisienne. Trois mois après ma naissance, mon père meurt d’un cancer et ma jeune mère doit travailler à l’usine. J’ai trois ans quand nous emménageons dans un petit pavillon avec mes grands-parents, mes trois oncles et ma tante. Ma famille est originaire du sud marocain ; notre maison devient alors le lieu de rassemblement de la communauté berbère locale, surtout lors des célébrations religieuses comme la fête du mouton ou la fin du ramadan.
Je fréquente l’école coranique et je vis une enfance harmonieuse sous le regard bienveillant de ma grand-mère. Presque tous mes amis d’enfance sont français et je ne ressens de leur part aucun rejet, au contraire. Nous sommes bien loin des tensions que nous connaissons aujourd’hui. Ma mère se remarie quand j’ai six ans. Je pars vivre avec mes grands-parents. Cette étape marque la fin de mon enfance.
Mes grands-parents repartent au Maroc quand j’ai 14 ans. Après quelques mois passés chez ma mère, mon beau-père me met à la porte. Ensuite c’est le tour de mon oncle. À 17 ans, le juge pour enfants décide mon émancipation. Je suis alors vraiment livré à moi-même.
Mes jours deviennent de plus en plus sombres : consommation massive de drogues et d’alcool, errances… Plusieurs de mes jeunes amis sont emportés. À 20 ans, je vis dans un climat de peur et d’angoisse.
C’est au retour d’un voyage en Italie que je reprends contact avec mes amis chrétiens. Je suis fatigué et incapable de diriger ma vie.
Les mots de la Bible commencent à avoir plus de sens pour moi. Je saisis alors la teneur des paroles de Jésus : « Celui qui voudra garder sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi, la retrouvera. »

Ce samedi 24 juin 1989, passablement éméché, je décide de me rendre chez mon ami. C’est alors que, je ne sais trop comment, je suis transporté au pied de la croix de Jésus. Je ressens le poids de mes fautes et comprends que je suis la cause de la mort atroce de Jésus. Un amour dévastateur se déverse alors en moi. En pleine rue, je crie : « Je ne suis pas digne, je ne suis pas digne. » Quelques instants plus tard je m’effondre dans les bras de mon ami.
Une autre vie a commencé. Une vie avec Jésus.

La foi en chantant


« C’est la nuit, la grande la belle, ma complice et ma seule compagne, mon Isabelle »
La nuit de Michel Jonasz

Dans sa chanson, Michel Jonasz personnifie la nuit, la compagne qui comble sa solitude.

La musique a autrefois tenu ce rôle dans ma vie. À l’adolescence lorsque je me suis retrouvé seul, elle est devenue mon amie la plus intime. J’étais musulman avant d’être chrétien, mais c’était mon amour exclusif pour la musique qui était la religion que je pratiquais le plus assidûment. Je pouvais cesser de boire et renoncer à la drogue pour elle. Je n’ai compris le sens de l’expression « donner sa vie à Jésus » que le jour où j’ai dû quitter le groupe musical auquel j’appartenais pour suivre le Christ. J'avais 20 ans.

Mes prières en chansons

J’ai continué cependant à écrire des chansons pour raconter mon histoire et mettre en musique mes prières. Je composais aussi des textes inspirés des évangiles, comme l’histoire d’une prostituée qui a versé un flacon de parfum précieux sur la tête de Jésus. Je m’identifiais à ces personnages dont la vie avait été changée par leur rencontre avec le Messie.
Dix ans après ma conversion à Jésus-Christ, un ami m’a offert de produire un disque. C’est ainsi que « Où va le monde », mon premier album, a vu le jour. J’ai rencontré un certain succès, mais pour être honnête, le public chrétien était plus friand de cantiques que de chansons. J’ai récidivé en 2005 avec l’album « l’Homme invisible » et puis j’ai vécu une traversée du désert artistique.

Le chant comme moyen thérapeutique

J'étais infirmier en psychiatrie depuis deux ans, mais j’espérais encore pouvoir un jour vivre de mon art. Mon rêve allait devenir réalité mais sous une forme inattendue. Devant l’insistance de mes collègues, j’ai commencé à animer un atelier chant pour mes patients. Ce fut une révolution thérapeutique et artistique ! J’ai découvert en effet combien le chant était un outil extraordinaire pour ré-humaniser la relation de soins, et solliciter les émotions de ces personnes en grande souffrance psychique. C’était miraculeux de les voir danser ou de les entendre raconter des souvenirs heureux. Une mélodie avait fait ressurgir ces souvenirs presque effacés par la maladie.

Le chant qui va à la rencontre de l’autre

Le temps de me réconcilier avec mes racines marocaines est arrivé. Et là encore, la musique a été une alliée privilégiée. J’ai eu le plaisir de contribuer à la création du collectif multi-ethnique Alleluia North Africa. En 2011 nous avons édité l’album « Rabbinou » (mon Dieu) composé de chansons écrites dans les langues et dialectes d’Afrique du Nord. Mes amis kabyles ont fortement contribué à cette heureuse rencontre entre l’Évangile et ma culture berbère.
Jésus a parlé du grain de blé qui ne peut donner du fruit que s’il est enterré. J’ai vécu mon baptême comme mon propre enterrement, mais la résurrection est à la hauteur du sacrifice. Au lieu d’une pratique solitaire et finalement stérile, le chant est devenu un moyen de porter secours à mes semblables et d’inviter les hommes à connaître Dieu.

Poème

Ce soir


Je préfère autant que le ciel se charge de gris,
que les vents tournent autour de moi,
que ma peau tremble sous la pluie.
Le jour se lève aussi sur les déserts de glace,
ou pas un homme encore n’a pu laisser de traces.
Ce soir, ce soir, je pose mes valises,
fatigué des correspondances,
des corridors comme des abîmes.
Ce soir, ce soir, je pose mes valises,
j’ai bouclé mes années d’errances,
de turbulences qui me laminent.
Les saisons de mon cœur, ont besoin de l’hiver,
pour contempler l’aurore d’un printemps éphémère.
Et si j’ai mal encore au moins je suis vivant,
et si je pleure enfin je ne fais plus semblant.
Ce soir, ce soir, je pose mes valises,
fatigué des correspondances,
des corridors comme des abîmes.
Ce soir, ce soir, je pose mes valises,
j’ai bouclé mes années d’errances,
de turbulences qui me laminent.

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