24 juin 1855. Ruben Saillens : pasteur, poète et citoyen actif

publié le 24 June 2014 à 00h01 par José LONCKE

24 juin 1855, naissance de Ruben Saillens (1855-1942)

24 juin 1855. Ruben Saillens : pasteur, poète et citoyen actif

Pasteur protestant et poète du protestantisme, Ruben Saillens, a été un citoyen actif dans l’espace public. Ami du peuple, ardent républicain, il a plusieurs fois, par conviction, adopté des positions dont certaines ne pouvaient lui valoir que des ennuis.

Ruben Saillens et sa famille ont demeurés pendant une vingtaine d’années à Courbevoie, dans le quartier de Bécon, au 1er rue de la liberté (1).

L’homme
Ruben Saillens fut pasteur protestant baptiste, mais également évangéliste, écrivain et poète, fondateur d’œuvres français. Il est né à Saint-Jean-du-Gard le 24 Juin 1855. Cet orateur brillant, ce chantre prolifique, a marqué son temps, et domine l’histoire de son église. Il dépasse le strict cadre de son église, constituant une importante figure du protestantisme tout entier, en particulier pour les années 1880-1930 (2).
N’est-il pas l’auteur de la Cévenole, l’hymne protestant par excellence dans ces années-là. Son éloquence, ses Récits et allégories, ses nombreux cantiques (son recueil Sur les ailes de la foi), lui assurèrent une forte influence dans le protestantisme et au-delà.

Le poète
Si ce poète ne se trouve dans aucune anthologie classique, c'est parce qu'il a consacré sa lyre à Jésus-Christ seul. Mais à la lecture de quelques-uns de ses vers on verra qu'il n'aurait pas usurpé un siège au Parnasse.

Pour lui seul

O Toi qui tiens le monde abrité sous ton aile,
Toi qu'un siècle révèle au siècle qui le suit,
Que pourraient ajouter à ta gloire éternelle,
Les chants d'un pèlerin qui marche dans la nuit ?

J'ose à peine chanter, mais j'ose moins encore
Me taire, ô Dieu d'amour qui me créas deux fois !
Reçois donc l'humble encens d'un pécheur qui t'adore
Depuis que son regard a rencontré la croix !

A Toi seul qui guéris, à Toi seul qui pardonnes,
Je consacre ma vie et mes chants ici-bas,
Et ne veux désormais te tresser des couronnes
Qu'avec des fleurs, ô Christ écloses sous tes pas !

 

Le don parfait

Pour l’an nouveau qu’apporter en offrande
Au bienfaiteur de tous mes ans passés ?
Tout ce que j’ai ne serait pas assez,
C’est plus et mieux qu’un tel amour demande.

Le don parfait, les Mages, à genoux,
Devant la crèche, au Rédempteur l’offrirent,
Rendant ainsi l’or, l’encens et la myrrhe
Dignes d’un Dieu qui vient mourir pour nous.

La pauvre Veuve, à la porte du Temple,
En même temps que son obole, offrit
Le don parfait qui toucha Jésus-Christ
Et dont Il fit un immortel exemple.

Quel est ce don si rare et si précieux ?
Que rien, sans lui, ne plait au divin Maitre ?
Ah ! C’est mon cœur, c’est ma vie et mon être !
Seigneur, c’est moi tout entier, que Tu veux !

 

Le retour du Seigneur

 Hormis le Père seul, nul ne connaît d’avance
L’heure où le Maitre vient ; mais le bruit de ses pas
Se rapproche… prions et ne faiblissons pas !
La force des héros est dans leur patience.

Prouvons-Lui notre amour par notre vigilance,
Soit qu’Il vienne le soir lorsque nous serons las,
Ou vers minuit, à l’heure où nous dirons tout bas :
« Seigneur, le ciel est noir et longue est Ton absence ».

