Un type de ministère spécialisé : pasteur enfance-jeunesse

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Un type de ministère spécialisé : pasteur enfance-jeunesse

Le ministère pastoral a subi ces dernières années nombre de variations. Tant au niveau du cahier des charges du pasteur(1) « généraliste » que dans la diversité des ministères vécus dans l’Église. Des postes d’évangéliste, de responsable louange ou encore de secrétaire ont vu le jour. C’est également le cas pour le responsable enfance-jeunesse. Bien sûr, ces postes existaient déjà par le passé, grâce à de nombreux bénévoles de par le monde. Mais dans certaines Églises, ils sont désormais pourvus d’un cahier des charges, d’un contrat et d’une rémunération.

Ainsi, de plus en plus d’Églises engagent, en complément du pasteur généraliste, une personne dédiée à l’enfance, à la jeunesse ou aux deux. Il s’agit là d’un rôle spécifique confié à une personne, accompagné d’un cahier des charges, et non d’un accent donné parmi d’autres à l’un des ministres de l’équipe pastorale. Il sera parfois appelé pasteur, parfois animateur, en fonction de ses qualificatifs et de son cahier des charges – nous y reviendrons. Ce nouveau type de ministère révèle un intérêt grandissant pour l’enfance et la jeunesse, et pour la place que l’Église souhaite lui réserver.

Dans la structure de l’Église d’aujourd’hui, alors, pourquoi se préoccuper de l’enfance et de la jeunesse ? Quel est l’intérêt d’avoir une personne dédiée à ce ministère spécifique ? Quels sont les types d’accompagnement qu’elle peut proposer ? Faut-il choisir entre la jeunesse et l’enfance ? C’est au traitement de toutes ces questions que j’aimerais maintenant m’atteler

L’accompagnement pastoral des enfants et des jeunes

L’une des tâches attendues du pasteur par les membres de son Église est celle de l’accompagnement. Que ce soit pour résoudre une situation particulière ou pour entrer dans un processus d’approfondissement de la foi à long terme. Un pasteur « généraliste » accompagne tout un chacun, mais trouve-t-il toujours les mots adéquats pour s’adresser aux plus jeunes ? Selon Christophe Paya, « on ne peut pas penser aujourd’hui l’accompagnement pastoral sans prendre en compte l’existence des sciences humaines(2) ». Autrement dit, dans la situation qui nous intéresse, on ne peut pas penser l’accompagnement des enfants et des jeunes sans prendre en compte les études récentes sur la pédagogie, la psychologie ou encore le développement de l’enfant et du jeune. Le pasteur enfance-jeunesse portera donc ces deux casquettes : la pastorale, qui l’invite à prendre soin des plus jeunes comme le berger prend soin des agneaux ; la pédagogique, qui lui permet de comprendre la manière de penser des enfants et des jeunes, leurs craintes intérieures ou encore les besoins liés à leur niveau de développement.

1. Une attention spécifique pour l’accueil

La première étape de l’accompagnement se situe dans l’accueil de l’autre. Combien de mains serre un pasteur le dimanche matin ? L’un a une question d’organisation, l’autre souhaite prendre rendez-vous, un autre encore veut seulement dire bonjour. L’accueil est nécessaire, tout en étant multiple et chronophage ! Le pasteur enfance-jeunesse, lui, a un champ d’action limité. Il veille à être entièrement tourné vers les enfants et les jeunes, ainsi que leur famille, dans les temps d’avant ou d’après-culte. L’accueil des familles, dans une vision globale du plus jeune au plus âgé des enfants, est en effet particulièrement important. La manière dont chaque enfant est accueilli est primordiale pour les familles qui cherchent une Église. Si les enfants se plaisent, ils souhaiteront revenir et toute la famille suivra. Si ce n’est pas le cas, la plupart des familles continueront leur recherche dans d’autres Églises : à la fois pour que les enfants se sentent bien et grandissent dans leur foi (intérêt pour les enfants) et pour avoir l’opportunité d’assister à un culte sans se préoccuper des enfants qui s’agitent d’impatience à côté (intérêt personnel). Mais si ces familles ne trouvent pas d’Église suffisamment accueillante et organisée pour l’accompagnement de leurs enfants, ne risquent-elles pas tout aussi bien de se détacher du réseau ecclésial ? C’est alors la foi des enfants qui est directement en jeu : comment grandir dans sa foi et tenir ferme lorsqu’on ne s’entoure pas de frères et de sœurs chrétiens ? Comment découvrir la Bible et Dieu lorsqu’on ne reçoit pas d’accompagnement catéchétique ?

