La place des enfants lors du culte

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Étudier la place des enfants lors du culte n’est pas une petite affaire. Pourquoi les enfants doivent-ils avoir une place dans le culte et quelle est-elle ? Les biblistes, les théologiens, les historiens de l’Église, les psychologues et les éducateurs auraient tous sûrement un mot complémentaire à ajouter à la discussion. Pour certaines Églises, parler de leur place se résume souvent à leur participation à un court moment de chants de louange, parfois à une histoire avant le départ pour l’école du dimanche. Cependant, ce sujet est important car il touche de près au projet de Dieu et à l’histoire de son peuple. En suivant la trajectoire qui part d’Abraham pour arriver au Christ, il s’agit d’un peuple appelé à devenir une réalité sociale et intergénérationnelle, où les murs de séparation sont brisés, qu’ils soient de race, de sexe, de culture ou de langue.

La place des enfants lors du culte

Le visage du peuple de Dieu : l’Église et son culte

Le peuple de Dieu est appelé de l’esclavage à la libération, à une nouvelle identité, à adorer et servir Dieu, à se rassembler pour être formé et transformé en son image et à participer à son projet de rédemption(1). Le Nouveau Testament fait remarquer que la communauté chrétienne est « une unité de diversités(2) »  dont les récits de la création à la Pentecôte sont des modèles.

Quand les croyants se réunissent pour le culte, le but principal est de louer Dieu et de proclamer ses actes de salut dans et pour le monde en Jésus le Christ par sa vie, sa mort et sa résurrection. En même temps, l'Église se rassemble pour être édifiée en corps du Christ, pour créer et pour renforcer la vie de la communauté dans la puissance de l'Esprit Saint. Le culte collectif est « l’œuvre commune du peuple de Dieu » donc, par sa nature même, communautaire. C’est le rassemblement d’un peuple inscrit dans le projet de Dieu pour et par son peuple.

Dans une telle optique, le rassemblement cultuel est censé mener à la connaissance de Dieu et de sa Parole. La participation en tant que telle est un moyen important pour arriver à cette connaissance. Il semble donc logique d’en déduire que les enfants doivent être inclus dans le culte et trouver leur juste place(3). Tout ce qui se passe pendant nos rassemblements doit permettre à l’Église, le corps de Christ, de prendre forme au milieu du monde, à devenir visible, à étendre la bénédiction les uns aux autres et à toutes les familles de la terre. C’est dans ce sens que le culte sert à édifier et à construire l’Église, à la rendre apte à sa mission, à permettre à la grâce et à l’amour de Dieu d’être à l’œuvre dans son sein. Le culte sert à construire une réalité communautaire, à édifier le corps, à permettre aux dons individuels de participer à l’édification commune. Dans la mesure de ses possibilités et selon son âge, chaque personne est appelée à s’engager pleinement dans le culte avec tout son cœur, toute son âme, tout son esprit, toute sa volonté et tout son corps. Ainsi, chaque génération, chaque individu, chaque enfant, est censé trouver sa place et son importance dans la présence de Dieu et dans la communauté.

L’appel pressant du Christ à « laisser venir à [lui] les petits enfants » (Mc 13.14), et son affirmation qu’ « en les accueillant nous accueillons le Seigneur lui-même » (Mc 9.37) ne constituent que deux raisons parmi beaucoup d’autres, pour que les enfants puissent trouver leur place lors du culte. Ainsi, non seulement les assemblées auront la joie de leur présence, mais aussi la responsabilité partagée de formation spirituelle et cultuelle de leurs enfants dans la foi chrétienne. En étant présents au sein de l’assemblée, les enfants participent à la réalité du corps du Christ(4) où, en plus d’être enseignés, ils en enseigneront d’autres, eux aussi(5).


Perspectives bibliques

L’Écriture démontre que les enfants font partie intégrante de l’histoire du peuple de Dieu et de son culte(6). Ils sont présents aussi bien aux moments de joie qu’aux moments de souffrance, de faim et de captivité. D’ailleurs, l’image de l’enfant est même utilisée comme métaphore pour décrire la relation entre Dieu et son peuple et la façon dont le peuple devrait se comporter (voir Ésaïe 7.14 ; 9.6 ; 11.6 ; Mc 9.36-37). Michael C. Hawn écrit :

« La continuité entre les métaphores au sujet des enfants dans l’Ancien Testament et l’enseignement de Jésus est remarquable. L’hymne de Marie dans Luc, le chant des anges et de Siméon, tournent tous autour du sujet de Jésus en tant que bébé, et non pas comme figure politique ou militaire. Jésus lui-même se sert d’un enfant pour nourrir une multitude (Jn 6.9). Il les cite en exemple quant à la manière de recevoir le royaume de Dieu (Mt 19.13-15 ; Mc 10.13-14 ; Lc 18.15-17)(7) » .

