Itinéraire dans le Paris Protestant des pédagogues (rive gauche)
8 mai 2026 : 9h 30 à 13h
Métro : Place Monge : Départ en haut de l’escalier mécanique.
Rue Calvin
Cette rue doit son appellation à un arrêté du 27 juillet 1936. En 1936 on célébrait un anniversaire important pour Genève et pour l’instruction publique. En effet en 1536, Genève a vu l’installation de la Réforme et dans un même temps de l’instruction publique obligatoire, ce qui constituait une première en Europe.
Rue Pestalozzi
En 1891 la rue est renommée dans sa totalité du nom du pédagogue protestant suisse Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827). Le décret du 26 août 1792, confère déjà le titre de citoyen français « aux hommes qui s’en sont montrés si éminemment dignes » et nomme à ce titre Pestalozzi à côté de Washington et d’une quinzaine d’autres personnages. De Pestalozzi, la Convention a retenu particulièrement que, la tâche essentielle de la collectivité n’est pas de former des élites, mais de travailler à l’éducation des citoyens en devenir.
Saint-Victor (emplacement de l’université de Paris-Jussieu)
Pierre Comestor, professeur de Théologie à Paris se retire en 1169 dans l’abbaye de Saint-Victor pour composer son Historia Scholastica (vers 1180), c’est une Bible historiale, qui raconte la Bible à la manière d’une histoire sainte en la reliant à l‘histoire ancienne. Enorme succès. Il fournit en effet à ses contemporains un travail substantiel, facile à manier, aisé à lire, riche de savoir.
Le siècle de Saint-Louis va voir la naissance de l’Université de Paris (avec de nouveaux besoins en livres) et faire de la capitale un centre très important de copie de la Bible.
La Bible est devenue portable, elle a le même format qu'une Bible actuelle mais reste très onéreuse.
Un assez grand nombre de traductions, du 12ème au 15ème siècle nous sont parvenues. Aucune n'est la traduction intégrale et exclusive du texte original.
Il faut attendre 1496 pour que soit imprimée la première Bible en français, mais c’est encore une Bible historiale, révisée par Jean de Rély, confesseur du roi Charles VIII, et abondamment illustrée de gravures sur bois
Rabelais et la bibliothèque de Saint-Victor
Rabelais dans son Pantagruel (1532). En fabriquant un inventaire parodique « des beaux livres de la librairie de Saint-Victor », il la tourna en dérision et, à travers elle, la culture scolastique devenue totalement inadaptée aux temps nouveaux
Rabelais, Pantagruel, ch. 7 : « Comment Pantagruel vint à Paris et des beaux livres de la librairie (...)
le catalogue est une accumulation de connaissances inutiles
A côté de certains traités d'édification qui sont légion (et de maitres de la vieille scholastique), l'absence de certains ouvrages est significative. on chercherait en vain, un seul livre de l'AT, un Evangile, une épitre de Paul, ces "saintes lettres" que Gargantua recommande à son fils Pantagruel de "visiter"...
28 rue du Cardinal-Lemoine
-
Plaque à l'intérieur: "Dans ce bâtiment habitait du 16e au 18e siècle, professeurs et étudiants du Collège du Cardinal Lemoine".
-
Inscription près de la porte : "3"
Lefèvre d’Etaples, à la fois philosophe, mathématicien et versé dans les langues anciennes, commence par être professeur au Collège du Cardinal Lemoine. C’est là qu’il prépare la traduction et le « commentaire des épîtres de Saint-Paul », prémices de la Réforme.
’est là qu’étudie, puis enseigne Guillaume Farel (1489-1565). Dés sa rencontre avec Lefèvre d’Etaples, Farel a la conviction qu’une profonde réforme est nécessaire dans la vie de l’Eglise. Ardent propagateur des idées nouvelles, Farel a vécu jusqu’à sa mort tout le développement de la Réforme en France et en Suisse.
2 rue des Ecoles (plaque) : Porte Saint-Victor
Demeure de Matthieu Béroalde (près de la porte Saint-Victor) : en avril 1562 (à l'âge de 10 ans), le jeune Agrippa d'Aubigné commence à étudier auprès de Béroalde. Il emménage chez son professeur qui prenait des étudiants chez lui.
Braille (plaque)
On peut évoquer l'apport décisif de Louis Braille. Ce sont les protestants qui vont très tôt s'emparer du Braille pour éditer la Bible en braille.
