16 juin 1570. Jacques Grévin et l'alexandrin

publié le 16 June 2020 à 00h01 par José LONCKE

Natif de Clermont-en-Beauvaisis (Picardie), fils de drapier. Médecin, auteur dramatique, et poète, Jacques Grévin (1538-1570), fut l’ami de Ramus, de Du Bellay et Pierre de Ronsard.

16 juin 1570. Jacques Grévin et l'alexandrin
Jacques Grévin fut l’un des premiers (à la suite de Jodelle) à chercher à introduire la tragédie en France. Son « Théâtre » est édité le 16 juin 1561.

Il est le premier à employer exclusivement l'alexandrin dans sa tragédie de "Jules César" (1561).


Grévin composa aussi des poèmes, appréciés de Ronsard jusqu’à ce que la religion ne les sépare, Grévin étant un partisan de la Réforme.

Ronsard écrivit :

J'ôte Grévin de mes écrits
Parce qu'il fût si mal appris
Afin de plaire au Calvinisme.

Mais cette séparation fut surtout causée par la réponse au « Discours des misères de ce temps », due à Grévin (avec la participation de La Roche Chandieu, Montméja,  Florent Chrétien) :

« Le temple de Ronsard, où la légende de sa vie est briefvement descrite » (1563),

satire acerbe faisant de Ronsard un athée épicurien avide de richesse. Grévin publia aussi deux livres sur les venins (1567-1568). Ardent partisan de la Réforme, il dut par deux fois s’exiler. Il mourut à Turin, malade, à 32 ans, le 5 novembre 1570.

On notera la qualité de la méditation personnelle de Jacques Grévin

Arrivé dedans Rome, en Rome je cherchais
 Rome qui fus jadis la merveille du monde :
 Ne voyant cette Rome à nulle autre seconde,
 D’avoir perdu mes pas honteux je me fâchais.
  
 Du matin jusqu’au soir, çà et là je marchais,
 Ores au Colisée, et or’ à la Rotonde,
 Ores monté bien haut, regardant à la ronde,
 De voir cette grand Rome en Rome je tâchais.
  
 Mais en fin je connus que c’était grand folie :
 Car Rome est de long temps en Rome ensevelie,
 Et Rome n’est sinon un sépulcre apparent.
  
 Qui va donc dedans Rome et cherche en cette sorte,
 Ressemble au chevaucheur, qui toujours va courant,
 Et cherche en tous endroits le cheval qui le porte.

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Tout passe par leurs mains, rien ne se fait sans eux,
Ils ont sur le Royaume une pleine puissance,
On soutient qu’il leur faut porter obéissance
Car on les a élus plus sages et plus vieux.

Mais s’il est question d’un de ces Demi-dieux,
Sous ombre de l’appât d’une folle espérance,
Ils font tout, et fut-il contraire à l’ordonnance,
Tant on craint aujourd’hui de leur être odieux.

Et cependant le peuple est pareil à la balle,
Qui jamais n’a repos : et puis rouge, et puis pâle,
Ainsi qu’il est poussé par le muable vent.

On s’en joue, on le pille, on l’endort, on le lie,
Sans crainte de celui qui connaît leur folie,
Et qui les punira au jour du Jugement.

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Nous disons que les Rois ne demandent que guerre,
 Qu’ils y prennent plaisir, et que nous cependant,
 Comme pauvres vassaux, en portons le tourment,
 Et eux ce qu’ils en font c’est pour le monde acquerre.
  
 Quand il fait mauvais temps et qu’on oit le tonnerre
 Grumeler pêle-mêle au Ciel, subitement
 La faute est sur le Ciel remise entièrement :
 Si le blé ne vaut rien, on accuse la terre.
  
 Nous ne voulons jamais notre fait accuser,
 Nous savons assez bien de l’autrui deviser,
 Et sur le magistrat nos propres maux remettre.
  
 Qui ne saurait, bon Dieu ! que la guerre et la mort,
 La ravine des eaux et famine, ne sort
 Sinon que des péchés que nous osons commettre ?

 

 

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