L’accueil des enfants et des jeunes est aussi reconnu comme un élément-clé de la croissance de l’Église. Une étude sortie en 2014 révèle que, parmi les paroisses de l’Église d’Angleterre :

« Les Églises qui offrent des programmes pour les enfants et les adolescents ont davantage de chances de grandir. Les trois-quarts des Églises qui offrent des retraites, des conférences ou des camps pour les jeunes annoncent une croissance, contre la moitié de celles qui n’en offrent pas(3). »

Et, pour aller plus loin, les Églises « qui emploient un ministre jeunesse sont deux fois moins susceptibles de décliner que ceux qui emploient un autre type de travailleur rémunéré(4) ».

De toute évidence, le pasteur enfance-jeunesse est le moteur de cet accueil. En effet, sa vue d’ensemble lui permet de repérer les nouveaux venus et leur famille, alors que les moniteurs des différents groupes d’âge ne repèrent que l’un des membres de la famille. Le pasteur généraliste a, lui aussi, cette vue d’ensemble, mais il repère plus aisément les visiteurs qui assistent au culte que les plus jeunes qui sont pris en charge dans les différents groupes durant le culte du dimanche matin. Le statut du pasteur enfance-jeunesse, par ailleurs, offre un gage de confiance pour les familles, heureuses de découvrir les moyens mis en œuvre par l’Église pour entourer ses plus jeunes membres.

L’accueil des familles ne doit pas rester superficiel. Il doit correspondre à une dynamique d’ensemble qui vise à trouver une place pour chacun, quel que soit son âge, afin de devenir une Église attractive pour les familles. Il doit aussi permettre à chaque membre de l’Église, quel que soit son âge, d’entrer en contact avec l’un des pasteurs lorsque se présente une situation particulière qui demande un accompagnement.

2. L’accompagnement pastoral dans les situations de vie particulières

Le pasteur est souvent l’une des premières personnes que l’on informe lorsque des situations de vie particulières se présentent. Dans plusieurs d’entre elles, une attention spécifique pour les enfants et les jeunes ne doit pas être négligée. Nommons par exemple : la séparation ou le divorce des parents, la recomposition des familles, le décès ou la maladie d’un proche, éventuellement aussi lorsqu’un bébé arrive ou que la famille déménage. Tous ces changements génèrent beaucoup de questionnements et de peurs pour les enfants et les jeunes. Ils vivent ces situations avec leur niveau de compréhension et sont confrontés à des émotions multiples, en fonction de leur âge et de leur développement. Mais leurs parents, qui sont leurs premières figures de repères, le sont aussi. Or, ces émotions peuvent parfois empêcher l’enfant de s’exprimer, de poser des questions ou de dialoguer, par crainte d’affecter encore plus le parent par exemple. Dans l’autre sens, le parent n’est pas toujours disponible pour aider son enfant, pour faire face ou pour le comprendre, d’autant que « les réactions émotionnelles de l’enfant à l’annonce d’un décès [ou d’une autre nouvelle choquante] peuvent être très diversifiées, sans cohésion et parfois même déconcertantes(5) ». Les enfants et les jeunes ont donc souvent besoin d’être accompagnés par un pasteur, et en particulier par un pasteur enfance-jeunesse. Sa formation complète en théologie, spiritualité, mais aussi pédagogie ou encore pédopsychologie, lui permettra en effet de trouver les mots ou les gestes adéquats pour aider l’enfant ou le jeune de traverser ces situations en cherchant l’aide de Dieu. Sensibilisé aux spécificités d’un enfant et d’un jeune, il veillera à lui ouvrir un espace d’expression, à s’adapter à son niveau de développement, à choisir un vocabulaire adéquat ou encore à maîtriser les informations nécessaires à partager et celles que l’enfant n’a pas besoin de connaître. Tous ces éléments permettront à l’enfant ou au jeune de trouver du réconfort auprès de Dieu et de placer en lui sa confiance, afin de grandir dans sa foi.