Maison de la Mutualité
Luther King séjourne à Paris en 1965. Le dimanche soir, 24 octobre 1965, à la demande la Fédération Protestante de France, Martin Luther King donne une conférence publique à la Maison de la Mutualité. Il commence ainsi son discours :
« C’est pour moi un grand privilège de pouvoir m’adresser à cette assemblée… c’est dans ce pays que J.-J. Rousseau a proclamé la responsabilité des gouvernements envers leurs sujets. ».
11 rue Montagne sainte-Geneviève : « Ymca-Press »
Les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (UCJG, en anglais : YMCA) sont une œuvre d’éducation protestante fondée à Londres en 1844, dont le centre parisien est rue de Trévise. C’est à travers les UCJG où les contacts avec les États-Unis étaient fréquents, que le basket-ball est introduit en France. « Ymca-Press » est une maison d’édition en russe, fondée en 1920 à Berlin par John Mott (1865-1955) secrétaire général des UCJG (Prix Nobel de la paix en 1946), pour fournir de la littérature aux étudiants russes. Transférée en 1925 à Paris, et dirigée par Nicolas Berdiaef, elle est devenue avec les années une maison d’édition chrétienne orthodoxe.
Au début des années 60, grâce à leur orientation philosophique et religieuse, et à leur caractère non lucratif, elle attire la confiance des écrivains d'Union soviétique étouffés par la censure. Notamment Alexandre Soljenitsyne, dont tous les livres sont publiés en langue russe par « Ymca-Press », dont « L’Archipel du Goulag ».Er inoubliable « Une journée dIvan Denissovitch, où un protestant Aliocha le Baptiste incarne le personnge chrétien du récit.
Collège de la Marche (bâtiment disparu, situé à intersection du Boulevard des écoles et de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève)
Dès 1523, à l'âge de 14 ans, Calvin, lors de son arrivée de Noyon, est martinet (demi-pensionnaire) au Collège de la Marche. Il y a apprend à bien écrire (le latin et le français) avec un grand pédagogue, Mathurin Cordier (1479-1564). Calvin, manifestera toujours envers ce dernier la plus vive reconnaissance et il appellera plus tard son maître révéré, auprès de lui à Genève pour rénover l’enseignement.
Collège de Navarre : Marguerite de Navarre (ou d’Angoulême). La sœur de François 1er avait reçu une excellente éducation. Elle était au tout premier rang à la cour du roi et d’une certaine façon la vraie reine de France. De plus une grande amie de la Réforme.
L’ouvrage de Marguerite de Navarre, « Le Miroir de l’âme pécheresse » aux idées réformatrices est censuré par la catholique Sorbonne (1533). Ce qui provoque une échauffourée de potaches dans le Collège de Navarre. Poème : Si Dieu m'a Christ pour chef donné...
Si Dieu m'a Christ pour chef donné,
Faut-il que je serve autre maître ?
S'il m'a le pain vif ordonné,
Faut-il du pain de mort repaître ?
S'il me veut sauver par sa dextre,
Faut-il en mon bras me fier ?
S'il est mon salut et mon être,
Point n'en faut d'autre édifier
S'il est mon seul et sûr espoir,
Faut-il avoir autre espérance ?
S'il est ma force et mon pouvoir
Faut-il prendre ailleurs assurance ?
Et s'il est ma persévérance,
Faut-il louer ma fermeté ?
Et pour une belle apparence,
Faut-il laisser la sûreté ?
Si ma vie est en Jésus-Christ,
Faut-il la croire en cette cendre ?
S'il m'a donné son saint écrit,
Faut-il autre doctrine prendre ?
Si Dieu me nomme son enfant,
Faut-il craindre à l'appeler père ?
Si le monde le me défend,
Faut-il qu'à son mal j'obtempère
Si son esprit en moi opère,
Faut-il mon courage estimer ?
Non, mais Dieu, qui partout impère (règne),
Faut en tout voir, craindre et aimer.
Place Sainte-Geneviève : Saint-Étienne-du-Mont
Blaise Pascal, l’auteur des « Pensées » est enterré dans cette église (il y a une plaque à son nom au fond du Chœur).
L’église accueille également les restes de Jean Racine (dont on oublie quelque peu les tragédies bibliques, « Esther » et « Athalie »)… et d'Isaac Lemaistre de Sacy, l'auteur d'une belle traduction de la Bible en français. Les dépouilles de ces deux jansénistes sont également transférées en 1711 de Port-Royal à Saint-Étienne-du-Mont.Collège de Navarre
On peut évoquer les « Petites Écoles de Port-Royal ».
