L’amour plus fort que la haine

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Quand le pardon débouche sur quelque chose de plus beau encore…
L’amour plus fort que la haine
Je m’installe confortablement dans le siège coloré de l’avion. Direction la Guadeloupe. Au lieu de me réjouir de voler vers l’île de mon enfance, mon cœur est serré, noué, étranglé. Je m’étais promis de ne plus jamais y remettre les pieds tant que mon père vivrait.
J’ai souvenir de belles années où je me revois sur les épaules de mon père descendant la rue pour aller au cinéma. Un jour tout a basculé lorsque l’alcool s’est emparé de mon père. Du haut de mes huit ans, j’assistais tous les week-ends à des scènes de violence, de cris, de coups. La peur, la souffrance et l’insécurité s’étaient installées chez nous.

Une découverte incroyable

Un jour, tous les enfants du quartier ont été invités à un club. À travers les histoires de la Bible, j’y ai découvert quelqu’un d’incroyable, capable de fermer la gueule d’un lion pour sauver un homme qui l’aimait. Cette personne incroyable était Dieu. J’ai compris que s’il l’avait fait pour les hommes et les femmes de la Bible, il pouvait le faire pour moi aussi ! J’ai rapidement accepté que Dieu fasse partie de ma vie. J’avais tellement besoin d’un protecteur.

Une protection surnaturelle

L’occasion ne s’est pas fait attendre. Quelques mois après, nous sommes réveillés par des bruits de meubles jetés contre les murs du salon. Cris. Injures. Nous descendons tous. Papa, furieux, fait face à maman, un coutelas à la main, prêt à le planter. Dans un cri de détresse, j’entends ma mère invoquer Dieu, réclamant la protection au nom de son fils Jésus. Et nous assistons en silence à l’extraordinaire : papa est bloqué net, il ne peut plus avancer. Une barrière invisible s’est dressée. Le coutelas tombe sur le sol. On n’en croit pas nos yeux. Que s’est-il passé ? Nous venons d’assister en direct à la protection divine.

La rupture

À partir de ce jour-là, les coups ont été moins violents. Jusqu’à une certaine explosion que je n’ai plus pu supporter. Ce soir-là, après la violence des mots et des gestes, notre père nous a mis dehors. Ma sœur et moi avons passé la nuit dans une voiture abandonnée. Le lendemain, nous avons été complètement décontenancées quand nous avons vu mon père et ma mère calmement assis sur le banc bleu dans la véranda. Mon père la tête sur les genoux de ma mère, tel un couple uni et amoureux comme au premier jour. Une haine indescriptible est montée en moi : « Quoi ? Un jour violence, un jour amour ? Ce n’est pas possible, il se moque de nous. Nous faire souffrir physiquement et moralement et ensuite jouer le mari et le père parfait ? Je suis complètement écœurée, dégoûtée. Je ne peux plus le supporter. »
À partir de ce moment, tout ce que mon père fait me donne la nausée. Je jette tout ce qu’il touche dans la maison. Je ne supporte plus aucun contact avec lui.

La fuite

Juste avant mes 18 ans, je rejoins ma sœur qui m’invite en métropole. Heureuse de fuir cette vie, cette maison, tout ce qui me rappelait mon père. Les années s’enchaînent en région parisienne avec un travail d’aide-soignante et la rencontre du père de nos cinq beaux enfants. Enfin, j’oublie mon père et ma haine. J’intègre une Église. Entourée de cette famille spirituelle, j’apprends avec plaisir à connaître ce Dieu bienveillant qui m’avait protégée et qui veut m’amener à le connaître davantage.

Le coup de massue

Lors d’une étude de la Bible, deux phrases me percutent : « Tous ceux qui détestent un frère ou une sœur sont des assassins, et, vous le savez, un assassin n’a pas en lui la vie avec Dieu pour toujours » et « Si quelqu’un dit : “Je suis dans la lumière”, mais s’il déteste son frère ou sa sœur, celui-là est encore dans la nuit. » Mon frère ? C’est mon prochain. Ne serait-ce pas mon père aussi ?
« Ah non, Seigneur, ça ne va pas recommencer. Aimer mon père, non ! C’est lui qui a tort, c’est à lui de me demander pardon. Ma souffrance et ma haine sont légitimes, vu tout ce qu’il m’a fait souffrir. » Ce jour-là, le recoin de mon cœur où j’avais voulu étouffer ma haine s’est rouvert, toujours à vif.

