« Qu’est-ce que la vérité ? » Cette question, posée avec un mélange de cynisme et de lassitude par Pilate face à Jésus, n’a jamais semblé aussi contemporaine. Au 21e siècle, cette interrogation n’est plus une joute philosophique ; elle est devenue un défi de survie numérique.

Nous sommes entrés dans l’ère de la contrefaçon généralisée. Que ce soit une chanson de Stromae générée par intelligence artificielle (IA) que l’artiste n’a jamais interprétée, ou un chanteur virtuel comme Solomon Ray, qui émeut des milliers d’auditeurs sans exister physiquement, nos sens sont constamment trompés. Avec la saturation des réseaux sociaux et la puissance des algorithmes, la vérité semble condamnée à une lutte pour exister au milieu de « réalités alternatives ».
Comme souligné lors d’un colloque sur les Fake news*, les sociétés contemporaines ne font pas seulement face à une crise de l’information, mais aussi à une crise de la relation. Le mensonge est devenu une arme de guerre et notre cerveau, par soif de réponses simples ou par fatigue, est devenu particulièrement vulnérable aux récits qui confirment nos préjugés.
Face à ce déluge, s’informer demande de la méthode. Pour éviter les pièges, quelques réflexes permettent de reprendre le contrôle : d’abord, diversifier ses sources pour ne pas s’enfermer dans une « bulle » d’information, alimentée par des ressources qui confortent notre opinion. Ensuite, remonter à l’origine d’une information ou d’une image avant de la considérer comme vraie, surtout si elle provoque une émotion forte, comme la colère ou la peur. Enfin, apprendre à suspendre son jugement, plutôt que de relayer une information douteuse, est le premier pas vers une hygiène numérique responsable.
Dans le monde de l’information, les journalistes disposent d’une « loi » éthique : la Charte de Munich de 1971. Elle rappelle des devoirs essentiels : respecter la vérité, vérifier l’origine des informations et rectifier ses erreurs. Comme le souligne la journaliste britannique Jenny Taylor, le journalisme, quand il poursuit correctement sa mission, possède une « dimension sacrée ». En s’efforçant de restaurer la dignité du réel contre les simulacres, le professionnel répond à sa mission : contribuer à la manifestation de la vérité, au bien de tous et à la justice.
À l’heure où chacun, d’un simple clic, devient un émetteur d’information, ces devoirs professionnels peuvent devenir une éthique quotidienne pour tous.
*Colloque organisé en mai 2025 par le Centre d’enseignement et de recherche interdisciplinaire évangélique (CERIE).