Vivre le ministère pastoral féminin aujourd’hui

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Vivre le ministère pastoral féminin aujourd’hui

  Le ministère pastoral féminin existe ! Que l’on soit l’un de ses détracteurs ou l’un de ses défenseurs, c’est un fait. Il y a des femmes qui exercent le ministère pastoral, seules, en couple ou en équipe. Mais comment le vivent-elles ?

À l’heure des hashtags qui ont défrayé les chroniques des médias ces dernières années et provoqué d’innombrables remous aussi bien dans les sphères ultra-féministes que dans les milieux conservateurs, où se situent les combats que livrent ces femmes pasteures ? Peut-on trouver des spécificités à leurs ministères par rapport aux ministères pastoraux classiques, c’est-à-dire masculins ? Cette question rendant un son disgracieux, comme la touche d’un piano désaccordé (puisque dire qu’il y a un ministère pastoral féminin, c’est dire également qu’il y aurait un ministère pastoral masculin, ce qui semble tellement hors de sens) il faudra commencer par l’essentiel, c'est-à-dire par ce qui fait toute la différence entre les deux types de ministères, le terme féminin !

Féminin : adjectif déterminant ce qui est propre et particulier à la femme. Sur mon blog, Servirensemble.com, j’ai fait la recension d’un livre(1) qui affirme qu’un ministère féminin ne peut être vécu que lorsqu’une femme accepte de ne pas faire partie d’un cercle de direction, mais d’être dirigée par un homme ou un groupe d’hommes. Alors seulement il y a un ministère féminin biblique ; alors il y a un ministère qui procure paix et harmonie aux femmes.

Je suis donc clairement hors-cadre puisque je suis femme et pasteure, et c’est bien à partir de ce hors-cadre que je réfléchis et que je vous propose de passer premièrement par mon expérience personnelle pour arriver à une réflexion sur « ce qui coince encore » et qui permet de dégager les axes à favoriser pour un 21e siècle qui s’interrogerait sur le ministère pastoral tout court…

A.    Expériences personnelles et autres déconvenues…

Je viens de changer de lieu de ministère l’année dernière. Les temps de « mouvements pastoraux » sont adéquats pour dresser des bilans, parait-il, mais j’ai beau me triturer le cerveau, je suis incapable de dire si les actes que j’ai posés, si les accompagnements que j’ai mis en place, les prédications que j’ai apportées, sont plus de l’ordre du féminin que du masculin ou l’inverse. En ce qui me concerne, j’ai vécu et je vis bien un ministère pastoral tout court. C'est-à-dire que je prends soin d’un petit troupeau que le Seigneur et une fédération d’Églises m’ont confié. Je cherche de toutes mes forces, de toute mon intelligence, de toutes mes pensées et de tout mon cœur à l’aimer comme le Seigneur lui-même l’aime, à lui annoncer tout le plan de Dieu pour lui et à pourvoir à ce dont il a besoin pour sa croissance aussi bien qualitative que quantitative. Mes collègues masculins font de même. Et lorsque nos manières d’agir sont différentes, cela ne me semble pas être le fruit d’un ministère masculin par opposition à un ministère féminin, mais bien plus à des caractéristiques individuelles.

Mon ministère précédent recouvrait des réalités présentes dans un grand nombre de ministères de mes collègues masculins : l’enseignement à la fois théologique et concret ; la formation et le coaching de projets, ou des jeunes ; l’accompagnement spirituel personnel. Ces trois axes de travail baignent dans une dernière caractéristique peut-être plus personnelle : le désir d’accueillir les autres de manière inconditionnelle, de les écouter et les aimer tels qu’ils sont tout en les invitant à aller de l’avant. Si ces caractéristiques sont souvent qualifiées de féminines, sont-elles pour autant l’apanage exclusif des femmes ? Jésus les a mises en œuvre sans cesse et certainement d’une manière plus parfaite que moi ou que n’importe lequel de mes collègues, qu’ils soient masculins ou féminins !

