Pour un leadership centré sur Dieu

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Pour un leadership centré sur Dieu

Le leadership est un de ces mots flous auquel on attribue un grand nombre de définitions et qui, pour couronner le tout, n’est pas traduisible dans la langue de Molière.

Mais si les définitions varient, ce sont les histoires de nos héros qui mettent en lumière notre culture du leadership et nous révèlent une définition implicite. Ces histoires nous racontent les succès de chrétiens qui, avec l’aide de Dieu, ont bâti de grands ministères. Les récits ont leurs variations, nos héros n’ont pas tous les mêmes qualités et parcours. Mais nous recherchons, dans leurs expériences, la voie à suivre pour exercer nos propres responsabilités avec succès. Un bon leader, selon ces histoires, est celui qui reçoit un appel de Dieu, une vision. Par les qualités que Dieu reconnaît en lui, il mobilise et organise le peuple de Dieu ; par sa vie, il fait une différence et permet le succès de l’entreprise. Parfois, Dieu se manifeste clairement, d’autres fois, il est beaucoup plus discret.

Quel que soit notre modèle de leadership, nous recherchons les éléments bibliques le justifiant, prenant en exemple ceux correspondant à notre conception du succès. Aussi, la littérature chrétienne sur le leadership s’intéressera-t-elle beaucoup à Néhémie, mais passera sous silence Jérémie. C’est pourquoi il est important de confronter nos modèles de leadership à la lumière de la théologie biblique. Malgré des histoires et des contextes très différents, quelle est la mission commune des leaders dont la Bible nous parle ? Quelle vision les anime ? Comment mesurer leur succès ? Autant de questions auxquelles la Bible apporte des réponses, parfois étonnantes…

A. La Genèse du leadership

Les deux premiers chapitres de la Genèse nous présentent Dieu créant l’ordre et la vie à partir du chaos. Dans cet ordre créationnel, l’être humain tient un rôle privilégié. Il est créé « en l’image de Dieu(1) » . L’homme est ainsi défini dans sa relation avec Dieu, dont il reçoit la gouvernance sur la création en tant que son représentant. La Genèse introduit ainsi les premiers concepts du leadership de l’être humain sur la création.

Tout d’abord, la Genèse souligne que c’est de la relation de l’homme et de la femme que la vie se multipliera sur la terre. L’être humain n’est ni autosuffisant, ni indépendant, il a besoin d’un vis-à-vis, et il est un être limité. Ses limites, qu’il vit comme grâce de Dieu(2), deviennent un lieu de fécondité. Le leader n’est donc pas appelé à être un surhomme, un être à part, mais une personne qui voit dans ses limites un cadeau de Dieu, un lieu d’altérité rendant possible l’existence et l’épanouissement de son prochain. Le leadership s’exprime ainsi par l’amour du prochain, dans un cadre relationnel et communautaire.

Ensuite, l’être humain gouverne sur la terre en tant qu’imitateur d’un Dieu bienveillant, dans le souci de garder et de cultiver le jardin de la création (Gn 2.15). Ce jardin n’est pas un jardin « magique » : le leadership humain n’est pas que contemplatif, mais il s’exerce par le développement de sa sagesse et de son savoir-faire(3).

En effet, l’ordre dans lequel la vie s’épanouit a besoin d’un gardien, et c’est là le travail passionnant que Dieu nous confie. Nous devons donc exercer notre leadership avec du savoir-faire et du discernement, dans le but de prendre soin de tout le potentiel de fécondité que Dieu a mis dans le lieu où il nous place.

Nous ne sommes pas pour autant esclaves de ce travail, nous n’accomplissons pas « notre humanité dans la relation au monde que nous transformons(4) ». Bien au contraire, la Genèse nous invite à jouir pleinement de ce monde, le sabbat nous rappelant que c’est Dieu qui est la source de la vie, et l’objet de notre louange. Cet écosystème fécond dépend donc de la soumission de l’homme à la Parole et au cadre que Dieu lui donne.

Ainsi, le leadership de l’homme a pour but de prendre soin et d’entretenir le cadre propice à la vie. Il s’exprime dans sa capacité à garder, à prendre soin, et à être serviteur de la vie que Dieu a suscitée dans son environnement. Son succès, il le mesurera dans la fécondité du lieu, bénédiction accordée par Dieu.

La chute : premier échec du leadership humain

L’histoire continue et nous relate dramatiquement le premier échec de l’homme dans l’exercice de son leadership. Adam et Ève auraient pu dominer sur le serpent avec l’autorité que Dieu leur avait conférée. Ils auraient pu soumettre le serpent à la Parole de Dieu. Mais l’être humain succombe à la promesse du serpent de devenir comme Dieu. Au lieu de tirer sa vie de la Parole de Dieu, l’homme fait le choix de la lier « aux profondeurs de sa propre science(5) ». Ce premier échec du leadership de l’homme renverse l’ordre créationnel. Celui qui dominait est maintenant dominé.

L’homme au centre

L’homme a franchi la limite. Il est désormais le centre de ...

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1.
Si l’image de Dieu est un titre réservé dans les sociétés mésopotamienne et égyptienne pour le roi ou certains dignitaires afin de justifier leur autorité et leurs privilèges, la Genèse utilise ce titre pour décrire simplement l’humain. Nous sommes tous de lignée royale et sommes ainsi tous appelés à exercer l’autorité que Dieu nous a donnée pour accomplir notre mission au service de la vie (Gn 1.28).
2.
La louange d’Adam à la découverte d’Ève exprime bien son amour pour la limite établie par Dieu. Voir Dietrich BONHOEFFER, Création et chute : exégèse théologique de Genèse 1-3, Paris, Bayard Jeunesse, 2006, p. 78-79.
3.
Cette vérité s’oppose à beaucoup de critiques que nous pouvons recevoir en tant que responsables d’Églises, de ne pas être assez spirituels. Si la prière est importante dans notre leadership, elle ne dévalorise ni n’annule l’importance du savoir-faire que le leader doit mettre en œuvre, afin de prendre soin de la communauté que Dieu lui confie.
4.
Henri BLOCHER, Révélation des origines : le début de la Genèse, Lausanne, Presses bibliques universitaires, 2001, p. 49.
5.
BONHOEFFER, op. cit., p. 90.

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