4 octobre 1472. Cranach: la Loi et la Grâce

publié le 4 October 2022 à 00h01 par José LONCKE

4 octobre 1472. Lucas Cranach l’Ancien
Lucas Maler, dit Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), est né le 4 octobre 1472 à Kronach en Haute-Franconie (Allemagne). C'est un peintre et graveur de la Renaissance allemande. Son patronyme dérive de celui de sa ville natale. Il est le père de Lucas Cranach le Jeune (1515 - 1586).

Cranach, après un séjour à Vienne où sa peinture était marquée d’une vitalité magnifique et violente, fut invité en 1505, à l’âge de 33 ans à s’installer dans la ville de Wittenberg, capitale de la Saxe par son prince électeur Frédéric le Sage. Il y fut peintre officiel de la cour et y demeura, actif et célèbre jusqu’à sa mort, apprécié également par les princes suivants Jean le Constant et Jean-Frédéric le Magnanime. Il sut répondre aux désirs d’une cour désormais influencée par le protestantisme naissant (c’est à Wittenberg que Luther affichera en 1517 ses fameuses 95 Thèses, sur la porte de la chapelle du château).

1. Portrait de Caspar von Köckeritz
Si on compare ce portrait de Cranach avec les portraits qui peuvent avoir été peints à la même époque ou précédemment, en l'Italie par exemple, on remarque une profondeur du regard, une attitude méditative marquée par un sentiment de responsabilité devant la vie, le monde et soi-même. De plus, malgré sa tenue de personnage important, les deux belles bagues qu'il porte au doigt, la chaîne d'or à son cou et son beau manteau de fourrure, on est très loin ici du luxe extravagant des peintures du Titien de l'Italie de cette époque, où l'on se laissait emporter par le fleuve d'une joie exubérante, de l'argent et du plaisir, peintures ne manifestant pas de préoccupations spirituelles.
Par contre à cette époque, les Allemands avaient cette recherche spirituelle. Luther, trouvait le salut en Jésus-Christ dans la Bible et comprenait que le chrétien ne  pouvait être ni angoissé quant à son salut ni prétentieux. Il disait « nous sommes des pécheurs et des pécheurs pardonnés ». Le message de la « grâce » nous permet d'être dé-préoccupé de soi-même et n'a pas à faire ses preuves.  L'homme représenté sur ce tableau de Cranach me semble très protestant dans la mesure où il peut assumer son existence sans orgueil, sans sotte prétention.

2. Portrait de Martin Luther (vers 1520)
Luther est peint  en moine augustin avec bonnet doctoral. Cranach était totalement engagé, comme son compatriote Albrecht Dürer, dans les idées nouvelles du protestantisme. Il était ami de Martin Luther dès l’affichage des 95 thèses à Wittenberg, il s’engage du côté de Luther. L’amitié entre les deux hommes est immédiate et ne se démentira jamais. Ils n’ont jamais, l’un et l’autre, cessé de s’entraider : Luther a été le parrain de la fille de Cranach et Cranach a été le témoin de Catherine Bora au moment du mariage de celle-ci avec Luther.
Une série de portraits de Luther et des siens en témoigne. Par exemple, en 1519, Cranach montre Luther en jeune homme concentré et amical (collection particulière, Bruxelles). Vers 1520, il dépeint Luther l’année où celui-ci a affronté – au péril de sa vie – le pape Léon X et l’empereur Charles Quint à la diète de Worms à la suite de quoi il avait été mis au ban de l’empire et s’était réfugié dans le château de son protecteur, le prince-électeur Frédéric le Sage. En 1522, il peint Luther avec la barbe qu’il a fait pousser pour ne pas être reconnu (bibliothèque royale de Belgique) ; en 1525, il peint Luther et son épouse.