Bibliothèque Sainte-Geneviève
A l'emplacement de la Bibliothèque Sainte-Geneviève s'élevait le Collège Montaigu où Jean Calvin étudie. Il y apprend « à bien discuter »…
Calvin, comme Érasme (1467-1536), et Rabelais, survivent difficilement à leurs études et au régime « de pouillerie » de l’établissement. L'éducation y est dure et l'on reçoit plus de coups de fouet que de bonne nourriture.
Plus tard, au Collège Fortet, 21 rue Valette, en face du Collège Sainte-Barbe, Calvin suit des cours de grec et d'hébreu et il y donne lui-même des conférences. On raconte que c'est là, dans sa petite chambre du 17 rue Valette, posée sur son escalier comme un nichoir en haut de son mât, que Calvin rédige le discours exposant les idées de la Réforme prononcé par son ami Nicolas Cop, recteur de l’Université (1533). Il doit s’enfuir par les toits, en laissant ses notes de cours et projets d’ouvrages.
Panthéon : Rousseau
Le 11 octobre 1794, les restes mortels de Rousseau sont transférés au Panthéon. Jean-Jacques Rousseau dont on connait l’ « Émile ou de l’éducation » (1762), inspirera plusieurs pédagogues protestants.
Panthéon : Victor Hugo
Tout jeune, Victor Hugo trouva une Bible, sans doute une vieille Bible du 18ème siècle :
Aux Feuillantines (Les Contemplations)
Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait : « Jouez, mais je défends
Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux échelles. »
Abel était l’aîné, j’étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.
Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d’une armoire, un livre inaccessible.
Nous grimpâmes un jour jusqu’à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fîmes pour l’avoir,
Mais je me souviens bien que c’était une Bible.
Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire !
Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et, dès le premier mot, il nous parut si doux,
Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.
Nous lûmes tous les trois ainsi tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.
Tels des enfants, s’ils ont pris un oiseau des cieux,
S’appellent en riant et s’étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.
Le jeune Hugo emprunte de nombreux ouvrages à la Bibliothèque de l’Arsenal et à la Bibliothèque royale (devenue nationale en 1848). Ainsi le 26 juin 1822, il sort un des volumes de "La Sainte Bible contenant l’Ancien et le Nouveau Testament, traduite en français sur la Vulgate, par Lemaistre de Sacy, 1701". Trente après, le 6 juillet 1852, de Bruxelles où il a dû se réfugier, il écrit à sa femme : « J’avais aussi des volumes très précieux, Ronsard, l’Histoire de Paris, ma Bible, etc... Je pense que tu as tout mis en sûreté ». De quelle Bible parle-t-il ? En tout cas on peut toujours voir aujourd’hui dans la bibliothèque de Hauteville House, la Bible protestante de David Martin, version qu’il avouera préférer à toute autre.
Victor Hugo a écrit dans « »Claude Gueux » :
"Il y a un livre qui contient toute la sagesse humaine éclairée par toute la sagesse divine, un livre que la génération du peuple appelle le Livre, la Bible… Ensemencez les villages d’Evangiles. Une Bible par cabane."
Lycée Louis-le-grand : Sully
Maximilien de Béthune, duc de Sully, futur ministre de Henri IV, avait 12 ans lors du massacre de la Saint-Barthélémy, faisant alors ses études à Paris.
Il était logé près du Collège du Mans, ancienne rue de Reims (actuellement occupé par le Collège Sainte Barbe et le Lycée Louis-le-grand). L’actuelle impasse Chartière donnait dans cette rue à droite.
Protestant, Sully échappa au massacre grâce à la protection du principal de son collège et raconta l'épisode dans ses Mémoires.
« Je m'étais couché la veille de bonne heure. Je me sentis réveiller, sur les trois heures après minuit, par le son de toutes les cloches, et par les cris confus de la populace…
Je résolus d'essayer à gagner le collège de Bourgogne, où je faisais mes études, malgré la distance de la maison où je demeurais à ce collège : ce qui rendait ce dessein assez périlleux. Je me revêtis de ma robe d'écolier, et, prenant une grosse paire d'heures sous mon bras, je descendis. Je fus saisi d'horreur, en entrant dans la rue, de voir des furieux qui couraient de toutes parts, et enfonçaient les maisons en criant : tue, tue, massacre les huguenots ; et le sang que je voyais répandre sous mes yeux redoublait ma frayeur. Je tombai au milieu d'un corps-de-garde, qui m'arrêta. Je fus questionné ; on commençait à me maltraiter, lorsque le livre [de prières catholiques] que je portais fut aperçu heureusement pour moi, et me servit de passe-port. Je retombai deux autres fois dans le même danger, dont je me tirai avec le même bonheur.