L’attention du pasteur enfance-jeunesse se portera aussi sur le reste de la famille, car les parents peuvent se sentir démunis face à leurs enfants lorsqu’ils sont confrontés à ces situations particulières. Le pasteur enfance-jeunesse pourra les aider à comprendre la réaction des enfants, ou encore trouver des pistes pour permettre à la famille de conserver, voire réinventer, les temps de partage de la foi au sein du foyer.

3. L’accompagnement pastoral régulier

D’une manière plus générale, l’accompagnement régulier des enfants et des jeunes permettra de les suivre dans le long processus de leur foi. Selon John H. Westerhoff, professeur de théologie et d’éducation religieuse, on peut distinguer quatre stades dans le développement de la foi d’un individu, qui suivent son développement physique et psychique(6). L’enfant vit tout d’abord une foi « induite », c’est-à-dire qu’il accepte l’ensemble des croyances de ses parents. À l’âge de l’adolescence, il entre dans une foi « grégaire », principalement transmise et façonnée par le groupe qui l’entoure. Vers la fin de l’adolescence, ses propres questionnements le poussent à adopter une foi « en recherche », qui se met en quête de réponses et de preuves personnelles pour ôter ses doutes. Enfin, si les réponses qu’ils trouvent sont suffisantes, il peut entrer dans une foi « personnelle », qu’il ose affirmer et défendre. Ce schéma, succinctement présenté ici, est largement plus développé dans mon article La spiritualité de l’enfant : comprendre et accompagner(7) . Il permet toutefois de relever l’aspect dynamique de la foi de l’enfant et du jeune, qui se montre, d’une part en perpétuel changement, et d’autre part différente de celle de l’adulte. L’accompagnement régulier qu’un pasteur enfance-jeunesse pourra offrir à ses membres se basera donc sur ces connaissances-là pour ne pas exiger de leur part des expressions de foi inadaptées à leur développement. En suivant leur développement, il leur proposera des étapes de foi adaptée, avec l’aide des équipes de moniteurs. Selon les besoins qui se feront ressentir, le pasteur pourra également proposer des entretiens d’écoute ou de partage. Pour les enfants comme pour les adultes, le respect de la confidentialité est de mise et sera garanti par un pasteur probablement davantage que par un moniteur.

Un aspect particulier de l’accompagnement des enfants et des adolescents réside également dans la période que l’on nomme « crise de l’adolescence » à laquelle peut correspondre une crise de foi. Les parents ne sont pas étrangers à ce vocabulaire et nombreux sont ceux qui se sentent démunis lors de cette étape. Le pasteur enfance-jeunesse ne se sent probablement pas toujours équipé non plus ! Cependant, en accompagnant l’enfant qui devient adolescent, il gagne sa confiance et peut se placer comme un repère lorsque surgissent les questionnements, pour autant que son attitude soit empreinte de tolérance. Dans le schéma du développement de la foi de Westerhoff présenté ci-dessus, la période de foi en recherche de la fin de l’adolescence est une période charnière. En effet, si le jeune ne trouve pas les réponses suffisantes à ses questions, c’est alors qu’il va se détourner de la foi – du moins pour un temps – sans accéder à l’étape ultime de la foi personnelle. On perçoit donc toute l’importance pour les jeunes d’être accompagnés et entourés, d’oser poser leurs questions sans crainte d’être jugés ou encore de pouvoir expérimenter leur foi dans une dimension personnelle. Or, cet accompagnement n’est généralement pas porté par les parents, qui se voient parfois mis de côté durant la période de l’adolescence.

4. La prière

Le ministère pastoral, qu’il soit dédié aux enfants et aux jeunes ou aux adultes, se concrétise et se fortifie dans la prière régulière et persévérante pour la communauté. La Bible nous invite d’ailleurs à une prière fervente qui revêt une grande efficacité (Jaques 5.16).