3. Cranach illustra la traduction en allemand que Luther faisait du Nouveau Testament.


4. Il a peint le "Portrait de Madeleine Luther".
La jeune fille ne semble pas triste, tout au plus songeuse ou plutôt méditative. Cela semble tout à fait dans le style de l'Allemagne de la Réforme luthérienne, contrairement à l'exubérance des tableaux italiens de la même époque, comme ceux du Titien, qui ne sont certes pas peints sur fond noir. Le Titien aurait ajouté des bijoux à la jeune fille, alors que Cranach n'en a pas peint un seul, à l'exception d'un tout petit noeud noir qui ferme son corsage. Elle n'a ni perles, ni bagues, ni boucles d'oreilles.  Luther le lui a certainement fait comprendre en lui faisant son catéchisme. Il a dû lui dire : « tu es responsable de toi-même. On est dans l'ambiance de la Réforme luthérienne. On ne dépense pas son argent pour se faire plaisir mais pour construire un monde meilleur.
Magdalena Luther, La fillette du portrait, est bien une petite protestante de l'Allemagne renaissante protestante du 16e siècle. Elle montre par sa tenue qu'elle porte effectivement la responsabilité de sa vie, du monde. 


5. Cranach : LA LOI ET LA GRÂCE (ou la Loi et l’Evangile)

La théologie protestante reposait sur un certain nombre de fondements, déjà exprimés par l’apôtre Paul, notamment la conviction que l’homme ne peut se sauver lui-même par ses œuvres. Le salut provient uniquement de l’œuvre accomplie par Jésus et qu’on accepte par la foi. A travers « La Loi et la Grâce », Luther et Cranach illustrent cette notion de manière didactique et iconographique. On connaît deux versions différentes de ce thème, appelées « version de Gotha » et « version de Prague », en fonction du lieu où se trouvent les deux plus anciennes représentations.

A. Gotha

La « version de Gotha », est la plus ancienne. C’est un un tableau de 1529 conservé au musée du Château de Gotha. Elle oppose, de part et d’autre de l’arbre central, dont les branches sont sèches à gauche et vertes à droite, la Loi, qui expose à la colère de Dieu et voue à la condamnation éternelle, et la Grâce, qui conduit à la vie éternelle.

Cela est visualisé par un homme nu (Adam après la péché originel), poussé par Satan, uni à la Mort vers l’Enfer à gauche, et conduit au Christ par Jean-Baptiste à droite.

En haut à gauche, le Fils de l’homme dans sa gloire juché sur la globe. A droite le Christ en croix, dont la mort a racheté les péchés de l’humanité, et l’agneau pascal piétinant la mort, le Christ en gloire annonçant la Grâce, au dessus du tombeau vide : voilà le Christ qui inspire confiance, là où le Juge inspirait la terreur. La confiance doit se substituer au système des œuvres. C’est elle qui « justifie ».

B. Prague

La « version » de Prague est postérieure (probablement 1529).

Partagée en son centre par un arbre, dont dont la ramure est desséchée à gauche, verdoyante à droite, la scène sépare deux temps des Ecritures.

A gauche, sous un ciel nocturne, Moïse reçoit les Tables de la Loi des mains divines.

En contrebas, Adam et Eve commettent le péché originel. La tombe entrouverte au premier plan indique la fatale conséquence du péché originel dans l’histoire de l’humanité.

A droite, sous un azur limpide qu’illuminent des nuées radieuses, le Christ ressuscité, vainqueur de la mort et du démon qu’il foule au pied, l’agneau de Dieu, Jésus sur la croix, la colombe du Saint-Esprit.

Le pécheur à la croisée des chemins semble invité à faire un choix. Le bas de son corps est soumis à une violente tension : il semble dirigé vers le monde de la Loi, mais son visage se tourne résolument vers celui de la Grâce, vers le Sauveur que lui désigne un prophète barbu et Jean-Baptiste.

Ainsi que l’explique la lecture du tableau de gauche à droite, l’indispensable Loi qui permet d’identifier le péché et de connaitre la vraie nature de l’homme, juge et condamne à la mort, tandis que la Grâce, est pourvoyeuse de vie et de Rédemption.

Ce tableau s’accompagnait à l’origine au niveau inférieur de citations de la Bible allemande de Luther. Texte et image devaient conduite le chrétien à comprendre ce que l’Église de Rome avait occulté : la signification du sacrifice du Christ.

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