Enfin j'arrivai au collège de Bourgogne [...]. » (Maximilien de Béthune, duc de Sully, Mémoires du duc de Sully, tome I, Paris, Etienne Ledoux, 1822, pp. 50-52).
Collège de France
À la demande de Guillaume Budé, François Ier fonde en 1530, au collège de Cambrai, l'Institution des Lecteurs royaux : il nomme six lecteurs royaux chargés d'enseigner en toute indépendance des disciplines qu'ignore l'Université de Paris (Hébreu, grec, mathématiques…). Les cours sont gratuits et ouverts à tous. Ils utilisent des notes de cours imprimés.
Au cours des années suivantes y enseigne notamment Pierre de Ramus (la Rhétorique).
Un autre professeur, Jean Sturm (1507-1589) est le premier directeur du Gymnase de Strasbourg, à la création duquel a contribué Martin Bucer. Cet établissement devient rapidement une référence européenne en matière de pédagogie humaniste.
Le luthérien originaire de Strasbourg, Jean-Daniel Kieffer (1787-1833), orientaliste et titulaire de la chaire de turc au Collège de France se voit confié par Société biblique britannique et étrangère la révision de la Bible en turc sur la base d’un manuscrit du 17ème siècle (1817-1827). Membre fondateur de la Société biblique protestante de Paris, Kieffer sera aussi à partir de 1820 l’agent de la Société biblique britannique et étrangère pour la diffusion de la Bible en France.
Rue Saint-Jacques
En 1473, s’établissent rue Saint-Jacques « Au Soleil d’or », les premiers imprimeurs. Ils sortent de leur atelier la première Bible latine imprimée en France. Calvin fait imprimer (avril 1532) son premier ouvrage, « De Clementia » (pour rappeler au Prince son devoir de clémence comme Sénèque le rappelait à Néron ?), à ses frais…
Sorbonne
Fontanes octroie à François Guizot, la chaire d’histoire moderne à la Sorbonne en 1812. Son premier cours magistral (réimprimé dans ses mémoires) fut donné le 11 décembre. Il omet le compliment à l’Empereur, mais son cours marque le début du renouveau dans la recherche historique en France au 19ème siècle. L'homme du 18 juin...
Ferdinand Buisson (1841-1932) enseigne la pédagogie à la Sorbonne (1896). C’est en fuyant le régime de Napoléon III, qu’il découvre en Suisse la pédagogie protestante. Il deviendra directeur de l’enseignement primaire sous Jules Ferry, sera professeur à la Sorbonne et il créa l'enseignement primaire moderne et laïc et sera la maître d’œuvre du très important Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire.
Gustave Monod (1895-1968), inspecteur de l’académie de Paris, préside à la Sorbonne une réunion de proviseurs et directeurs des Lycées parisiens (4 novembre 1940) qui refuse d’appliquer les mesures anti-juives imposées par le gouvernement de Vichy.
Eglise de la Sorbonne : tombeau de Richelieu
Le tchèque, Jean Amos Comenius (1592-1670), surnommé le « Galilée de l’éducation », acquiert une renommée mondiale au travers de ses manuels d’enseignements. Frappé du mauvais état de l’éducation en France, le cardinal de Richelieu invite ce pasteur à venir en France. Mais le décès de Richelieu en 1642 mit fin à ce projet. C’est en Suède que Comenius poursuivra ses recherches pédagogiques.
Les restes de Jean Cavaillès (1903-1944), universitaire, philosophe, professeur de méthodologie à la Sorbonne, reposent dans la crypte de la chapelle de la Sorbonne. Jean Cavaillès a inspiré le personnage de Luc Jardie (Paul Meurisse) dans le film « L’Armée des ombres » de Jean-Pierre Melville.
54 rue Monsieur-le-Prince : Blaise Pascal
C’est par « dégoût du monde », que Blaise s’installe ici le 1er octobre 1654, payant un loyer de 350 livres.
C'est 54 rue Monsieur-le-Prince qu'il rédigera « Les Provinciales», qui défend les thèses jansénistes contre les attaques des jésuites. Voltaire dira que c’est « le premier livre de génie qu’on vit en prose ». Et il ajoute : « Il faut rapporter à cet ouvrage l’époque de la fixation du langage ».
C’est ici qu’il commencera « Apologie du christianisme » dont seuls des fragments seront publiés posthumément sous le nom « Les Pensées ».