L’accompagnement catéchétique des enfants et des jeunes

Comme le souligne Louis Schweitzer, il vaut la peine de distinguer l’accompagnement pastoral ou spirituel, que nous avons dressé ci-dessus, de l’accompagnement de type catéchétique(8). Bien que les deux aillent de pair, cette deuxième forme d’accompagnement s’intéresse davantage à la croissance de la connaissance de la personne, par exemple pour ce qui concerne la Bible, la théologie, la personne de Dieu.

Ici encore, la connaissance du pasteur enfance-jeunesse du développement des enfants et des jeunes lui permettra de proposer des programmes adaptés, non seulement à leurs capacités, mais encore à leurs préoccupations. Ainsi, la période de la petite-enfance sera propice à parler des attributs de Dieu, en tant qu’ami et père par exemple, ou à raconter de façon succincte les grandes histoires de la Bible. Durant la période de l’enfance, on pourra ensuite approfondir ces histoires, pour y laisser transparaître les vérités sur Dieu et sur la foi, ainsi que des lignes de conduite pour notre vie. Dans la période de l’adolescence, on s’intéressera davantage aux questions éthiques ou de société, à la vie du chrétien, aux preuves de la foi, aux thèmes théologiques complexes. Réfléchir et développer un programme cohérent et complet sur plusieurs années, c’est-à-dire durant tout le cursus d’un enfant dans une même Église, revêt de nombreux avantages : une formation complète, une diversité de thèmes et d’histoires qui captivent son attention, une vue d’ensemble du plan de Dieu pour son peuple, ou encore un sentiment de sécurité lié à l’appartenance et aux repères.

La formation en théologie du pasteur enfance-jeunesse lui permettra également d’être à même de répondre à certaines grandes questions des enfants et des jeunes. En effet, il n’est pas rare que les enfants nous poussent dans nos retranchements avec des raisonnements complexes et curieux, accompagnés d’un besoin de preuves concrètes. Arrivées à l’adolescence, leurs réflexions recherchent un idéal de compréhension et de cohérence qu’il est parfois difficile d’assouvir. Les certitudes et les connaissances adéquates du pasteur enfance-jeunesse pourront peut-être soulager les moniteurs et les parents pris à dépourvus. Et, comme nous l’avons vu, cette aptitude peut être cruciale dans le développement de l’adolescent, lorsqu’il se met « en recherche » de réponses à ses questions de foi.

La vue d’ensemble des secteurs enfance-jeunesse

L’une des tâches confiées au pasteur enfance-jeunesse est celle de coordonner les secteurs en question. La plupart des groupes d’enfance et de jeunesse se retrouvent le dimanche matin, durant le culte. De fait, le pasteur enfance-jeunesse ne peut être présent dans chacun de ces groupes à la fois. Il lui faudra donc collaborer avec les équipes en place de moniteurs et responsables pour s’assurer d’une bonne vue d’ensemble, et évaluer les besoins futurs ou changements à entamer.

1. La communication entre les groupes

Dans la plupart des Églises, chaque groupe d’enfance et de jeunesse a sa propre équipe de moniteurs. D’un groupe à l’autre, assez peu d’informations se transmettent, quant au contenu du programme choisi pour l’année, à la structure des séances, et même aux objectifs et visions pour le groupe.

Le pasteur enfance-jeunesse permettra de faciliter cette communication interne. En effet, d’une part, il sera membre de chaque équipe et pourra ainsi servir de passerelle de l’une à l’autre, et d’autre part, il sera le moteur de la construction des programmes, des objectifs et de la vision des groupes : ainsi, il pourra les accompagner dans une direction commune et globale.

Le pasteur enfance-jeunesse se placera aussi comme un repère sécurisant pour les enfants qui grandissent dans l’Église et passent d’un groupe à l’autre. Dans une telle étape, l’enfant est confronté en très peu de temps à un changement de moniteurs, de salle, de programme, de fonctionnement et de cercle social. Ces changements peuvent être déstabilisants pour certains enfants. Ses seuls repères seront les camarades qui changent de groupe en même temps que lui, et le pasteur enfance-jeunesse qui fait partie des différentes équipes de moniteurs et en maintient une direction commune.