Négociation avec Dieu

Dieu commence alors avec douceur à me convaincre que je ne pourrai pas progresser dans ma foi, tant que je n’aurai pas fait ce pas. En bonne négociatrice, je lui propose d’envoyer tout simplement une lettre à mon père pour lui dire que je lui pardonnais. Après 12 années, un courrier serait plus simple et cela suffirait pour que ma conscience soit soulagée. Je me disais aussi que je n'avais de toute façon pas les moyens d’aller jusqu’aux Antilles avec mes cinq enfants. Mais Dieu le voulait ! En l’espace de quelques jours, mon frère m’informe qu’il va rentrer pour reprendre l’exploitation de mon père et me propose de l’accompagner en payant une partie de mon billet. Ma mère m’assure qu’elle s’occupera avec plaisir des enfants avec mon mari. Je n’ai plus le choix. Dieu conduit les choses. Je dois obéir et lui faire confiance.

La rencontre redoutée

Il est 4 h 30 du matin quand nous atterrissons. Il fait encore sombre mais nul besoin de clarté pour voir défiler devant mes yeux tous les souvenirs douloureux que me rappellent les rues, les maisons, les objets. Nous rentrons dans la maison familiale. Elle n’est pas entretenue, elle dégage des odeurs mélangées de saleté, de tabac et d’alcool. Mon père descend pour nous accueillir. Je suis dos à l’escalier. J’entends le bruit de ses chaussons qui raclent le sol. Il s’approche. Je suis tétanisée. Dans mon cœur, je hurle un « Au secours, Seigneur, je n’y arriverai jamais ! » Je sens sa main sur mon épaule et me retourne. Je découvre un homme qui a vieilli. Un incroyable sentiment de compassion s’installe en moi.
S’ensuit plusieurs heures de discussions sur le fameux banc de la véranda. Il y a bien des années, il avait allumé en moi haine et dégoût pour mon père, aujourd’hui, il est le témoin de notre discussion de père à fille et de mes mots : « Père, je t’ai pardonné. » Durant tout mon séjour, j’ai préparé les repas, nettoyé la maison, lavé son linge. Et moi qui jetais auparavant tout ce qu’il touchait !

Plus que je ne l’espérais

Dix années : c’est ce qui allait rester de vie à mon père sur cette terre. J’ai continué à revenir régulièrement le voir en Guadeloupe. Il a eu du mal à se débarrasser de l’alcool, jusqu’au jour où il a perdu une jambe à cause d’un début de gangrène. C’est là qu’il a compris que Dieu l’avait mis dans un fauteuil roulant pour qu’il ait le temps de réfléchir. Sans ses deux jambes, il n’a pas pu continuer d’aller dans les bars et ses amis l’ont quitté. Mais une Bible s’est ouverte quotidiennement sur sa table. Dieu touchait son cœur. L’amour de ses enfants le touchait aussi. Quatre mois avant qu’il nous quitte, il me confirme avec émotion qu’il s’est mis en règle avec Dieu. Un soir de décembre, un de mes frères propose de filmer son message pour sa famille en métropole : « Dis à ta maman que je lui demande pardon pour le mal que je lui ai fait subir. Si elle veut revenir chez elle, elle peut. » Nous avons vu dans son regard qu’il nous demandait pardon. Au mois de février, la maladie l’a emporté.

Ce que j’ai compris

Pardonner, c’est obéir à Dieu. De plus, cela soulage et cela libère, même si c’est dur. Je crois fermement que Dieu a un plan encore plus grand : le salut de celui à qui nous pardonnons. Si je n’avais pas gardé contact avec mon père, lui montrant que je l’aimais malgré tout, se serait-il tourné vers Dieu ? Ne pardonnons pas « juste pour nous », pour être en règle avec Dieu, mais allons jusqu'à demander la restauration de la relation de l’autre avec Dieu.
J’avais souvent demandé au Seigneur de le faire mourir. Cela aurait pu arriver plusieurs fois au milieu des bagarres et des coups de couteaux. Dieu ne l’a pas permis, Dieu voulait qu’il vive, pour l’éternité.
Pour aller plus loin : 1 Jean 3.15 ; 2.9



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