Le 23 novembre de la même année 1654, Pascal eut alors une nuit d’illumination et d’extase. Ce soir là, le naufragé incrédule saisit la bouée miraculeusement à portée de sa main. Il écrivit à la hâte ce qu’il voyait et ressentait, puis il cousit ce qu’on appelle depuis lors
le Mémorial de Pascal, dans la doublure de son vêtement où on le trouva après a mort. Ce texte fort court, où de nombreuses phrases très brèves sont écrites sans verbes, témoigne d’une expérience bouleversante. Pascal se trouve en communion avec le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob, et non plus avec le Dieu des philosophes et de savants. Ce Mémorial consacre ce que l’on peut appeler la conversion de Pascal dont la vie se trouve désormais transfigurée :
« Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, »
Non des philosophes et des savants.
Certitude, Certitude. Sentiment. Joie. Paix.
Dieu de Jésus-Christ.
« Ton Dieu sera mon Dieu » Oubli du monde et de Tout, hormis Dieu.
Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l’Évangile.
Grandeur de l’âme humaine.
« Père juste, le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu. »
Joie, Joie, Joie, pleurs de joie. Je m’en suis séparé :
« Mon Dieu, me quitterez-vous ? » Que je n’en sois pas séparé éternellement.
« Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Jésus-Christ. Jésus-Christ.
Je m’en suis séparé, je l’ai fui, renoncé, crucifié. Que je n’en sois jamais séparé.
Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Évangile. Renonciation totale et douce. Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.
Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre. Amen.
5 rue de l’École de Médecine (Ancienne Faculté de Chirurgien, ancienne école de dessin)
Un barbier opéra Louis XIV de la fistule... opération réussie qui valut aux chirugiens une académie !
En 1852, Harriet Beecher-Stowe passe beaucoup de temps, à Paris chez sa traductrice, Madame Swanson-Belloc, dans un appartement attenant à l’École impériale spéciale de dessin, dont son mari le peintre Jean Hilaire Belloc (1786-1866) est directeur.
La Case de l’oncle (éditée le 20 mars 1852) est le premier best-seller de l’édition moderne. Le livre connut un tel succès qu’il est finalement traduit en trente-sept langues. Son auteur, Harriet Beecher-Stowe est une des femmes les mieux formées d’Amérique. Sa sœur Catharine Beecher (1800-1878), est connue pour sa lutte pour l’éducation des femmes ainsi que pour l'incorporation de l’école maternelle dans l'éducation des enfants.
Club des cordeliers : haut lieu de la révolution française
Jean-Paul Marat (juillet 93) fut enterré dans le jardin des Cordeliers sous un saule pleureur, jusqu'à son transfert au Panthéon.
Marat : « l'Ami du peuple » (assassiné le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday). Il était né de parents protestants : une mère originaire de Castres (une Cabrol) d’une famille émigrée en 1687 à Genève. Un père prêtre défroqué originaire de Sardaigne : Mara (sans t). „Si l‘on se penche sur ses écrits, Marat apparaît comme le premier représentant des journalistes redresseurs de torts… Le ton est marqué par un pessimisme extrême, un refus obstiné d‘embellir jamais le passé… Il faut secouer la torpeur des français dont la lucidité est endormie, soit que le clinquant des vanités les égare („vanités du monde“ comme dit Marat qui utilise beaucoup les métaphores, les comparaisons, les inspirations bibliques…) soit que leur inconscience somnole.“
Jacques-René Hébert. Pamphlétaire très populaire, membre du Club des Cordelier, il a été un des grands animateurs de la Révolution par son journal, le Père Duchesne fondé en 1790, où les événements politiques sont présentés dans un langage populaire, souvent jugé grossier, entremêlé de jurons. Hébert avait épousé en 1792 une ancienne religieuse, Françoise Goupil, qui lui avait donné en février 1793 une fille, Scipion Virginie.
Orpheline à l'âge de deux ans, elle est élevée par un protestant. Elle épouse le pasteur Née… A Marsauceux, elle est vice-présidente de la Société biblique féminine… La Première Bible de mariage est remise à Marsauceux (1820).
Le rapport international de la British and Foreign Bible Society signalait que les foyers protestants de Marsauceux étaient les premiers de France à posséder tous la Bible. Les sociétés locales avaient accompli leur mission.
12 rue de l'École de Médecine
Emplacement du Collège de Bourgogne. A la Saint -Barthélemy, le jeune Sully (12 ans), qui étudie dans le collège, peut se réfugier chez le principal du Collège de Bourgogne, en tenant un missel. Il s'enfuie ensuite de Paris et n'y reviendra qu’une vingtaine d’années plus tard.