2. Les relations entre les générations

La vue d’ensemble d’un pasteur sur son Église le pousse évidemment à veiller aux relations entre générations, tout comme il veille aux relations entre cultures, métiers ou toute diversité que son Église contient. Un pasteur enfance-jeunesse sera particulièrement attentif à ce que les enfants et jeunes soient inclus dans l’ensemble de l’Église.

Pour favoriser les relations, toutes sortes d’activités sont imaginables : plusieurs idées sont évoquées dans le prochain chapitre.

Souvent, les équipes de moniteurs et de responsables sont déjà bien occupées à organiser les séances du dimanche matin. Le pasteur enfance-jeunesse aura donc ce regard attentif aux activités supplémentaires à proposer qui lui semblent nécessaires pour favoriser les relations intergénérationnelles.

Ces relations intergénérationnelles se vivent avant tout au sein de la famille. C’est, d’ailleurs, principalement dans le cercle familial que la transmission de la foi se fait. D’une part, parce que les parents témoignent de leur foi auprès des enfants, leur transmettent une culture biblique et chrétienne, leur donnent le goût de la lecture de la Bible et de la prière ou les encouragent à une discipline d’assistance au culte. D’autre part, parce que l’expérience qui se vit dans le foyer prédispose à la foi : un enfant qui a appris à pardonner et à être pardonné dans sa famille, par exemple, ne sera-t-il pas plus apte à comprendre et chercher le pardon de Dieu ? Ainsi, le pasteur enfance-jeunesse aura aussi pour objectif de remettre au goût du jour et de valoriser les moments de partage de la foi en famille, que ce soit en proposant des outils, en donnant des formations ou en sensibilisant les membres.

3. Le lien à la communauté

Quelle place votre Église offre-t-elle aux enfants et aux jeunes le dimanche matin ? Parfois, on les voit à peine, car ils filent rapidement dans leur salle pour la séance qui leur est dédiée. Parfois aussi, ils sont présents pendant la louange, un chant spécial leur est peut-être même réservé. D’autres fois encore, ils ont droit à une petite histoire, un jeu, ou l’on prie pour eux avant leur départ dans les groupes.

Les enfants et les jeunes font partie intégrante de nos Églises. On dit parfois qu’ils sont « l’Église de demain ». En fait, ils sont peut-être « les responsables de demain », mais ils sont « l’Église d’aujourd’hui ». Ils font partie, avec la foi qui est la leur, du peuple de Dieu. Jésus lui-même a invité un enfant à venir au milieu du cercle des disciples, auprès de lui, et il en a fait un modèle pour ses disciples (Marc 9.33-37).

Comment donc laisser, nous aussi, une place d’honneur aux enfants et aux jeunes ? C’est très certainement le pasteur enfance-jeunesse qui saura être attentif à cela. Il peut proposer des moments d’inclusion dans le cadre du culte. Il peut également aider les enfants et les jeunes à trouver leur place et à exercer leurs dons au service de l’Église. La suite de l’article proposera quelques pistes concrètes à ce sujet.

4. Le lien à l’équipe pastorale et au conseil

Le pasteur enfance-jeunesse, par sa formation et son cahier des charges, est un pasteur avant tout. Il fait partie intégrante de l’équipe pastorale, au même titre que ses collègues. Il collabore avec eux, en vue de l’édification de l’Église. Les projets qu’il développe vont donc dans la même direction que ceux de l’Église. Ensemble avec ses collègues, ils réfléchissent à la vision de l’Église, à la vie de la communauté et du culte, aux priorités pastorales, ou encore aux obstacles théologiques. Soumis au devoir de confidentialité, il participe aussi au suivi pastoral des familles, avec un accent spécifique pour l’enfance et la jeunesse, comme dit précédemment.