Peut-être viendra-t-Il à l’heure du réveil,
Lorsque le chant du coq, saluant le soleil,
Rappelle au laboureur sa tâche coutumière.

Ou peut-être sera-ce aux splendeurs du matin,
Que nos yeux, étonnés d’un surcroit de lumière,
Interrogeant les cieux, l’apercevront enfin !


La grâce

Est-il bien vrai que Tu pardonnes,
Seigneur, un pécheur tel que moi ?
Est-il bien vrai que Tu me donnes
Tout ton ciel pour un peu de foi !
Quoi ! ce passé qui m'humilie,
Ce noir passé plein de folie,
Ton amour l'aurait effacé,
Pareil à quelque affreux nuage
Qui semblait tout gonflé d'orage
Et qu'un souffle aurait dispersé ?

Mais, grand Dieu ! pourquoi douterais-je ?
Ton nom n'est-il pas : Charité ?
Pardonner est le privilège
De la suprême majesté
Pour satisfaire Ta justice,
Voici l'Agneau du sacrifice :
Ton Fils qui fut livré pour moi !
Amour qui passe toute chose,
Ton Sang versé gagne ma cause
Et me rend libre par la foi !

O grâce, grâce imméritée !
Amour profond comme la mer !
Lorsque mon âme est attristée,
Par quelque souvenir amer,
Il me suffit d'une parole,
Pour que toute crainte s'envole :
Pauvre pécheur, regarde et crois,
Crois à l'amour qui seul demeure !
O Christ, que je vive et je meure
Le regard fixé sur ta croix !

 

Il est une Patrie…

Il est une Patrie, au-delà du tombeau,
Où par les deuils cruels, l’âme n’est pas meurtrie,
Pays du grand-revoir, ô séjour de la Vie
Si pur, si beau,
Quand verrais-je briller ta lumière bénie,
Monde nouveau ?

Bientôt l’heure de l’éternel Revoir.
Je les retrouverai, ceux qu’ici-bas je pleure !
Ils accourront au seuil de la sainte demeure
Me recevoir…
Par ta grâce, ô Jésus, que je vive et je meure
Dans cet espoir. !

En avant et courage ! Souffre, car c’est la loi ;
Laisse Dieu, par l’épreuve, achever son ouvrage ;
Sois fidèle, ô chrétien, jusqu’au bout du voyage !
La porte va s’ouvrir pour te livrer passage,
Jusqu’à ton Roi !

 

Libre pour servir

Laissant derrière toi le monde et ses faux dieux,
Racheté du Seigneur, suis-le sans peur ni doute !
La colonne de flamme illumine ta route
Et ton Roi te nourrit d’un pain mystérieux.

Puisqu’i t’a délivré d’un servage odieux,
Adore-Le, ce Roi, sers-Le coûte que coûte !
Il t’aime, Il te connaît, Il te voit, Il t’écoute ;
Avec Lui le désert est la porte des Cieux !

Offre-Lui ta joyeuse et libre obéissance !
Qu’il fasse, en ta faiblesse, éclater Sa puissance,
Qu’il soit ton Maître, Lui qui fut ton serviteur !

Ainsi de tout ton cœur, sers de toute ton âme,
Le Dieu qui se fit homme, et, sur le bois infâme,
De ceux qui t’y clouaient devint le Rédempteur !

 

Les bras du Père

Il est une montagne, où des bouts de la terre,
On voit tous les blessés de la vie accourir,
Ils y trouvent la paix au milieu de la guerre,
Et le baume divin qui peut seul les guérir.

Là se dresse, dans sa majesté solitaire,
La croix où l’Homme-Dieu pour nous voulut mourir.
Lève les yeux, pécheur ! Tes larmes vont tarir :
Ici brille pour toi la Grâce salutaire !

Et dans cette clarté, vive et douce à la fois
Tu verras, suspendus aux deux bras de la Croix,
Tous les biens que ton cœur regrette ou qu’il espère :

Le pardon, le bonheur, l’amour, la sainteté,
Tout cela s’offre à toi dans l’immortalité,
Car des deux bras ouverts ce sont les bras du Père.