L’École-de-Médecine : ancienne Faculté de Médecine de Paris
En France, on doit la mise en œuvre d'une première colonie de vacances au pasteur Lorriaux de Clichy, en 1881, qui organise une colonie appelée « l'Oeuvre des Trois Semaines ». L'année suivante, Madame de Pressensé, crée un lieu de vacances pour les jeunes : « l'Oeuvre de la Chaussée du Maine ». En 1893, c'est au tour du pasteur Louis Comte d'instaurer la « colonie des Enfants » à la Montagne. Lorsque, en 1910 se tint en ces lieux le quatrième congrès national des Colonies de Vacances, les œuvres protestantes y participent en bonne place et c’est le pasteur Louis Comte qui fut nommé président du congrès.
Rue du Commerce-Saint-André
Nous sommes tout à fait dans le 18ème siècle : avec Le Procope, Benjamin Franklin, « l’imprimeur de Philadelphie », …il se fait connaître par l’édition de son almanach du Poor Richard vendu à plus de 10000 exemplaires. Une citation : « L'expérience est une école où les leçons coûtent cher, mais les sots ne s' instruisent que là. »
9 rue du Commerce-Saint-André
L’atelier du protestant Tobias Schmidt, le concepteur-promoteur de la guillotine...
La guillotine n'est pas une invention de la Révolution. En effet, s'est en s'inspirant de gravures de machines anciennes déjà utilisées en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse dès le XIIe siècle, et même en France qu'Antoine Louis, aidé de Guillotin, conçoit une machine placée sur un échafaud. Il fait alors fabriquer un prototype par un artisan facteur de clavecins, nommé Tobias Schmidt (un luthérien), dont l'atelier se trouve Cour du Commerce Saint-André, sur l'emplacement de l'actuel n° 9.
5b rue André Mazet : Résidence étudiante Mazet (Crous de Paris)
Jean Zay (1904-1944), ministre de l'Éducation nationale et des Beaux Arts sous le Front Populaire, prend à bras le corps les questions d'éducation et de culture qui sont, pour lui, étroitement liées. Il a réussi à élever la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans, à mettre en place un nouveau système de bourses, à rendre obligatoire l'éducation physique et sportive, à développer les "activités dirigées", les bibliobus, la radio scolaire, à créer le CROUS, le CNRS, le festival de Cannes…
Accusé de désertion par le gouvernement de Vichy, il est emprisonné et assassiné par la Milice le 20 juin 1944.
25 rue de Seine
Vieille maison dans laquelle habita le D’Artagnan des Trois-Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Un combat aurait eu lieu entre lui et les gardes du Cardinal dans l'escalier. D’Artagnan parvint à s'enfuir par l'appartement du dernier étage…
33 rue de Seine : Libraire-éditeur Fischbacher
Librairie Meyrueis… Esclavage
Journal des Écoles du Dimanche
Johanna Spyri, l’auteur d’Heidi, inscrit ce roman pour la jeunesse dans la grande tradition allemande du roman de formation (Bildungsroman). Les deux volumes sont très vite traduits en français à l’intention des enfants de Suisse romande. Des exemplaires en seront diffusés en France par l’éditeur-libraire protestant Fischbacher.
Des exemplaires en seront diffusés en France par l’éditeur-libraire protestant Fischbacher sans doute de manière assez confidentielle jusqu’en 1914. Il a fallu attendre 1979 et la publication de la traduction de Luc de Goustine et Alain Huriot à L’École des loisirs, accompagnée des illustrations de Tomi Ungerer pour que nous disposions enfin en France d’une édition respectueuse du travail de la romancière suisse.Ecoles des Loisirs...
4 rue Visconti
Le premier synode des Églises réformées de France s’est tenu dans cette rue (du 25 au 29 mai 1559). La Discipline adoptée conjointement stipule que «les Églises feront tout devoir de dresser écoles et donneront ordre que la jeunesse soit instruite». Rappelons-nous qu’au 16ème siècle chaque Temple protestant abrite une école.
L’édit de Nantes (1598) offre quelques libertés aux protestants en particulier celle d’ouvrir des écoles. Mais c’est une liberté surveillée. L’expression « école buissonnière » désigne alors sans doute les écoles clandestines protestantes qui, au 17ème siècle, veulent échapper à l’autorité catholique en se cachant à la campagne.
Les guerres de religion et la Saint-Barthélemy sont un cadre de choix pour des écrivains et des peintres, tels Mérimée, Delaroche qui vont habiter cette rue. Au 20, rue Visconti, Mérimée qui fait paraître en 1829, la Chronique du temps de Charles IX. Mais également Honoré de Balzac (17-19 rue Visconti), qui dans Les Illusions perdues, fait espérer à Rubempré être l’auteur d’un Archer de Charles IX.