D’ailleurs, tous les chrétiens sont considérés comme « des enfants » de Dieu (Jn 1.12-13 ; Rm 8.14-17 ; Ga 4.4-7 ; 1 Jn 3.1-2).
Comment les enfants, tout au long de l’Écriture, ont-ils appris à adorer Dieu et à lui rendre un culte agréable ? De plusieurs façons. D'abord, à travers une relation avec des parents qui adoraient Dieu et faisaient partie eux-mêmes d’une communauté de croyants. L’apprentissage se passait aussi à travers l'éducation spirituelle et cultuelle établie dans les rituels des cultes de famille, au Temple, à la synagogue et, à partir du Nouveau Testament, dans les Églises de maisons.

Tout au long de l’Ancien Testament, nous constatons l’aventure entre Dieu et la formation de son peuple : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». On y voit Dieu en train de l’instruire sur la façon de lui rendre hommage avec révérence et respect, sur l’obéissance et le service. Les enfants hébreux faisaient partie de la famille de Dieu(8). Ils ont aussi pu jouer un rôle significatif dans le culte. On peut citer l’exemple du jeune Samuel, un enfant bien compétent qui se mettait au service de Dieu et du prêtre Éli (1 S 3). On note aussi que les enfants ont participé aux moments de rassemblement, de prière et de jeûne (Jl 2.16-17) et à l’écoute de l’Écriture (2 R 23.1-3 ; 2 Ch 34.29-31).

La venue de Jésus inaugure le passage de l’ancienne alliance à la nouvelle. La nouvelle alliance représente l’accomplissement de la promesse à Abraham, l’affirmation des paroles de Dieu par la bouche de Jérémie, la mise en place d’un peuple nouveau (Ga 3.27), l’Église qui va vers toutes les nations. La composition même de ce peuple préfigure la bénédiction finale.

Pour le sujet qui nous concerne, il est important de se souvenir que, dans le Nouveau Testament, l’Église est décrite comme une famille. Parler de cet assemblage de peuples (corps du Christ) évoque les membres d’une famille qui sont appelés ensemble par l'Esprit de Jésus pour écouter la Parole de Dieu et répondre à cette Parole pour être petit à petit formés et transformés à l’image du Christ. Puisque les enfants sont présents lorsque l’Église se rassemble, il importe que leurs besoins et leurs soucis soient aussi intégrés dans la vie cultuelle de l’assemblée.

Leur présence est le début d’un processus qui peut durer toute la vie : celui d’être formés et transformés à l’image du Christ. Pour qu’une telle formation soit efficace, il faut inclure non seulement l’école du dimanche, mais aussi une participation active lors du culte. ...

1. Paul D. Hanson, The People Called: The Growth of Community in the Bible, San Francisco, CA, Harper & Row, 1986, p. 467.

2. Marva J. Dawn, A Royal Waste of Time, Grand Rapids/Cambridge, U.K., Eerdmans, 1999, p. 182.

3. Sonja M. Stewart and Jerome W. Berryman, Young Children and Worship, Louisville, Westminster John Knox, 1989, p. 13.

4. Cet article explore la place des enfants au sein des célébrations cultuelles. Nous ne prétendons pas régler la question de savoir quel est le statut précis des enfants au sein de l’Église.

5. John Heagle, Children in the Worshiping Community, in The Complete Library of Christian Worship VII, Peabody MA, Hendrickson Publishers, 1993, p. 91.

6. Pour une étude plus approfondie, voir l’excellent ouvrage collectif : Jalons pour une théologie de l’enfant, Revue Théologie évangélique Vol. 9, N°1, Charols, Édifac/Excelsis, 2010, p. 11-44.

7. C. Michael Hawn, Why Children Should Worship, in The Complete Library of Christian Worship, VII Peabody MA, Hendrickson Publishers, 1993, p. 100-101.

8. Dans la tradition anabaptiste qui est la nôtre, le nouveau-né et l’enfant non-baptisés font partie de l’Église jusqu’à « l’âge de la raison », « car ils sont sous la protection de Dieu. Lorsqu’ils seront capables d’être responsables de leurs propres actions, ils seront à même de s’approprier la foi de l’Église de façon personnelle » et ceci en passant par les eaux du baptême (Article 11 de la confession de foi dans une perspective mennonite).

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