 

Je t’appartiens !

Tel que je suis-je t’appartiens,
Mon Sauveur, mon Ami, mon Maître !
De tout mon cœur, de tout mon être,
Jésus, je suis des tiens !

Dès l’aube heureuse de mes jours,
sans retard, sans peur, sans réserve,
Seigneur que je t’aime, te serve,
Et te suive toujours !

Je veux vivre, dans ta clarté
Je veux lutter pour ta justice
Et je me voue à ton servie,
En pleine liberté !

Pour la Vérité, pour le Droit,
Pour que ta Croix, partout rayonne,
Pour toujours à Toi je me donne ;
Seigneur accepte-moi !

 

La parole éternelle

O Parole éternelle, ô clarté salutaire
Qui brille sur mes pas, dans nuit de la terre 
Pain descendu du ciel, douce manne du cœur
Épée à deux tranchants qui rend toujours vainqueur

O voix du Sinaï, qui condamne et qui tonne
O voix de Golgotha, qui console et pardonne
Double éclat de la Grâce et de la Vérité
Baiser de la justice et de la Charité

Miroir où du Très-Haut la splendeur se révèle
Source pure où la vie, à flots se renouvelle
Infaillible témoin des siècles écoulés

Seul  roc debout parmi tant d’autres écroulés
Livre sacré, dicté par la voix de Dieu même :
Mon guide, mon conseil, ma Bible enfin, je t’aime !

 

Reste avec moi

Reste avec moi! C’est l’heure où le jour baisse.
L’ombre grandit…Seigneur, attarde-toi!
Tous les appuis manquent à ma faiblesse:
Force du faible, ô Christ, reste avec moi!
Le flot des jours rapidement s’écoule;
Leur gloire est vaine et leur bonheur déçoit;
Tout change et meurt, tout chancelle et s’écroule…
Toi qui ne changes point, reste avec moi!
J’ose implorer plus qu’un regard qui passe;
Viens, comme à tes disciples, autrefois,
Plein de douceur, de tendresse et de grâce,
Et pour toujours, Seigneur, reste avec moi!
Heure après heure, il me faut ta présence!
Le tentateur ne redoute que toi;
Qui donc prendrait contre lui ma défense?
Dans l’ombre ou la clarté, reste avec moi!

 

Debout Sainte cohorte

Debout, sainte cohorte, soldats du Roi des rois!
Tenez d’une main forte l’étendard de la croix.
Au sentier de la gloire Jésus-Christ nous conduit;
De victoire en victoire Il mène qui Le suit.
La trompette résonne: debout, vaillants soldats!
L’immortelle couronne est le prix des combats.
Si l’ennemi fait rage, soyez fermes et forts;
Redoublez de courage s’il redouble d’efforts.
Debout pour la bataille, point de trêve aux vaincus!
Si votre bras défaille regardez à Jésus!
De l’armure invincible soldats, revêtez-vous;
Le triomphe est possible pour qui lutte à genoux.
Debout, debout encore! Luttez, jusqu’au matin;
Déjà brille l’aurore, à l’horizon lointain.
Bientôt jetant nos armes aux pieds du Roi des rois,
Les chants après les armes, le trône après la croix

 

Amour qui m'entraînes

Amour qui m'entraînes, me lies,
Comme à la mer va le ruisseau !
A toi j'abandonne ma vie
Pour la retrouver, élargie,
Dans un monde nouveau !

Lumière qui chasses le doute !
Tes rayons, dans l'obscurité,
Suffisent à montrer la route,
Et bientôt je te verrai, toute,
Parfaite Vérité !

O joie austère et méconnue...
Des pleurs qu'illumine la foi !...
Je vois briller l'arc dans la nue,
Et j'attends en paix la venue
De mon céleste Roi !

