« Résistez avec les armes de Dieu » : Le combat spirituel de l’Église

Extrait
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Cet article, originellement une intervention orale à Anduze lors de la Convention Chrétienne des Cévennes en octobre 2018, tend à rappeler que le « combat spirituel » ne peut ni ne doit se limiter à un combat individuel. Les forces contre lesquelles se battent les chrétiens, bien que déjà vaincues à la croix, sont trop puissantes pour cela. C’est à l’Église que la tâche est donnée de combattre l’armée des ténèbres. Plus encore, c’est seulement en se revêtant de la panoplie divine que l’Église pourra tenir son rôle. Pastoralement et pratiquement, il s’en suit que nous devons encourager nos communautés chrétiennes à « faire front » face à l’ennemi et à vivre pleinement cette dimension du corps/armée qu’est l’Église.

« Résistez avec les armes de Dieu » :  Le combat spirituel de l’Église

Introduction

Dans la péricope bien connue d’Éphésiens 6.10-20, l’apôtre Paul exhorte l’Église à se penser sur un champ de bataille et à réaliser qu’elle est une armée, engagée dans une guerre sans merci contre les forces du mal, du diable et de ses sbires. Ce n’est pas un combat facile que celui-ci, si bien que le mot d’ordre de Paul, en bon capitaine encourageant ses troupes est « Résistez avec les armes de Dieu » (Ep 6.13).

Cette image d’un champ de bataille où s’affrontent deux armées est saisissante, voire effrayante. Nous pourrions d’ailleurs facilement rechigner à l’utiliser dans nos enseignements et prédications, tant ses associations évidentes à la violence nous donnent des frissons. De fait, il me semble que rares sont les chrétiens qui pensent l’Église ainsi : au front, en première ligne, dans des tranchées, au cœur d’un combat qui fait rage. Si les chrétiens et leurs communautés se veulent pleinement, et à juste titre, actifs dans la cité et dans le monde, pour la proclamation de l’Évangile en parole et en actes, ils oublient parfois qu’ils sont aussi attaqués de toutes parts.

Certes, les chrétiens savent généralement qu’ils sont engagés dans un combat individuel dans leur vie chrétienne. La vie chrétienne n’est pas toujours facile : il n’est pas facile de prier, de résister à la tentation, de faire face aux épreuves de la vie, de pardonner, de croître dans la foi, etc. Et pour beaucoup d’entre eux, la vie chrétienne est un combat en ce sens, un combat contre la chair ou un combat contre le diable. Mais dans notre contexte occidental, pour le moins individualiste, j’ai le sentiment que rares sont les chrétiens qui, s’ils combattent, reconnaissent combien leur propre combat n’est en fait qu’une toute petite partie d’un conflit bien plus large. Les chrétiens sont ainsi souvent comme des soldats qui se battent dans le brouillard, seuls et en aveugle, sans voir les autres soldats autour d’eux qui, sur le même champ de bataille, se débattent eux aussi dans leur coin. Focalisés sur leur propre combat spirituel, ils ne savent pas ou oublient qu’il y a une véritable guerre faisant rage, opposant deux armées entières. Or, cette guerre ne peut se combattre chacun dans son coin.

En Éphésiens 6.10-20, Paul rappelle à ses lecteurs (ou plutôt à ses auditeurs, tant cette épître est indéniablement un sermon, une prédication), que c’est ensemble, en tant que corps de Christ, en tant qu’Église, qu’il faut combattre et résister dans cette guerre spirituelle. Le texte cité ci-après, par son utilisation des pluriels « vous » ou « nous » indique fortement que c’est bien plus à l’Église/communauté qu’à des individus isolés que Paul s’adresse :

« Au reste, soyez puissants dans le Seigneur, par sa force souveraine. Revêtez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir bon devant les manœuvres du diable. En effet, ce n’est pas contre le sang et la chair que nous luttons, mais contre les principats, contre les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les lieux célestes. Prenez donc toutes les armes de Dieu, afin que vous puissiez résister dans le jour mauvais et, après avoir tout mis en œuvre, tenir bon. Oui, tenez bon : ceignez vos reins de vérité et revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussures à vos pieds les bonnes dispositions que donne la bonne nouvelle de la paix prenez, en toutes circonstances, le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu. Priez en tout temps par l’Esprit, avec toutes sortes de prières et de supplications. Pour ce faire, restez éveillés et consacrez-vous toujours assidûment à supplier pour tous les saints ; pour moi aussi, afin que la parole, quand j’ouvre la bouche, me soit donnée pour que je fasse connaître, avec assurance, le mystère de la bonne nouvelle, pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes ; que j’en parle avec assurance comme je dois en parler. »

Un ennemi à l’attaque

Dès le début de ce passage, Paul explique qui se bat contre l’Église. La description de cet ennemi peut effectivement faire trembler les plus courageux et les plus téméraires :

« En effet, ce n’est pas contre le sang et la chair que nous luttons, mais contre les principats, contre les autorités, contre les pouvoirs de ce monde de ténèbres, contre les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les lieux célestes. »

La description qui est faite ici est donc celle de toute la puissante armée diabolique, malveillante et cruelle qui, dans les lieux célestes (c’est-à-dire dans la sphère invisible de notre réalité – mais dans notre réalité néanmoins), combat encore et toujours contre l’Église. Cette armée est composée de « principats », « autorités » ou « pouvoirs », c’est-à-dire d’êtres maléfiques appartenant à la sphère des ténèbres opposée à Dieu(1). Ceux-ci veulent à tout prix faire dévier l’Église de sa course, la faire échouer dans sa mission et son œuvre pour l’avancement du Royaume de Dieu dans le monde.

Pourquoi de telles offensives contre l’Église ? Certainement, ces mêmes forces spirituelles maléfiques, qui avaient placé Jésus sur la croix, pensaient l’avoir vaincu. Or, quelle ne fut pas leur surprise quand elles ont réalisé que la victoire était pour Christ. Oui, contre toute attente, et dans un renversement de situation extraordinaire, c’est ...

1. Sur ce sujet, nous recommandons en particulier les ouvrages suivants : Clinton E. ARNOLD, Powers of Darkness: Principalities & Powers in Paul’s Letters, Downers Grove, IVP, 1992 ; Ibid., Power and Magic: The Concept of Power in Ephesians, Eugene, OR : Wipf & Stock, 2001 ; Andrew T. LINCOLN, « Liberation from the Powers : Supernatural Spirits or Societal Structure ? », in M. Daniel CARROLL R., David J.A. CLINES et Philip R. DAVIES, sous dir., The Bible in Human Society : Essays in Honour of John Rogerson. JSOT Supplement Series, 200, Sheffield, Sheffield Academic Press, 1995, pp. 335-354 ; Peter T. O’BRIEN, « Principalities and Powers and their relationship to Structures », Evangelical Review of Theology 6, 1982, p. 50-62 ; John STOTT, La Lettre aux Éphésiens. Vers une nouvelle société, Mulhouse, Grâce et Vérité, 1995, p. 259-90 ; Walter WINK, Naming the Powers. The Language of Power in the New Testament, Philadelphia, PA, Fortress, 1984 ; Ibid., Unmasking the Powers : The Invisible Forces that Determine Human Existence, Philadelphia, PA, Fortress, 1986 ; Ibid. Engaging the Powers: Discernment and Resistance in a World of Domination, Minneapolis, MN, Augsburg Fortress, 1992 ; John H. YODER, Jésus et le politique. La radicalité éthique de la croix, Lausanne, Presses Bibliques Universitaires, 1984, p. 125-250.

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