Il participe aussi le plus régulièrement possible aux séances du Conseil de l’Église, pour deux raisons principales. Premièrement, afin de veiller à ce que les groupes de l’enfance et de la jeunesse soient intégrés à toutes les réflexions du Conseil : le pasteur enfance-jeunesse est le représentant de tous ces groupes au sein du Conseil. On envisage de rénover les bâtiments, quels aménagements sont prévus pour les salles de l’enfance et de la jeunesse ? On organise un week-end d’Église, quel programme leur est réservé ? On développe l’accueil dans l’Église, pense-t-on aussi aux enfants et aux jeunes ? Deuxièmement, la participation du pasteur enfance-jeunesse aux séances du Conseil lui permettra de rester bien ancré avec la vie courante de l’Église : les thématiques de prédication, le programme à venir, les changements envisagés, les activités en semaine, les personnes suivies en relation d’aide, etc. Tous ces éléments offrent une vue d’ensemble qui rend le ministère du pasteur enfance-jeunesse d’autant plus pertinent et adapté.

Inclure les enfants et les jeunes dans la communauté : quelques idées

Il n’est pas toujours évident de trouver des activités adéquates pour les enfants et les jeunes. Nos programmes d’Église sont très chargés, tout comme les agendas des familles. Lors du culte, certains sont dérangés par le bruit ou le chahut des enfants et préfèrent quand ils ne sont pas là, pour pouvoir mieux se recueillir. Par ailleurs, nos budgets d’Église limitent souvent nos ambitions. Voici quelques idées qu’un pasteur enfance-jeunesse pourrait mettre en place pour vivre l’Église intergénérationnelle.

1. Les cultes pour tous

À quelques reprises dans l’année, pourquoi ne pas vivre un culte où chacun, du plus jeune au plus âgé, est présent ? Il ne s’agit pas de demander aux enfants et aux jeunes d’assister sagement au culte des adultes : cela serait voué à l’échec. Il ne s’agit pas non plus de faire une séance d’école du dimanche au culte, à laquelle assistent les adultes : il n’y aurait pas de nourriture spirituelle pour eux. Le but d’une telle rencontre est de vivre le culte différemment : avec les mêmes éléments, mais en les adaptant ou les présentant aux enfants et aux jeunes. Même la Sainte-Cène peut être maintenue, si du moins on veille à inclure les enfants en leur expliquant ce qui se vit, et en leur proposant d’y participer à leur manière. Les enfants sont capables de comprendre que certaines choses sont réservées aux adultes (c’est le cas du café, du vin et de la conduite par exemple). Pendant la Sainte-Cène, ils peuvent comprendre que les éléments sont réservés aux adultes. En revanche, ils sont invités à prendre un temps de prière, à réfléchir au sens de la croix, ou encore à servir l’Église en participant à la distribution.

Vivre des cultes pour tous revêt plusieurs avantages. Tout d’abord, cela permet de nous rappeler que la foi n’est pas réservée aux adultes. Les enfants et les jeunes vivent pleinement leur foi, à leur niveau et à leur stade de développement. Cette foi a tout autant le droit d’être visible et de s’exprimer dans la grande salle du culte. Ensuite, cela permet de favoriser les relations entre les générations. Les enfants et les jeunes rencontrent les adultes, les observent, dialoguent avec eux. Les adultes, quant à eux, veillent à être attentifs aux plus jeunes et à les aider éventuellement à suivre le culte. Pour finir, cela offre une grande visibilité de la dimension familiale de l’Église. Les adultes réalisent le nombre d’enfants présents et y seront forcément plus attentifs par la suite. Pour les visiteurs d’un jour, cela offre aussi une image vivante et familiale qui peut se montrer attractive.
Plusieurs trames de cultes intergénérationnels ont été rassemblées dans le livre de Sylvie Perrin, Jeunes et vieux se réjouiront ensemble(9).

2. Au service des aînés

Le groupe des seniors apprécie généralement de rencontrer les enfants et les jeunes et, de mon expérience, le sentiment est réciproque. Une manière de vivre la communauté au sens fort du terme pourrait donc représenter de mettre les plus jeunes, remplis d’énergie, au service des plus âgés. Le pasteur enfance-jeunesse pourrait envisager par exemple de demander aux enfants et aux jeunes de préparer un apéritif ou même un repas à partager avec les seniors. Il pourrait aussi organiser une journée de service à domicile : s’occuper du jardin, des animaux, aider au rangement ou aux courses. Des visites en fin d’après-midi au domicile des aînés pourront aussi être l’occasion pour ceux-ci de partager un témoignage ou un verset avec les plus jeunes.

