13 juillet 1515. Les sixtains bibliques de Charles Fontaine

publié le 13 July 2020 à 00h01 par José LONCKE


Jean de Tournes (1504-1564) est un grand nom de l’édition lyonnaise. Il est le représentant le plus connu de la dynastie libraire lyonnaise des De Tournes, installés libraires  à Lyon. Il fait ses débuts chez Gryphe et commence à imprimer pour son compte en 1542. Il occupe, compte tenu  de ses qualités, l’office d’imprimeur du roi à Lyon en 1559. Les livres qu’il publie, plus de 500 éditions, sont souvent illustrés par Bernard Salomon (1506-1561), gendre de Tournes. Il s’intéresse à des livres de médecine, de sciences, de  droit, d’histoire et à de la poésie.
Il publie en  1554 une  Bible qui reprend une édition genevoise, mais il omet la préface de Calvin.
Il se convertit au protestantisme vers 1545, mais demeure prudent. Il meurt de la peste le 7  septembre 1564. Son fils Jean II de Tournes lui succède.
Les Tournes quittent Lyon pour Genève pour des raisons religieuses et forment une dynastie de libraires à Genève jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

En 1551, Jean de Tournes commande d’abord  au dessinateur et graveur  Bernard Salomon quelques  bois pour illustrer l’ Exode et les livres des  Rois dans une grande Bible illustrée.
Dès la  parution de ces  premières gravures en grand format, Salomon prépare un programme complet d’illustration :

Les illustrations bibliques de Salomon figureront, selon les éditions et rééditions, sous divers titres (Petite suite pour l’Ancien Testament, Grande suite pour les deux Testaments, Bible, Quatrains, Figures…), en diverses langues (latin, français, italien, anglais…), avec les noms des auteurs d’épigrammes (en latin de Guillaume Paradin, italien de Damiano Mariani, allemand de Caspar Scheit, anglais de Peter Derendel et flamand de Guillaune Borluyt).

Et en français de Claude Paradin et de Charles Fontaine,

13 juillet 1515. Les sixtains bibliques de Charles Fontaine

Charles Fontaine (1515-158 ?), nait à Paris le 13 juillet 1515. Il fréquente des poètes (qui sont aussi parfois valets de chambre à la cour) comme Marot, Héroët, Des Périers ou Du Moulin, bien introduits auprès du roi ou de Marguerite de Navarre. Il fut le disciple, ami et apologiste de Clément Marot, qu'il défendit avec un noble dévouement. Son père, un commerçant, qui aimait les lettres, fut son premier précepteur. Il étudia ensuite au collège de France, sous le célèbre Danès, professeur de langue grecque. Son goût pour la poésie se manifesta de bonne heure et devint bientôt une passion. Il passa sa vie à faire des vers.

Quelques pièces adressées à François Ier firent connaître Charles Fontaine à ce prince, qui le reçut avec bonté. Le poète se rendit à la cour de Renée de France, fille de Louis XII, qui avait épousé, en 1528, Hercule, duc de Ferrare. Il reçut de cette princesse de quoi visiter quelques villes d'Italie. Il se fixa à Lyon, en 1540, il se maria et y mourut dans un âge avancé.

Il a mis notamment le Nouveau Testament en sixains (« Figures du Nouveau Testament », Lyon, 1559) édité par l’imprimeur lyonnais Jean de Tournes (1504-1564) avec des planches en bois de l’excellent graveur, Bernard Salomon.

Voici les sixains (transcrits et légèrement adaptés) :


En Bethleem Jésus fut né
En une crèche pauvrement,
Comme avait été ordonné
Au saint conseil sur ce donné
Là haut au ciel divinement,
Et prédit anciennement.

Les sages rois s’en vinrent droit
D’Orient adorer Jésus
Qu’ils entrèrent sous petit toit
Quand virent l’étoile à l’endroit
S’arrêter tout droit au dessus
Pour les garder d’être déçus.

Jésus au Temple présenté,
En bras de Siméon reçu,
Rendit Siméon contenté,
Pour le Salut représenté,
Et devant son œil aperçut,
Qu’en son esprit avait conçu.

Hérode occit les Innocents,
Pensant Jésus occire
En ce point mains Tyrans puissants
Avec tout leur humain sens,
 Soit par conseil, ou cruelle ire (colère)
Au fait de Dieu n’ont pas pu nuire.

Joseph averti par un ange
De prendre en Égypte la fuite,
Incontinent de pays change,
Et s’en va en la terre étrange
Que l’on nomme encore Égypte
Craignant d’Hérode l’ire dépite.

Satan au désert le tenta,
Disant qu’il fit de pierre pain :
Puis sur le Temple le porta :
Puis sur un mont il le monta :
Mais Satan de cautèle plein
Le tenta par trois fois en vain.

