13 octobre 1849. Alexandre Dumas et la Bible

publié le 13 October 2020 à 00h01 par José LONCKE

13 octobre 1849. Alexandre Dumas et la Bible

 

Alexandre Dumas fait une allusion à la Bible dans son célèbre roman, "Les Trois mousquetaires". Monsieur de Tréville met en garde d'Artagnan contre Madame Bonacieux qu'il ne connait pas : "Vous connaissez les Écritures, hein ? " dit-il en parlant de Dalila qui a trahi Samson (Livre des Juges)

Mais c'est surtout dans "La dernière année de Marie Dorval" que l'allusion à la Bible est plus fournie.

Marie Dorval (1798-1849) est une très grande artiste dramatique, elle a beaucoup joué le théâtre d’Alexandre Dumas. Mais sa gloire s’est un peu ternie. Sa vie est désormais entièrement tournée vers ses enfants et surtout son petit-fils Georges. Son gendre, René Luguet, et sa fille Caroline, parents de Georges, prennent soin d'elle. Mais un jour, un drame survient: Georges meurt à l'âge de 4 ans et demi. Marie Dorval ne s'en remettra jamais. Les mois s'écoulent, la santé de Marie Dorval se détériore. Luguet la ramène à Paris. La fin est proche et Marie fait appeler Alexandre Dumas à son chevet. Avant de mourir, Marie fait promettre à Alexandre de lui éviter la fosse commune.

Dumas rédige ce petit document relatant la dernière année de Marie Dorval et lance un appel à la générosité du lecteur : « La dernière année de Marie Dorval »

Ce texte, rédigé sous la forme d'une lettre adressée à George Sand et publié dans le journal Le Mousquetaire, est très différent des autres écrits de Dumas. On sent tout au long de la lecture que l'écrivain a laissé de côté tous les artifices littéraires pour mettre son âme à nue. Il se dégage de ces quelques pages une grande force d'amitié; et lorsque Dumas parle pudiquement de ses larmes devant le cercueil de son amie, on ressent toute l'intensité de sa peine.

Cet appel à la générosité du lecteur a porté ses fruits. Grâce aux dons, Caroline et René Luguet ont pu récupérer les quelques souvenirs déposés au Mont-de-piété dont une Bible.

Il a également été possible d'ériger un monument simple et dépouillé sur la tombe de Marie Dorval et de Georges (Cimetière Montparnasse).

Extraits : les deux extraits suivants montre l’importance de la Bible pour Marie Dorval et le peu d’importance qu’elle a aux yeux de la comédienne Rachel.

La dernière année de Marie Dorval, Librairie nouvelle, 1855,

-chap 9, p 59

« Il restait une relique précieuse de la pauvre morte. C’était sa Bible, cette Bible qui ne la quittait jamais, dont le petit Georges regardait les images, et dans laquelle elle cherchait des consolations au milieu de toutes les grandes douleurs de sa vie.

Aussi cette Bible n’était-elle pas une bible ordinaire, non pour le luxe de la typographie, non pour l’éclat de l’enluminure, non pour la richesse de sa robe.

Elle était reliée tout simplement en chagrin avec des angles et un fermoir d’argent.

Mais sur chaque feuille blanche, derrière chaque image de saint, il y avait quelque pensée douloureuse ou consolatrice, écrite de la main de la pauvre morte. »

-chap 12, p 66

« Voici quelle était cette bible, précieuse relique de famille, dont la famille se décidait à se dessaisir pour remercier la grande artiste du service qu’elle venait de lui rendre. On fit imprimer en lettres d’or sur la couverture :

À RACHEL, SOUVENIR DE RECONNAISSANCE des petits-enfants DE MARIE DORVAL 13 octobre 1849.

Puis, après avoir donné un dernier baiser à cette Bible, on l’envoya à mademoiselle Rachel.

Le lendemain on annonça chez Luguet : Madame Senneville.

Madame Senneville est à notre grande tragédienne ce qu’Œnone est à Phèdre : La confidente.

Madame Senneville tenait la Bible et la faisait sauter dans sa main.

Bonjour, Luguet, bonjour, mes petits enfants, dit-elle. Je viens de la part de Rachel pour vous dire qu’elle est bien sensible à votre attention, chers enfants ; mais vous comprenez, une Bible à une comédienne ! eh bien, elle aimerait mieux un autre souvenir, la moindre chose, un bijou que Dorval aurait porté.

Madame, répondit Luguet avec un triste sourire, il n’y a plus de bijoux dans la maison, tous sont vendus ou au mont-de-piété.

Comment, comment, il ne vous reste pas même cette paire de bracelets que Bénazet avait donnée dans le temps ?

Rien ne reste, excepté une couronne d’or, qui a été offerte à Marie par le public de Toulouse, et...

Madame Senneville ne laissa point Luguet achever sa phrase.

Eh bien c’est cela, c’est cela, dit-elle, envoyez-la-lui, elle aimera mieux cela que le livre.

Demain, mademoiselle Rachel aura la couronne.

Merci pour elle ; tenez, voilà votre Bible.

Et madame Senneville posa la bible sur une table et sortit. »

 

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