19 rue Visconti, Paul Delaroche qui peignit, La Mort d'Elisabeth (1827), Cromwell (1831), Le Supplice de Jane Grey.
Le Supplice de Jane Gray (1833).
L’exécution de (la protestante) Jane Grey (1537-1554) ordonnée par Marie Tudor, le 12 février 1554. Jane venait de se marier. Mais l‘épreuve et le cachot affermirent sa foi jusqu‘alors chancelante. A l‘une de ses sœurs elle écrivit en lui léguant son Nouveau Testament grec :
„… Je t‘envoie un livre qui, bien qu‘il ne soit pas revêtu d‘or, est plus précieux que toutes les pierres les plus rares et du plus grand prix. C‘est le livre de l‘Évangile du Seigneur Jésus-Christ ; c‘est sa dernière volonté, c‘est son testament qu‘il nous a laissé, à nous, pauvres misérables pécheurs que nous sommes dans notre nature première. Il t‘enseignera le chemin de la joie éternelle… »
Le peintre avait élaboré et consolidé un type de peinture historique grandiose qui avait abouti à l'émergence d'un genre complètement nouveau : le genre historique.
Il fut le maître de Pierre-Antoine Labouchère (1807-1873).
Rue des Beaux-Arts
-au 5 : la Société biblique de Paris (1818) y logea longtemps (Orentin Douen)
-au 17 : Eglise Baptiste : novembre 1834, « un lieu de culte modeste pouvant contenir une 60taine de personnes ». 10 mai 1835 : L’Église baptiste de Paris est fondée. Elle a six membres.
-au 13 rue des Beaux-Arts (plaque) :Jorge Luis Borges et la Bible
Jorge Luis Borges (1899-1986) est un écrivain argentin de prose et de poésie. Ses travaux dans les champs de l’essai et de la nouvelle sont considérés comme des classiques de la littérature du 20ème siècle.
« La Bible coule dans mes veines », disait Jorge Luis Borges, expliquant volontiers qu'il s'agissait du legs, pour ainsi dire génétique, d'une grand-mère anglaise, descendante d'une longue lignée de pasteurs presbytériens et capable de réciter de tête l'intégralité ou presque du texte biblique – qu'elle connaissait par cœur dans la célèbre et belle traduction du 17e siècle dite King James Version (Bible du roi Jacques ou « version autorisée ».
L'écrivain argentin, agnostique déclaré, n'en conserva pas moins toujours un lien symbiotique avec cet héritage : explicites ou subreptices, les références à l'Ancien et au Nouveau Testament sont omniprésentes dans ses écrits, contes, nouvelles ou poèmes. Il y puisa des formes poétiques dans lesquelles couler et modeler son propre verbe, des personnages et des épisodes à réinterpréter, des métaphores à revivifier ; il en nourrit sa conception même du geste littéraire, du livre non comme objet mais comme « mécanisme aux desseins infinis, aux variations infaillibles, aux lumières superposées, dont les révélations vous guettent »...
La statue de Voltaire du Square Honoré-Champion
La maison de Voltaire à trois minutes d’ici (au coin de la rue de Beaune et du quai des Théatins, aujourd'hui quai Voltaire), vit le dernier épisode de l’Affaire Callas : en 1791, lorsque Voltaire fut « panthéonisé », la fille de Callas se tenait sur une estrade et s’inclina lorsque le cercueil de Voltaire passa.
Institut de France, Académie française
Valentin Conrart, premier secrétaire de l’Académie française, homme de foi et pratiquant, contribue à la révision et à la modernisation du psautier huguenot. Les Psaumes retouchés sur l'ancienne version de Clément Marot et Théodore de Bèze, sont publiés par ses héritiers (Charenton, 1677).
Le grand prix de vertu de la fondation Montyon, décerné par l’Académie française est attribué au pasteur John Bost, fondateur des asiles de La Force (1860), à la méthodiste Lydie Hocart pour son œuvre d’adoption (1896), à Louise Scheppler (1829), la première conductrice de l'enfance, chargée de la direction d'un asile de petits enfants créé par le pasteur Oberlin (1730-1826). On y verra l’origine des jardins d’enfants et des maternelles. Dans le rapport qu'il lut à ce sujet, Georges Cuvier avait attribué à Louise Scheppler la première idée de l'asile des petits enfants, qu'elle aurait suggérée à Oberlin… Louise Scheppler s'était empressée de rectifier l'erreur de Cuvier, et de restituer à « papa Oberlin » le mérite de l'initiative.