Jésus Christ étant invité
Aux noces d’ami, ou cousin,
Voyant de vin nécessité
Fit par sa sainte autorité,
Et par beau miracle divin,
Transmuer l’eau en très bon vin.

Jésus Christ qui est la fontaine
D’eau de vie divinement,
Demande à la Samaritaine
A boire, non d’une eau mondaine,
Comme elle pensait premièrement
Puis l’instruisit bien hautement.

A Nazareth entra au Temple
(Synagogue, et des Juifs l’Eglise)
Ou le Peuple qui le contemple
Entend de lui savoir si ample,
Qu’incontinent s’en scandalise,
Et pour ses parents le méprise.

Jésus au bateau de Saint-Pierre
Les tourbes (foules) et le peuple prêche
Qui étaient sur la rive à terre :
Puis dit que filet on desserre
Et que de pécher on se dépêche
Filet rompt des poissons qu’on pêche.

Entre les miracles advint
Qu’un homme lépreux s’approcha
Et tout droit à Jésus-Christ vint
Puis tout sain, et guéri devint
Sitôt que Jésus le toucha,
Qui sa lèpre horrible sécha.

Les apôtres, qui avaient faim,
Le jour du Sabbat arrachaient
Épis de blé avec la main :
Mais les Chefs de cœur inhumain,
De cela bien fort se fâchaient,
Et à Jésus-Christ s’en prenaient,
Qui reprit leur abus à plein.

Jésus et les apôtres prêchant,
Dit les vrais pauvres bienheureux,
Les humbles et les douloureux
Ceux que chacun va reprochant,
Et que le monde haït, touchant
Le nom de Dieu porté par eux.

Jésus blâme ainsi l’hypocrite
Qui dessus soi n’avise rien :
Comment peux-tu et qui t’incite
De voir une paille petite
En l’œil d’autrui ? Qui ne peux bien
Voir grosse bûche au tien ?

Un centenier tout triste et blême
Le pria pour son fils transi :
Jésus voyant sa Foi extrême
Le guérit tout à l’heure même :
Puis dit qu’en Israël aussi
Ne vit Foi telle à celle-ci.

L’oiseau qui mange la semence
A celui semant par la voie
C’est le malin, plein de nuisance
Qui vient dans notre conscience
Ravir tout, ainsi qu’une proie,
Le pur grain de doctrine vraie.

Jésus dormant dans le navire,
Un grand vent se lève si fort,
Qu’il vous le trouble et vous le vire,
Et le single comme par ire (colère) :
Mais lui éveillé, met d’accord
Le vent et mer pleins de discord.

Jésus-Christ cheminait sur l’eau
Fait qu’on s’étonne et soupçonne :
Saint Pierre sortant du bateau,
Sur l’eau chemine, bel et beau :
Puis un vent l’enfonce et l’étonne :
Mais Jésus-Christ sa main lui donne.

Persévérante Cananéenne,
Priant pour sa fille captive
Du faux esprit, qui la malmène,
Sa grande prière enracinée
En vraie Foi, ardente, et vive,
Fait que la fille à repos vive.

Grand peuple, par trois jours entiers
Suivait Jésus-Christ par les champs
De sept pains (restant maints quartiers)
Il en reput quatre milliers,
Voire tant seulement des grands,
Sans les femmes, et les enfants.

Les Juifs mènent à Jésus-Christ
La femme en adultère prise :
Car s’il pardonne le délit
C’est contre la Loi de Moïse :
Mais lui, qui leur malice avise,
De son doigt en la terre écrit ;
Puis s’en vont tous, confus d’esprit.

Au mont montra sa Majesté
Devant saint Jean, Jacques et Pierre,
Moïse  y fut représenté
Et Elie d’autre côté,
Disant qu’en judaïque terre
Il soutiendrait mortelle guerre.

Jésus un enfant appela,
Pour ôter les siens de souci,
Puis dit qu’aux cieux est celui-là
Le plus grand, qui est tout ainsi
Que ce petit enfant ici. 

Jésus-Christ disait pour connaître
Celui qui est notre prochain,
L’homme navré n’a donc pu être
Secouru du judaïque Prêtre,
Ni du lévite, mais d’un certain
Homme étranger, Samaritain.

L’enfant prodigue délaissa
Son père, pour mieux paillarder ;
Puis la famine le pressa
Lors à son père s’adressa
Pour pardon lui en demander,
Qui le festin fit commander.

Le riche nourri et vêtu
En toute délectation,
Voyant le Lazare abattu,
Faible, malade et sans vertu,
Ne lui donne réfection ;
Les chiens en ont compassion.

Les chefs du peuple tout en commun
Nous environnent Jésus-Christ,
Lui disant que sans doute aucun
Il déclare s’il est le Messie ;
Il répond, comme il est écrit,
Mon Père et moi ne sommes qu’un ;
Lors chacun d’eux des pierres prit.