3. Des stages en Église

Dans la structure de notre société actuelle, très peu de responsabilités sont confiées aux jeunes, encore moins aux enfants. Leur tâche principale est de bien étudier à l’école, pour obtenir des résultats qui leur permettent un accès à la formation et à la profession de leur choix. Cette insouciance est un privilège récent dans l’histoire. Mais il y a un revers de la médaille, car les jeunes se sentent, parfois aussi, désœuvrés. Je crois que l’Église peut offrir à nos jeunes la possibilité d’exploiter leur potentiel et de s’engager dans diverses responsabilités. Dans sa vision globale de l’Église, le pasteur enfance-jeunesse pourra proposer aux enfants et aux jeunes de s’engager dans l’un des services bénévoles de l’Église, afin de découvrir leurs dons et de participer à la croissance de l’Église. De plus, s’ils sont accompagnés par les responsables des secteurs, cela favorisera encore les échanges intergénérationnels. Le féru d’informatique pourra ainsi mettre ses dons au service de la projection des chants ou à la mise à jour du site internet ; l’instrumentiste pourra s’exercer dans un groupe de louange ; le pâtissier dans la préparation des repas fraternels, etc.

4. D’autres idées encore

En plus de ces trois idées, toutes sortes d’activités peuvent être imaginées par le pasteur enfance-jeunesse, en fonction des besoins de son Église, de ses compétences et de son analyse : des repas communautaires, le récit du témoignage de personnes de l’Église auprès des enfants, un système de parrainage de prière des enfants par les membres de l’Église, des week-ends, des activités de quartier ou d’intérieur, des soirées de jeux de société, etc.

Le développement d’événements stratégiques et complémentaires

Pour finir, le pasteur enfance-jeunesse pourra plancher sur des événements stratégiques et complémentaires qu’une équipe de moniteurs serait bien en peine de réaliser, par manque de temps souvent, et de vue d’ensemble parfois. Voici quelques idées issues de l’actualité de nos Églises.

1. Rites de passage et objet témoin

Nous avons souligné l’importance pour l’enfant et le jeune d’avoir des repères lorsqu’ils passent d’un groupe à l’autre. Le pasteur enfance-jeunesse dispose de la vue d’ensemble qui permet d’accompagner ces étapes. Ainsi, pour faciliter le processus, il pourrait développer des rites de passage qui valorisent les changements de groupe de façon systématique et égalitaire. Il pourrait également réfléchir et mettre en place l’usage d’un objet témoin d’un groupe à l’autre : un passeport d’Église que l’on complète chaque année avec une photo et un mot, un bâton de pèlerin que l’on grave à la fin de chaque année, une construction qui se fabrique pierre après pierre, etc.

2. 30 ans de la Convention relative aux Droits de l’Enfant

L’actualité doit sans cesse nous pousser à améliorer notre vision du ministère. L’année 2019 a vu fêter les trente ans de la Convention relative aux Droits de l’Enfant. Cet événement devrait encourager les Églises à mettre en parallèle la Convention avec leurs activités enfance. Un pasteur enfance-jeunesse peut d’autant plus répondre à ces préoccupations qui prennent du temps. La Ligue pour la lecture de la Bible Suisse, par exemple, a développé un questionnaire destiné aux responsables enfance pour permettre aux Églises de réfléchir à la place de l’enfant en fonction de dix principaux de ces Droits(10).

3. Veiller à la sécurité des enfants

L’actualité récente concernant les abus commis sur les mineurs au sein même de nos Églises ne peut nous laisser indifférents. Il est temps pour les Églises de prendre les mesures nécessaires pour protéger à tout prix les enfants et les jeunes. C’est au pasteur enfance-jeunesse que revient ce rôle de protection systématique. Dans tous les groupes de moniteurs, il pourra ainsi mettre en place les démarches qui lui semblent nécessaires : la signature d’une charte, la remise d’un extrait de casier judiciaire, etc.