Île de la Cité
Jean Chardin est l’inconnu de la Place Dauphine. Ce protestant envoyé par son père, joaillier place Dauphine, aux Indes orientales pour des opérations relatives au commerce des pierres précieuses fait deux longs séjours en Perse (1666-1670) et 1672-1677). Puis en tant que représentant de la Compagnie anglaise des Indes orientales Jean Chardin entame en la publication de ses « Voyages en Perse » (1686).
Cette relation passionnante, qui traite tout à la fois des structures politiques de l'Empire perse, des sciences, des arts, de l'industrie, des monuments, des mœurs et des coutumes, reçut les éloges de Rousseau, Voltaire et Gibbon, et devint le livre de chevet de Montesquieu (qui s’en inspira pour ses « Lettres persanes »).
Balcon du Louvre : le « poteau infâmant »
Lors de la Saint-Barthélemy, le matin qui suivit la nuit tragique de la Saint-Barthélemy le roi Charles IX tirait, dit-on, à l'arquebuse depuis les fenêtres du Louvre, sur les protestants qui en traversaient la Seine.
Le fait est vraisemblable mais que ce fut du balcon que l’on montre et qui au Louvre termine la galerie d’Apollon, cela est impossible puisqu’il n’existait pas encore.
La croyance en cette localisation était si bien admise cependant qu’en 1793 le Conseil général de la commune de Paris rendit un arrêt (le 29 vendémiaire an II, soit le 20 octobre 1793) portant qu’il serait mis « un poteau infamant » sur la place même. L’arrêt fut exécuté. L’inscription en lettres énormes était conçue ainsi :
« C’est de cette fenêtre que l’infâme Charles IX, d’exécrable mémoire, a tiré sur le peuple avec une carabine ».
Dix ans plus tard, le Premier Consul fit enlever le poteau et l’inscription. Mais renforcée par cette inscription officielle de dix années, la croyance persista dans le peuple parisien un article descriptif du Louvre, publié en 1852, parle du balcon « connu populairement sous le nom de balcon de Charles IX ».
Cette scène apocryphe connut une singulière fortune dans la littérature :
Dans les « Tragiques », Agrippa d’Aubigné écrit :
Ce Roi, non juste Roi, mais juste arquebusier (qui vise juste),
Giboyait aux passants trop tardifs à noyer !
Dans « La Reine Margot », Alexandre Dumas présente un Charles IX qui cède à un accès de folie furieuse : « poussant des cris de joie chaque fois que le coup avait porté ».
Victor dans ses « Châtiments », apostrophe ainsi Napoléon III :
Va trouver Tibère en son antre
Et Charles-Neuf sur son balcon.
Dans « Les fleurs du mal », Baudelaire donne à la figure du roi, les traits d’un double solitaire et désespéré :
Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Et dans L’Assommoir, lors du mariage de Gervaise, Zola faisant visiter le Louvre, mentionne : « Voilà le balcon d'où Charles IX a tiré sur le peuple »
Tuileries
L’abbé Grégoire, au moment où, en 1794, la Convention se préoccupe la mise en place d’une éducation nationale, cite en exemple l’œuvre scolaire du pasteur Oberlin.
La duchesse Hélène d’Orléans influencée par son précepteur G.H. von Schubert (1780-1860) qui avait écrit une biographie d’Oberlin, veut faire le voyage jusqu’à Waldersbach. « Va, je vais te laisser oberliner à ton aise », lui avait dit son mari. Dans les salons des Tuileries, elle discute avec la réformiste anglaise Elizabeth Fry de l’éducation des enfants (1843). Elle laisse des notes de réflexions élaborées sur le choix d’un précepteur pour l‘héritier de la couronne.
Temple de l’Oratoire : ancien siège social de la SEIPF
C’est ici qu’est créée en 1829, la Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de France (SEIPF) Le baron de Jaucourt, Guizot et les frères Delessert, se sont donné pour objectif la constitution d’un réseau d’écoles protestantes où les enfants de la minorité réformée seraient à l’abri de tout prosélytisme catholique. La première école du Dimanche de Paris y est ouverte par le pasteur Frédéric Monod en 1822.
Pauline Kergomard (née Reclus, 1838-1925) y épouse Jules Duplessis-Kergomard le 29 octobre 1863. Elle est la première femme à entrer au Conseil Supérieur de l'Instruction Publique, elle devient inspectrice générale des écoles maternelles en 1881. C'est elle qui transforme les salles d'Asile en écoles maternelles.
-----------------------------------------------------------------------------------------