Le Saint-Esprit et l’Église

Extrait Divers

Cet article est tiré de l’ouvrage de Graham Tomlin, The Prodigal Spirit , qui présente différentes dimensions de l’œuvre du Saint-Esprit (1) . Il a été traduit de l’anglais par Raymond Pfister.

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Un groupe de chrétiens de Washington DC s’était réuni dans le but d’implanter une nouvelle église. Pour ce faire ils ont soulevé un certain nombre de questions aussi fondamentales que judicieuses. La première question était : quelle est la mission de cette église ? En d’autres termes, quelle est sa vocation ? Quelle est sa raison d’être ? Quel est son objectif premier ? La deuxième question était : avec quel genre de communauté peut-on s’investir dans une telle mission ? La troisième question était : de quelles disciplines spirituelles va-t-on avoir besoin pour mener à bien cette mission ? Ce faisant, ils ont probablement posé les questions dans le bon ordre. Ils ont commencé avec la mission de l’église, puis se sont interrogés sur la forme que l’église devrait prendre pour être au service de cette mission, et enfin sur le genre de pratiques qui leur permettraient effectivement d’avoir un impact à long terme, pour ne pas se contenter d’en parler. Trop souvent les églises se sont posées ces questions dans le sens inverse – ils ont d’abord adopté une certaine forme et structure pour l’église, reflétant souvent ce qui s’était fait de par le passé. Leur approche des disciplines spirituelles était avant tout une façon de préserver le format préétabli. Et enfin, pour ainsi dire après-coup, on s’est rapidement demandé quelle serait l’objectif ou la mission qui correspondrait à la vocation de cette église (souvent étonnés du coup que le côté mission ne marche pas très bien).

Il est important de ne pas se tromper sur la relation entre missiologie et ecclésiologie. Si nous voulons que l’église garde le cap avec une claire orientation, il faut nous assurer que sa vocation passe avant son caractère institutionnel, ou pour le dire dans un langage plus théologique, il faut que la missiologie façonne l’ecclésiologie, et non l’inverse. La forme de l’église est ainsi au service de son objet. Il y a bien sûr des limites à cela. Les premiers Pères de l’église insistaient sur le besoin de continuité, afin que la « tradition» de l’église soit à la fois l’enseignement apostolique qui a été transmis de génération en génération, ainsi que certains des moyens dont elle s’est servie pour la communiquer, car tout n’est pas bon à prendre. Il y a une bonne raison théologique pour qu’une génération ne soit pas libre de changer entièrement ce que la génération précédente a fait ou utilisé. La raison, c’est que même si de quelque manière elle a pu changer d’âge en âge et d’un contexte à l’autre, la mission de l’église est restée fondamentalement la même : rendre témoignage à Dieu et au règne du Christ dans la puissance de l’Esprit. C’est ce que les grandes théologies systématiques de l’église ont reconnu. La Summa Theologica de Thomas d’Aquin commence avec la nature de Dieu et la vocation de l’humanité avant de décrire la forme de l’existence humaine et de la vie chrétienne, pour enfin conclure avec la forme de l’église. L’ Institution de Calvin suit un modèle similaire en commençant avec Dieu, Créateur et Rédempteur, avant de réfléchir à la grâce du Christ et à comment on la reçoit, pour enfin considérer par voie de conséquence la nature et la forme de l’église.

Il y a un juste équilibre à trouver entre la continuité et le changement. Placer la mission de Dieu et donc la mission de l’église avant sa forme et sa structure fournit un critère d’appréciation pour savoir ce qu’il convient de garder et ce qu’il convient de changer dans une église qui traverse les cultures et les époques. C’est là qu’intervient la troisième question, celle relative aux disciplines spirituelles. Il y a des aspects de l’église sous sa forme précédente, parmi ses disciplines spirituelles et ses pratiques, qui peuvent l’aider dans sa mission à rester concentrée sur sa véritable identité ; et cela de manière à permettre à ceux qui sont à l’extérieur de l’église (tout comme ceux qui sont à l’intérieur !) d’y entrer et de la trouver intelligible et connectée à la vie présente. Il peut cependant exister aussi des aspects de sa forme et de ses pratiques présentes qui entravent sa mission et sa capacité à s’exprimer et à attirer ceux qui s’en sentent éloignés.