 

Dès que l'aube dépose

Dès que l'aube dépose
Ses perles sur les fleurs,
Dès que s'ouvre la rose
Aux brillantes couleurs,
Dès que l'ombre s'efface
Devant le jour qui luit,
A l'œuvre, le temps passe !
A l'œuvre avant la nuit !

Quand le soleil inonde
Et remplit le ciel bleu,
Illuminant le monde
De ses rayons de feu,
A l'œuvre sans relâche,
A l'œuvre, le jour fuit !
Si pénible est la tâche,
Bientôt viendra la nuit !

A cette heure indécise,
Où le jour disparaît,
Où murmure la brise
A travers la forêt,
Quand le couchant se dore
Et que s'éteint le bruit,
Frères, à l'œuvre encore,
Voici, voici la nuit !


Doux agneau sans tache

Doux Agneau sans tache
Qui mourus pour moi,
Ton amour m'arrache
Au monde, à sa loi.
Son néant sonore
Ne me tente plus :
C'est toi que j'adore,
Toi seul, ô Jésus !

A tes pieds, j'immole
Mon orgueil, Seigneur,
La dernière idole
De mon pauvre cœur.
Ici j'abandonne
Mes fausses vertus,
Ici je me donne
A Toi seul, Jésus !

Ta mort volontaire
Me rend immortel ;
Je meurs à la terre
Pour renaître au ciel.
O bonheur suprême !
O chants des élus !
Oui, c'est toi que j'aime,
Toi seul, ô Jésus !

 

Au Jourdain

O Fleuve dont les flots  devant l’arche de Dieu,
S’ouvrirent pour livrer passage à ses armées,
Fleuve illustre et sacré dont le juif en tout lieu
Exilé, cherche encor les rives bien-aimées.

Toi qui vis, à la voix du Prophète, accourir
Un peuple de pécheurs, naufragés de ce monde,
Qui venait, las de vivre, et craignant de mourir,
Laver, en s’y longeant, ses péchés dans ton onde ;

Lorsque sur ton rivage apparut, ô Jourdain,
Parmi les péagers le Maître saint et juste,
Pourquoi ne vit-on pas tes flots, taris soudain,
Faire un chemin royal devant son pas auguste ?

Mais non ! Lui qui dompta les vagues en courroux,
Voulut s’ensevelir dans ton onde souillée.
Au baptême, il voulut se soumettre avec nous :
Divine Majesté pour nous humiliée !

Alors, le ciel s’ouvrit, son front humide encor,
Resplendit, et sur lui reposa la Colombe ;
Et Dieu bénit son Fils qui,  pour vaincre la mort,
D’avance, et librement, se vouait à la tombe !

 

Oui, Ton amour est un amour sublime

Oui, Ton amour est un amour sublime,
Il est plus haut que la plus haute cime
Et que l'azur insondable des cieux.
Comment pourrais-je, ô Dieu, vers cet abîme,
Lever les yeux ?
 
Oh ! quel amour ! Il m'entoure, il m'inonde.
C'est une mer calme, pure, profonde,
Qui se déroule aux regards de ma foi.
Doux océan, que murmure ton onde ?
« Pour toi ! pour toi ! »
 
Oui, c'est pour moi, je le crois et j'adore.
O Christ Sauveur ! qu'il retentisse encore,
Ce mot divin, ce mot de Ton amour,
Redis-le moi jusqu'à la douce aurore
De Ton retour


La porte de la grâce
 
Le ciel était voilé,
La route était obscure.
Voyageur désolé,
J'errais à l'aventure.
Chaque arbre du chemin
Etait une menace
Et je cherchais en vain
La porte de la grâce.
           
Enfin, las et transi,
Je tombai sur la route
En disant: "C'est ici
Que je mourrai sans doute",
Quand un rayon des cieux,
Pour moi perçant l'espace.,
Vint montrer à mes yeux
La porte de la grâce.
 