Pasteur ou animateur enfance-jeunesse ?

Dans cet article, j’ai principalement parlé du ministère de pasteur enfance-jeunesse. Il existe également des animateurs enfance-jeunesse dont le rôle est proche, bien que comportant diverses nuances. Il faut être conscient de cette distinction, car elle implique qu’on ne peut attendre la même chose des deux profils.

1. Les nuances d’un animateur enfance-jeunesse

Le cahier des charges d’un animateur enfance-jeunesse concerne principalement la mise en place et la réalisation des temps en groupe, comme les séances d’école du dimanche ou les soirées de groupe de jeunes par exemple. Ces temps de groupe visent un seul et même objectif : permettre aux enfants et aux jeunes d’approfondir leur connaissance de la foi et d’expérimenter la relation avec Dieu. Cela implique pour l’animateur une bonne connaissance de la Bible et de la théologie. On attendra également de lui une bonne gestion des outils d’animation ou de communication, adaptés au stade de développement des enfants ou des jeunes.

L’animateur peut aussi s’engager dans l’organisation d’événements particuliers, tels que des week-ends, des camps, des cultes intergénérationnels, des animations dans la ville ou d’autres projets ponctuels.

Tout comme le pasteur enfance-jeunesse, mais à sa manière, il participera aussi à l’intégration des enfants ou des jeunes dans l’Église, ou encore à l’accompagnement spirituel des enfants ou des jeunes.

Le cahier des charges d’un animateur enfance-jeunesse de l’Église fait donc penser à bien des égards à celui d’un animateur socio-culturel, mais qui s’inscrit dans une dimension chrétienne et de transmission de la foi.

2. L’un ou l’autre, l’un et l’autre

Bien sûr, souvent dans la pratique, les rôles s’entremêlent et un pasteur enfance-jeunesse endosse le rôle d’animateur tout comme l’animateur enfance-jeunesse endosse celui de pasteur. C’est au final à l’Église d’évaluer ses besoins et ses attentes, pour établir un cahier des charges et des exigences de formation, ce qui définira si un pasteur ou un animateur semble plus adéquat au poste.

1. Afin d’alléger la lecture, je favoriserai l’usage du masculin dans mon article. Toutefois, les femmes et leur ministère sont pleinement inclus dans ma pensée.

2. Christophe PAYA, « Accompagnement pastoral », Dictionnaire de Théologie Pratique, Charols, Excelsis, 2011, p. 46.

3. From Anecdote to Evidence, http://www.churchgrowthresearch.org.uk/UserFiles/File/Reports/FromAnecdoteToEvidence1.0.pdf, p. 12, consulté le 5 novembre 2019. Traduction de l’auteure.

4. From Anecdote to Evidence, http://www.churchgrowthresearch.org.uk/UserFiles/File/Reports/FromAnecdoteToEvidence1.0.pdf, p. 26, consulté le 5 novembre 2019. Traduction de l’auteure.

5. Amélie DANTAND-GIAFFERI, « Les émotions », Accompagner l’enfant en deuil. Guide pratique, Lausanne, Favre, 2015, p 99.

6. John H. WESTERHOFF III, Will Our Children Have Faith?, Harrisburg/New York, Morehouse Publishing, 2012, p. 89-98.

7. Nathalie PERROT « La spiritualité de l’enfant : comprendre et accompagner », Hokhma 114, 2018, p. 47-64.

8. Louis Schweitzer, « Accompagnement spirituel », Dictionnaire de Théologie Pratique, Charols, Excelsis, 2011, p. 58-59.

9. Sylvie PERRIN, Jeunes et vieux se réjouiront ensemble. Vivre le culte en famille, Charols, Excelsis, 2016, 217 pages.

10. Rejoindre les enfants : Oui, mais comment ?, questionnaire final, https://www.ligue.ch/data/dataimages/Upload/flyer-questionnaire-droits-enfants_pages.pdf, consulté le 5 novembre 2019.

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