A prière et peur s’excita
Tant qu’émeute s’en est suivie
Puis le Lazare suscita,
Que mort dans le tombeau jeta
Mais lui, rendant au mort la vie,
Accrut sur soi des Chefs l’envie.

Jésus-Christ sur l’ânesse,
Dedans Jérusalem entra :
Lui contraire à toute hautesse,
Et à toute humaine sagesse,
Son humilité démontra
Qui en tel état se montra.

Jésus-Christ chassa les marchands
Qui faisaient leur trafic au Temple,
Gros usuriers, en grands péchés,
Aux biens mondains, bien attachés
Qui sous ombre de bon exemple
Tenaient banque, et avarice ample.

Les faux mouchards Pharisiens
Pensant bien Jésus-Christ surprendre
Avec quelques Hérodiens
Envoyés par les Anciens,
L’interrogeaient pour entendre
S’il faut à César tribut rendre.

Sur le Sauveur en merci, Marie
Répandant onguent précieux
La maison toute pleine rendit
De bonne odeur, tant souveraine
Que Judas le séditieux
Murmura, comme avaricieux.

Jésus second en Trinité
Lava aux apôtres les pieds
Montrant à toute autorité
Le droit chemin d’humilité ;
Et après qu’il les eut lavés
Encore les a-t-il essuyés.

A ses apôtres il disait
Que d’un d’entre eux serait trahi ;
Puis comme saint Jean reposait
En son sein, il lui exposait
Que serait celui tant haï
Qui rendait chacun ébahi.

Au mont d’Oliviers il pria
De ne boire ce dur calice
Mais quand son Père il supplia,
Ceci accordé ne lui a ;
Car lui offert en sacrifice
Devait purger notre malice.

Sur un baiser en trahison
Jésus-Christ fut livré, et pris ;
(C’était le miel sur le poison
Et la feintise en oraison) ;
Judas n’en reçut pour son prix
Que trente deniers, tout compris.

Caïphe ardent, et dépité
Sur la réponse douce et sage
Du Sauveur de l’humanité,
Se montra si fort irrité
Que quasi tout vif il enrage
Déchirant ses habits, par rage.

L’envie avec l’ambition
De l’humanité ingrate,
Pleine d’abus, d’extorsion
D’erreur, et vindication,
Envoie Jésus vers Pilate,
Qui mal ne trouve, et ne les flatte.

Jésus-Christ en la Prévôté,
Comme Pilate commandait
Par satellites fut fouetté
Moqué, frappé, et souffleté
Pilate, qui les Chefs sondait,
Leur rage adoucir prétendait.

Jésus d’épines couronné,
Endura très grave tourment
Que n’avait Pilate ordonné,
Mais maint satellite adonné
A tout mal faire grandement,
Surpasse le commandement.

Pilate aux cruels Chefs montrait
Jésus-Christ  (disant voici l’homme)
D’épines couronné était,
Et un manteau rouge portait ;
Quand la commune voix en somme
A mourir, par leur Loi, le somme.

Portant sa croix sans nul émoi,
Aux femmes pleurant dit ainsi :
Ne plaignez pas, ni pleurez sur moi ;
Si on fait tel cas, et tel effroi
Au bois vert (à moi que voici)
Au bois mort que fait-on aussi ?

Jésus –Christ en croix étendu
Mourut pour nous vivifier
Son corps cloué, tiré, tendu,
Et son sang pour nous répandu,
Sont les armes pour défier
Péché, la mort, l’ennemi fier.
Jésus-Christ ressuscité,
Malgré la mort, malgré l’envie,
Usant de la Divinité ;
Et, ce faisant, a excité
Notre âme de terre ravie
En l’amour de céleste vie.

Les trois Maries douloureuses
De grand matin vont au tombeau,
Par affections merveilleuses
Portant ointures précieuses
Pour oindre le corps saint et beau
Mais voyant l’Ange jouvenceau
Qui leur dit nouvelles joyeuses.

Madeleine de désir pleine
S’en va son bon Maître chercher
Dans le tombeau, et avec peine
Quand, en jardinier, sa voix pleine
Elle entend, et veut approcher :
Mais il défend de le toucher.

De Jérusalem s’en partirent
Deux des siens, allant à Emmaüs ;
Lors, sans le connaître le virent,
Et tant entre eux maints propos dirent
Touchant ses tourments, et grands maux
Puis leur remontra des points hauts ;
Enfin de vue le perdirent.

Saint Thomas ne voulut point croire
Par ouïe dire, mais par voir ;
Son incrédulité notoire
Est écrite en la sainte histoire,
Pour confirmer notre devoir
De croire, sans vue en avoir.

Devant ses Disciples aux cieux
Jésus-Christ victorieux monte,
Laissant ce Monde vicieux
Pour retourner en ses saints lieux ;
Puis reviendra, en descente prompte,
Pour nous faire à tous rendre compte.

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