Et je vis sur le seuil,
Debout dans la lumière,
Jésus! Quel doux accueil
Il fit à ma misère!
"Je t'attendais. Pourquoi,
Dit-il, pauvre âme lasse,
Viens-tu Si tard? C'est moi,
Jésus, qui suis la grâce.

Plagié par Tolstoï
Dans son recueil,  Récits et allégories, se trouve un conte de Noël qui eut une singulière fortune. C’est l’histoire d’un savetier : le Père Martin. Le conte, traduit en russe, fut adapté par Léon Tolstoï. Le récit parut par la suite, par erreur sous le nom de l’illustre romancier russe. Une lettre du 20 mars 1899 en fait foi :
« … à mon grand regret, je me suis rendu coupable envers vous d’un plagiat involontaire. C’est avec le plus grand plaisir que je constater par cette lettre, que mon récit n’est qu’une adaptation à la vie russe de votre admirable récit : « Le Père Martin… ».

Ardent républicain
Il n’oublia jamais le moment émouvant où il entendit proclamer la république en 1870 :

« Un homme lisait une proclamation dont je n’entendais pas un mot, mais qui se terminait par ces cris : « Vive la République ! » Non, jamais je ne pourrai rendre ce qui se passait en moi lorsque de 100 000 bouches, s’élança ce cri terrible et solennel, comme un défi à la tyrannie et à l’invasion ».


Profondément républicain démocrate et patriote, il écrivit ce texte, sur à la fois la défaite de 1870 et la République, intitulé, Quatre-Vingt-Neuf :

La France avait, en des temps plus prospères,
Quatre-vingt-neuf départements.
Mais en un jour qui vit tomber nos pères,
Trois sont échus aux Allemands.
Sedan ! pour vous cette date est lointaine,
Retenez-la bien, petits ! Mais si le sort
Nous a ravi l’alsace et la Lorraine,
Sachez qu’il reste une autre date encor !

Quatre-vingt-neuf ! soleil de notre histoire !
C’est la grande bataille, enfants !
Nul ne pourra nous ravir cette gloire :
Libres, nous sommes triomphants !
Des murs croulants de la vieille Bastille
Les temps nouveaux ont pris leur fier essor.
Nul n’éteindra cette clarté qui brille :
Quatre-vingt-neuf, petits, nous reste encor !

Fuyez l’erreur, combattez l’ignorance
Qui tint le monde à ses genoux !
Vous l’avenir et l’espoir de la France,
Soyez plus grands, meilleurs que nous !
Petits Français, le jour vient, je l’espère,
Où vous serez un peuple libre et fort,
Et vous aurez, dans ce temps plus prospère,
Quatre-vingt-neuf départements encor !


L’affaire Dreyfus
Dès février 1898, Ruben Saillens rédige une étude intitulée « La révision d’un procès célèbre », où il décrit le procès de Jésus-Christ, mais effectue implicitement, une comparaison audacieuse entre le capitaine Dreyfus et le Christ, pris dans le même engrenage de l’injustice. Plus tard à la mort d’Émile Zola (1902), il rendit hommage au courageux rédacteur du célèbre : « J’accuse » :
« Zola était matérialiste et athée. Et cependant, jusqu’au péril de sa vie et à la perte momentanée de sa réputation, il a servi la cause de la Justice et de la Vérité, choses spirituelles, et qui appartiennent à un autre monde que celui de la matière et des sens… L’homme qui, à la fin d’un de ses plus récents ouvrages, met aux lèvres de son héros ce cri : « Une religion nouvelle, une religion nouvelle ! » avait-il fini par comprendre combien le matérialisme est froid, décevant, contre-nature ? C’est le secret qu’il a probablement emporté dans la tombe, où il est si soudainement descendu. »