Cependant, si aujourd’hui la très grande majorité de mes collègues masculins à la Fédération baptiste sont d’accord avec moi pour reconnaitre qu’il n’y a pas ou très peu de différences entre leur ministère et le mien – sauf à parler de ces caractéristiques individuelles – de nombreuses personnes considèrent encore le ministère comme étant réservé aux hommes et c’est avec elles qu’il est difficile de « vivre » le ministère pastoral lorsqu’on est une femme. Je vais rapidement faire le tour de certaines de ces difficultés.

1. Des silences aux agressions

Les opposants aux ministères pastoraux féminins dénient aux femmes le droit à l’exercice d’une autorité quelconque. Pour eux, le rôle de la femme est celui de la soumission, et c’est la bonne réalisation de ce rôle qui permet à l’homme de vivre harmonieusement son propre leadership(2). Je me souviens que, lors des tours de table dans une pastorale locale, un pasteur se mettait régulièrement à souffler lorsqu’arrivait mon tour de parole. Ces manifestations d’exaspération ne semblaient gêner personne, sauf moi. Je me suis un jour arrêté brusquement de parler pour le regarder en face et lui demander s’il y avait un problème ! Confus, il a répondu « Non ». Mais à partir de ce jour-là, ses apparitions à la pastorale sont devenues épisodiques, puis ont cessé. Bien plus tard, le problème de la présidence de la pastorale ayant été mis sur la table, des pasteurs ont fait bloc pour refuser ma proposition d’une présidence tournante, à raison de deux ans par Église et en commençant la liste de manière alphabétique. Cela aurait réglé toutes les difficultés qui avaient été relevées, mais cela aurait signifié également que deux pasteures femmes (moi et la pasteure de l’EPUdF) prennent la direction de l’association chacune à tour de rôle, chose inenvisageable. Les vexations ont alors été multiples et variées, ouvertes ou déguisées. L’Église baptiste a démissionné de la pastorale locale, tout comme l’EPUdF et l’Église adventiste, pour des raisons identiques d’absence de reconnaissance réciproque. Aucune de nos communautés n’avait de pasteur qui correspondait aux critères du « bon pasteur évangélique » !

Je ne peux pas continuer ce tour d’horizon sans parler des réseaux sociaux et de ce qui s’y joue. En effet, une Église ancrée dans la société et soucieuse d’atteindre la jeunesse se doit d’y être présente. Or, il arrive très fréquemment que des personnes anti-ministère-pastoral-féminin s’aventurent à vouloir nous convaincre de nos erreurs, nous les femmes hérétiques ayant franchi la ligne rouge de l’ordre créationnel. Ce qu’elles ne se permettent pas toujours dans un face à face physique devient possible derrière l’anonymat d’un clavier. Une personne, voyant qu’elle ne pouvait venir à bout de mes arguments, a fini par se lâcher et à me lancer : « Va faire tes devoirs, petite, et en silence, parce que c’est la seule chose à laquelle tu as droit ! … » Ailleurs encore, lors d’échanges banals, je me faisais traiter d’hystérique dès lors que je remettais en question la thèse dominante, sans même que le sujet en question ait un quelconque rapport avec la problématique homme/femme !

C’est aussi sur un réseau social, chrétien cette fois, qu’une personne a cru bon de lancer une fatwa évangélique en appelant ses frères à son secours : une femme osait se sentir concernée par la déclaration d’Éphésiens 4.11-12 :

« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ. »

Cela me valut de sa part un appel au meurtre de mes enfants « pour la plus grande gloire du nom de Jésus-Christ » … Comme Jézabel, je devais « être jetée sur un lit de douleur » par un frère « pur parmi les purs » qui rétablirait ainsi la pureté de l’Église… Sic !

2. Les tensions dues aux attentes insatisfaites

À côté de ces expériences de violences verbales, il y a d‘autres difficultés auxquelles une femme dans le ministère pastoral fait face. Même si celles-ci existent également pour les ministères masculins, les attentes concernant les femmes s’avèrent plus ...

1. https://servirensemble.com/2018/08/30/quand-une-egalitarienne-valorise-un-livre-complementarien/

2. C’est par exemple la thèse de John Piper et Wayne Grudem dans : John PIPER et Wayne GRUDEM, Recovering biblical manhood and womanhood: a response to evangelical feminism, Leicester, Crossway Books, 1991.

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