Nous avons examiné les questions d’identité et de vocation dans l’optique d’une théologie de l’Esprit prodigue. Cela nous donne une idée claire de notre raison d’être : s’associer au Saint-Esprit par qui Dieu nous tend la main, à sa mission dans le monde, afin de l’amener à son accomplissement en Christ. L’église est donc la communauté qui tout au long de l’histoire a eu pour responsabilité d’annoncer cette nouvelle création qu’elle incarne, étant elle-même une communauté où les gens peuvent être transformés pour accomplir le dessein que Dieu a conçu pour eux et en relation avec lui. L’église est née le jour de la Pentecôte. Elle a été fondée quand l’Esprit est descendu sur les disciples rassemblés dans une petite chambre haute à Jérusalem. Les chrétiens l’ont toujours reconnu. Le rassemblement des disciples en tant que tel, même avec la présence physique de Jésus (ils se sont bien sûr réunis souvent en tant que groupe auparavant), n’était pas l’église avant la venue de l’Esprit. L’église s’est constituée avec l’Esprit envoyé du Père par l’intermédiaire du Fils. L’église est née avec la venue de l’Esprit, pas avant. L’Esprit prodigue procède du cœur de Dieu pour inclure la création dans l’amour du Père pour le Fils ; il a choisi à cet effet une communauté de personnes pour répondre à cette vocation. C’est pourquoi la mission est tellement importante pour notre compréhension de l’église, et c’est pourquoi la mission doit déterminer la forme de l’Église dans toutes les cultures. Bien entendu, les cultures changent. Rien de nouveau à cela. L’article 34 des Trente-Neuf Articles de Religion de l’église anglicane (que l’on trouve aussi dans le texte original des 42 Articles de Thomas Cranmer) affirme : « Il n'est pas nécessaire que les traditions et les cérémonies soient identiques et tout à fait semblables en tous lieux, car elles ont toujours été diverses, et elles peuvent être modifiés en fonction de la diversité des pays, des époques et des mœurs des hommes, de sorte que rien ne soit ordonné qui soit contraire à la Parole de Dieu. » Se pose donc la question s’il existe des marqueurs, des points fixes, des directives aidant à décrire ce qu’une église doit être pour accomplir sa mission de communauté de l’Esprit, cela indépendamment de la culture dans laquelle elle se trouve ?

Une façon traditionnelle de comprendre la nature de l’église a consisté à l’examiner à travers le prisme des quatre aspects distinctifs de l’église tirés de l’énoncé du Symbole de Nicée : nous croyons à l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. L’identité de l’Église se trouve dans son Unité, Sainteté, Catholicité et Apostolicité. Ces quatre caractéristiques peuvent donner l’impression d’être statiques, figées et immuables. En fait, elles ne peuvent jouer leur rôle qu’à partir du moment où elles sont comprises à la lumière d’une théologie telle que nous l’avons développée ici. En d’autres mots, ces quatre marques ou signes de l’Église doivent passer par le filtre de la pneumatologie trinitaire et eschatologique que nous avons explorée. La mission de Dieu pour le monde consiste à le ramener dans le Royaume de son amour afin d’en faire une nouvelle création. Ces quatre marques de l’église doivent être considérées comme une réponse à la question fondamentale : quel genre de communauté est nécessaire pour prendre part à la mission de Dieu pour le monde ? Quelle est la réponse ? Elle doit être une, elle doit être sainte, elle doit être catholique et elle doit être apostolique.

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Auteurs
Graham TOMLIN

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Nous avons publié dans Hokhma No 104 (2013), le premier chapitre de cet excellent livre, publié à Londres en 2011 par St Paul’s Theological Centre : “Le Saint-Esprit et l’identité”. Nous publions ici le septième et dernier chapitre. Pour information, voici les autres chapitres : 2. The Holy Spirit and Calling ; 3. The Holy Spirit and Experience ; 4. The Holy Spirit and Character ; 5. The Holy Spirit and Evangelism ; 6. The Holy Spirit and the World.

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