 
En première ligne dans l’affaire de Madagascar (1885)
Ruben Saillens est intervenu dans un débat politique national : la France devait-elle coloniser Madagascar ? Dans ce débat colonial marqué par un fond d’anti-protestantisme, dans la mesure où les missionnaires protestants anglais présents à Madagascar constituaient une cible facile pour la presse catholique, prompte à assimiler l’ennemi étranger au protestant, Ruben Saillens décida de prendre parti, avec un certain courage. Il avait lu le Livre rouge publié par la principale ethnie de l’île qui contestait le bien-fondé des prétentions coloniales françaises. Des missionnaires lui avait rapporté « les exactions commises par les troupes françaises », il décida de se renseigner plus avant, puis rédigea un ouvrage où il prit fait et cause pour l’émancipation des malgaches et s’opposa aux visées coloniales de la France, infondées à ses yeux. Ce pamphlet sera préfacé par  le député Frédéric Passy, futur premier prix Nobel de la paix. Son ouvrage publié en France fut aussitôt diffusé à Madagascar. Il allait à contre-courant d’une large majorité de l’opinion. Il y fut fait allusion par François de Mahy, député de la Réunion et chef du lobby colonial, dans les débats de la Chambre des députés en février-mars 1886. l’affaire mit du temps à se résorber, trouvant des prolongements au-delà de l’expédition de 1895 qui instaura, au prix d’un petit bain de sang, un protectorat effectif de la France sur le Grande Ile.
Il prendra aussi parti contre la persécution des Arméniens en Turquie, dès 1896 , bien avant le génocide.
Enfin il fut un ardent partisan de la séparation de l’église et de l’État. C’est à lui que l’on doit la formule « le christianisme est une religion laïque », récemment citée dans un article du journal la Croix.

Ruben Saillens révolutionnaire ?
Il écrivait en février 1900 :


 « Je suis un révolutionnaire , moi ! » mâchonne crânement le pâle voyou des « fortifs », qui n’a pas même la taille réglementaire du soldat, et périra brûlé par l’alcool, son maître. Çà fait pitié ! les vrais révolutionnaires sont rares et ne s’en vantent guère. Ils sont graves et sobres, parlent peu, agissent beaucoup, se donnent noblement à l’idée, songent moins à  tuer les autres qu’à mourir pour la bonne cause… les vrais révolutionnaires sont des soldats de l’idée, de la conscience et de Dieu. Et quand on pousse l’analyse jusqu’au bout, on s’aperçoit qu’il n’y a au monde qu’une seule école révolutionnaire : celle de Jésus-Christ ; un seul idéal révolutionnaire : le règne de Dieu ; une seule phalange révolutionnaire : les agneaux de Jésus-Christ, qu’il a envoyé pour combattre les loups ; et une seule arme révolutionnaire : l’amour de Jésus-Christ, qui mourut pour ses ennemis ».

 

NOTES :

1. Ils ont dû arriver à Courbevoie au tournant du siècle, ou un peu après. Ils venaient sans doute de l'avenue Louis-Philippe à Neuilly après avoir habité Auteuil.  Pendant quelques années (1905-1910 env.),sa fille Madeleine marié à Arthur Blocher (pasteur de l’église baptiste du Tabernacle à Paris)  vont habiter l'avenue Faidherbe à Asnière-Bécon (vers la rue du Rocher), de l'autre côté de la voie de chemin de fer. A la mort de son mari (1929), Madeleine Blocher devint, la première femme pasteur en France (même s’il exista des femmes pasteurs-auxiliaires en Alsace-Moselle dès 1926-1927). Elle le restera jusqu’en 1952.

2. Moteur de l’évangélisation parmi les ouvriers parisiens, il s’engage, dans les années 1880, dans la création de plusieurs églises locales. A partir de 1905, il prend du champ, s’investissant dans des entreprises d’évangélisation de masse, comme les « conventions chrétiennes » de Chexbres (1907) et de Morges (1910), tout en rappelant les fondements évangéliques face au modernisme.  En 1921, il fonde l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne

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