Le regard de Dieu sur la ville : théologie biblique de la cité

Extrait
Note : 40
( 1 vote )
Les chrétiens peuvent avoir une relation ambivalente à « la ville ». La ville attire certains autant qu’elle en rebute d’autres. D’ailleurs, dans les Écritures, les villes peuvent être décrites, selon les cas, plus ou moins positivement. Dans cet article, l’auteur tente de déceler ce qu’est une « ville » dans la littérature biblique. Plus spécifiquement, il cherche à comprendre pourquoi la ville est fondamentale dans le projet de Dieu pour le monde. En effet, tout comme Dieu aime et a compassion de la ville, ainsi les croyants sont appelés à avoir dans la ville un ministère fructueux.
Le regard de Dieu sur la ville : théologie biblique de la cité

A. Introduction : quelques attitudes chrétiennes sur la ville

En tant que chrétiens, comment pensons-nous la ville ? Quelles images, ou associations, nous viennent en tête quand nous évoquons ce mot, cette idée ? Les chrétiens expriment souvent une attitude négative ou inquiète vis-à-vis des villes. Pour beaucoup, la ville, en particulier, est un lieu où l’immoralité est plus présente qu’ailleurs. On pense immédiatement à Babel, Sodome et Gomorrhe, Babylone, Ninive… La ville est un lieu de dangers, de rejet de Dieu, d’idolâtrie, etc. Et, en même temps, comment, en tant que chrétiens pétris des Écritures, ne pas aussi associer à la notion de « ville » des lieux comme Jérusalem ou « la nouvelle Jérusalem » ?

Clairement, la Bible porte sur « la ville » non un regard unique, mais diversifié. Parfois, selon les cas, un regard sévère, condamnateur, et parfois un regard positif et empreint d’espérance. En effet, dans les Écritures, la ville est à la fois un lieu de promesses et un lieu de mort ; un lieu bon et un lieu propice au mal sous toutes ses formes. C’est un lieu où les disciples de Christ se doivent, en tout cas, d’être présents, pour montrer la compassion et l’amour de Christ.

Gerrhardus Vos a brillamment écrit : « La ville, si elle est un accumulateur d’énergies culturelles, est aussi un accumulateur de puissances du mal(1) ». Cela signifie que la ville a tendance à accumuler les talents des gens et à les maximiser, si bien que les plus belles réussites et créations culturelles sont généralement produites en ville. Mais la ville fait la même chose avec le péché ! Elle agit donc comme une loupe, magnifiant à la fois le meilleur et le pire chez l’être humain.

Dans ce qui suit, je tenterai de déceler, en examinant le regard de la Bible sur la notion de ville, comment nous pouvons, nous aussi, la penser aujourd’hui avec la pensée de Dieu.

B. Les origines de la ville

On pourrait penser que, puisque la première ville est apparue après la Chute, cela indique une vision négative de la cité dans les Écritures : la ville serait une conséquence de la Chute. On pourrait d’ailleurs penser la même chose de la création des outils ou des instruments de musique en Genèse 4. Mais est-ce vraiment le cas ?

Cela pourrait surprendre mais, dans les Écritures, il me semble que le concept de « ville » naît dès le jardin d’Éden. En effet, si on relit Genèse 1-2 à la lumière de ce qui suit, il apparaît que, quand Dieu a demandé aux premiers humains de cultiver le jardin dans lequel il les avait placés, il pensait cet endroit comme un lieu fécond, devant accueillir la croissance et le développement de l’humanité en son sein. Dieu a dit : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » (Gn 1.28). Le jardin d’Éden était donc le lieu où une civilisation devait se développer et vivre abondamment(2).

Ainsi, si les premiers humains étaient chargés de prendre soin de l’endroit, de cultiver la terre et de régner sur le monde animal, le plan de Dieu pour l’Éden n’était pas que l’agriculture. À y regarder de plus près, on remarque que leur mandat était de créer la culture. Dans ce jardin pourvu par Dieu pour le développement des humains, ceux-ci devaient nécessairement établir leurs lieux d’habitation, vivre ensemble, socialiser, travailler, créer, jouer, grandir ensemble…

Avec d’autres, il me semble donc que la vie expérimentée en Éden était censée se développer pour laisser place à une ou des villes. Dieu, comme le disaient Conn et Ortiz(3), avait une intention urbaine pour le jardin d’Éden, parce que les humains n’ont jamais été censés vivre séparément les uns des autres. Grâce à l’eau des rivières (Gn 2.10) et à l’agriculture, les humains auraient pu vivre ensemble dans des villes qui seraient nourries, grandiraient et se développeraient en Éden.

D’ailleurs, dans le Psaume 46.4, le psalmiste envisage quelque chose de tout à fait similaire pour la cité de Dieu : « Il est un fleuve dont les canaux réjouissent la cité de Dieu, le sanctuaire des demeures du Très-Haut. » Cette image est reprise dans l’Apocalypse, dans la description de la nouvelle Jérusalem :

« Il me montra un fleuve d’eau de la vie, limpide comme du cristal, sortant du trône de Dieu et de l’agneau. Au milieu de la grande rue de la ville et sur les deux bords du fleuve, un arbre de vie produisant douze récoltes et donnant son fruit chaque mois. Les feuilles de l’arbre sont pour la guérison des nations. » (Ap 22.1-2).

La ville, l’urbanisation de la société, ne doit donc pas nécessairement être conçue comme un résultat de la Chute, mais comme l’intention de Dieu dès l’Éden. On dit souvent que la Bible commence par l’image d’un jardin et se conclut par l’image d’une ville, et cela est juste. Mais n’oublions pas de dire que le jardin était, dès le départ, censé se développer et s’urbaniser. La ville, si elle est donc apparue après la Chute, n’est pas à proprement parler un résultat de la Chute, et encore moins le lieu de l’absence divine. Bien plutôt, la création de la première ville par Caïn, qui avait été chassé à l’est d’Éden, est indicatrice que Dieu est toujours présent dans sa création et avec ses créatures, qu’il a toujours un projet de vie pour eux et que ses intentions premières, pour l’abondance de la vie des humains, n’ont pas été remises en question par la Chute.

D’ailleurs, si dans la description de la Nouvelle Jérusalem, les conséquences du péché et de l’expulsion d’Adam et Ève sont parfaitement renversées, puisque Dieu et les humains peuvent se réjouir de la vie abondante et harmonieuse les uns avec les autres, les différentes villes, avant même cette réalisation finale, permettent, certes imparfaitement, d’anticiper et d’orienter les regards vers la Nouvelle Jérusalem. C’est ce que je vais tenter de décrire dans ce qui suit.

C. La ville dans l’Ancien Testament

Quelques caractéristiques de la ville

Commençons par déceler comment l’Ancien Testament considère ce qu’est une ville. Quelle sont ses caractéristiques ?  ...

1. Geerhardus VOS, Biblical Theology: Old and New Testament, Grand Rapids, MI, Eerdmans, 1948, p. 295.

2. Skip BELL, « Christ in the City: A Brief Theology », Journal of Adventist Mission Studies, n°10, 2014, pp. 100-102.

3. Harvie M. CONN & Manuel ORTIZ, Urban Ministry: The Kingdom, the City, and the People of God, Downers Grove, IL, IVP Academic, 2001, p. 87.

Vous aimerez aussi

Cet article se situe dans la ligne du document précédent pour un style de vie...
Eglise et monde En nous approchant de cette question, nous nous trouvons tout...
Nous vivons dans l’ère numérique. Internet est devenu si présent, un outil...
Depuis quelques années, les Églises évangéliques de France se font davantage...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...