Le silence de Dieu et les crises de la foi

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Qui d’entre nous n’aimerait pas traverser l’existence avec le sentiment de la présence permanente, débordante et chaleureuse de Dieu ? L’expérience toujours vérifiée de ses exaucements « par milliers ». Et pourtant, si nous sommes chrétiens depuis un certain temps, nous devons nous rendre à l’évidence : si nous pouvons vivre de telles expériences sensibles, il y a aussi des temps de nuit. Des déserts. Des temps où Dieu fait silence et semble tellement loin.

Alors, comment faire face à ces absences ? Comment interpréter et vivre le silence de Dieu ? Fait-il partie d’ailleurs de l’expérience chrétienne « normale » ? Le cas échéant, comment l’accueillir comme un chemin de vie et de croissance ?

Louis Schweitzer, auteur de deux ouvrages en lien avec ces questions (voir en fin d’article), nous propose quelques pistes de réflexion utiles, d’abord « donnée » sous la forme d’une conférence auprès d’un public étudiant, dans l’espoir qu’elle sera aussi profitable à chacun.

Le silence de Dieu et les crises de la foi

Le sujet qui m’a été proposé n’est pas le plus simple. Mais je crois qu’il est très utile et qu’il manifeste de la part de ceux qui l’ont demandé une certaine maturité et une vraie honnêteté.

Nous voudrions toujours vivre avec le sentiment chaleureux de la présence de Dieu, prier en constatant que chacune de nos prières a trouvé sa réponse, que Dieu l’a toujours et pleinement exaucée. Mais si nous sommes chrétiens depuis un certain temps, nous devons bien constater que les choses sont un peu plus compliquées que cela. Notre sentiment de la présence de Dieu est assez variable et, si nous nous réjouissons parfois de voir un exaucement évident, nous devons aussi reconnaître que ce n’est pas toujours le cas. Ce sont ces silences que je voudrais approfondir un peu, ainsi que les situations de crises qui peuvent en résulter pour nous. Ensuite, nous pourrons échanger questions ou expériences sur ce thème.

Quand Dieu répond…

Je voudrais commencer par l’aspect positif de la question. Si nous souffrons parfois de « l’absence » de Dieu, si nous avons l’impression qu’il se cache, c’est que nous avons également conscience de sa présence. Non seulement, nous la connaissons par la foi, mais il peut nous arriver de la ressentir. Et cela est particulièrement vrai dans les débuts de la foi. Nous découvrons l’existence de Dieu et, souvent (cela dépend des personnes), Dieu nous fait sentir qu’il est là, à nos côtés et même en nous, par son Esprit. Pour certains, c’est comme une évidence, pour d’autres quelque chose de plus diffus ou de plus sporadique. C’est ce que signifie, je crois, l’expression de Pascal :

« C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison : voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison(1). »

De même, beaucoup de témoignages nous parlent d’un Dieu qui répond à la prière. Nous trouvons cela très fréquemment dans la Bible :

« Demandez et on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira… » (Mt 7.7) ou encore : « Si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne : transporte-toi d’ici là, et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible » (Mt 17.20).

Et on pourrait trouver bien d’autres textes. Et, non seulement, des textes de l’Écriture nous disent cela, mais c’est l’expérience de beaucoup de personnes. Combien de témoignages avons-nous entendus de personnes qui ont prié et qui ont été exaucées. Et, au fond, j’aurais très envie de développer cet aspect des choses. C’est plus positif, plus agréable, plus enthousiasmant… Et c’est pour cela qu’on en parle souvent.

… et quand Dieu se cache

Je disais que certaines personnes avaient un sens très fort de la présence de Dieu. Or, il leur arrive – et c’est le cas de très grands spirituels – de traverser des périodes d’intense sécheresse, durant lesquelles Dieu semble parfaitement absent. Et nous pouvons aisément imaginer que c’est d’autant plus douloureux pour ces gens-là, qui vivent ce qui semblerait assez naturel à d’autres, comme un arrachement et un manque terrible.

Mais la manière la plus fréquente dont nous pouvons ressentir le problème est sans doute le sentiment de « non réponse » de Dieu. Nous avions sur le cœur quelque chose de très lourd, nous étions dans une situation difficile, nous avons demandé à Dieu de nous sortir de là, ou de résoudre le problème (une guérison d’un proche, une solution à un problème de vie douloureux…), et rien n’est venu. Les choses ont continué leur cours et tout s’est passé comme si Dieu n’existait pas. Ce que nous ressentons peut être différent selon les personnes, plus ou moins intense, mais je crois que nous le trouvons assez fréquemment exprimé dans ...

1. Blaise Pascal, Pensées, Édition par Philippe Sellier, Paris, Pocket, 2003, p. 680 ; ou Édition par Léon Brunschwicg, Paris, Garnier, 1964, p. 278.

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