5 octobre 1917. Magda Szabo, protestante hongroise

publié le 5 October 2022 à 00h01 par José LONCKE

5 octobre 1917. Magda Szabo

Magda Szabo (1917-2007) est une écrivaine, poétesse, dramaturge, essayiste et traductrice hongroise. Elle est née le 5 octobre 1917, à Debrecen, la ‘Rome calviniste’ de Hongrie.

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L’éducation qu’elle a reçue de son père, un homme très savant et multilingue – elle conversait avec lui en latin, en français, en allemand et en anglais – a eu un impact significatif sur son écriture, mais a également contribué à faire d’elle un élément suspect aux yeux du régime communiste qui allait bientôt s’installer en Hongrie : du point de vue de l’appareil communiste, ses livres sont rapidement devenus le symbole par excellence d’une culture bourgeoise et cosmopolite à réprimer.

 Elle fréquente pendant 12 ans un établissement d’enseignement de sa ville natale appartenant à l’Église Réformée de Hongrie.

Elle a étudié le hongrois et le latin à l’université de Debrecen et y a obtenu son diplôme en 1940. Dès lors, Szabó est devenue enseignante, d’abord dans sa ville natale, puis dans un internat protestant à Hódmezővásárhely pendant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire moderne hongroise. Elle a brièvement travaillé au Ministère de la Religion et de l’Éducation dans les premiers temps du régime communiste.

Ce n’est qu’en 1949 que sa vie a pris une autre tournure, devenant intimement liée au destin de son propre pays. 

L'arrivée au pouvoir des communistes réduisit au silence cette femme profondément insoumise, qui fut mise à l'écart entre 1948 et la fin des années 1950. "Je suis protestante, ma famille est protestante, alors je proteste", expliquait en souriant Magda Szabo, dans un entretien accordé au Monde en 2003. Reléguée dans une école primaire alors qu'elle enseignait la philologie avant guerre, Magda Szabo n'accepta jamais aucune des commandes passées par les autorités en place. "Je leur disais que l'envie d'écrire m'était passée, racontait-elle. Que j'étais comme un flacon de parfum évaporé."

Dans l'ombre, elle s'était affiliée à un cercle d'écrivains dissidents, baptisé Nouvelle Lune, qui s'étaient juré de ne jamais servir ce régime et même de ne jamais avoir d'enfants, afin de ne pas risquer de donner prise à ceux qu'ils considéraient comme leurs oppresseurs.

En 1959, les conditions politiques s'étant assouplies, elle publie néanmoins Le Faon, roman qui contient une critique voilée du régime. C'est une traduction clandestine de ce texte qui l'a fait connaître en dehors de son pays, et d'abord en Allemagne, où l'écrivain Hermann Hesse appela son éditeur, Fischer Verlag, en disant : "J'ai pêché un poisson d'or pour vous, ne le laissez pas partir..."

Dès lors, disait volontiers la romancière, "on pouvait me causer des ennuis, mais il était trop tard pour me tuer". Lauréate du prix Attila-Jozsef, en 1959, elle publiera désormais des pièces de théâtre, des poèmes, des livres pour enfants et surtout des romans, dont plusieurs ont été traduits en français par les éditions Viviane Hamy.

En 1963, c'est La Ballade d'Iza, où elle décrit le malaise d'une femme de la campagne que sa fille, médecin, recueille chez elle à Budapest. Six ans plus tard, Rue Katalin (paru chez Viviane Hamy en 2006) revient sur la disparition d'une jeune femme pendant la seconde guerre mondiale et le trouble que son souvenir engendre chez les habitants d'une rue de Budapest. Ce livre a été couronné par le prix Cévennes du roman européen en juillet 2007.

Abigél (1970) (en français avec le titre « Abigaël ») n’est pas simplement un roman pour la jeunesse. L’atmosphère d’un pensionnat pour adolescentes rappelant l’école de l’écrivaine y côtoie des tournures dramatiques, sans être dépourvu d’humour. De plus, il se remarque par la profondeur psychologique avec laquelle il présente l’évolution d’une adolescente de l’étape où elle est choyée, têtue, individualiste, ayant un certain sentiment de supériorité, à une autre, où elle devient une jeune fille mature, qui comprend et accepte les autres, arrivant même à agir de manière responsable pour aider. C’est l’œuvre la plus populaire de l’écrivaine en Hongrie, au 21e siècle aussi. 

Enfin, en 1987, Magda Szabo a écrit La Porte - paru en France en 2003, ce livre a reçu le prix Femina étranger -, roman d'une extraordinaire finesse, où elle observait les relations entre une femme et sa domestique. Le tête-à-tête entre les deux femmes, qui permet à l'étrange et autoritaire Emerence de prendre l'ascendant sur son employeuse, donne l'occasion à l'auteure d'explorer, une fois de plus, les relations entre les individus. L’athéisme vindicatif d’Emerence, loin d’être issu d’une réflexion nourrie, n’a pour origine qu’une vexation endurée à l’église protestante, lors d’une distribution de bienfaisance… 

Les liens de dépendance entre les êtres constituaient l'une des préoccupations de Magda Szabo, qui écrivait en préambule de Rue Katalin : "Ils surent que la différence entre les vivants et les morts n'était que qualitative (...). Ils surent que dans la vie de chacun il n'y a qu'un seul être dont ils puissent crier le nom à l'heure de la mort."

L’écrivaine a été toute sa vie croyante et fidèle à l’Église réformée. Entre 1985 et 1990, elle est même la première femme à assurer une fonction dans les instances laïques de l’église dans sa région natale.

Après le changement de régime de 1989, la popularité et l’appréciation de Magda Szabó ne font que croître, aussi bien en Hongrie, qu’à l’extérieur de ce pays. Elle est parmi les écrivains hongrois les plus traduits dans le monde, en plus de trente langues.

Magda Szabó décède le 19 novembre 2007, à l’âge de 90 ans, un après-midi pendant qu’elle lit un livre.

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