Avec l’approche de cette quatrième opération au mois de février, je me préoccupe de la façon dont je vais la vivre. Je suis confiant, mais les idées de mort sont tenaces. Ces idées noires m’amènent à penser à ma famille. Qui va s’occuper de mon épouse, de mes enfants ?
Je n’ai pas d’angoisse personnelle pour ma vie, mais je pense plutôt à ceux que j’aime. Dans une phase de délire, en proie aux idées les plus sombres, j’en viens à imaginer mon départ, mes obsèques, le remariage de ma compagne… Cela occupe un espace mental dans mon quotidien.
Si j’avais laissé s’installer ces idées et si elles avaient pris racine, je suis certain qu’elles auraient fini par détruire en moi toute espérance, et plus encore : toute confiance.
Ces pensées me conduisent à vouloir contrôler de manière absurde ce qui n’est ni de mon ressort ni en mon pouvoir. Poursuivre dans cette voie est une folie orgueilleuse et un mensonge et j’aurais pu y croire à tort.
Je crois que nous aimons nos idées, car nous sommes convaincus qu’elles sont les meilleurs scénarios du monde. Même dans les moments les plus terribles de nos vies, nous sommes encore capables de folie dans nos raisonnements humains si orgueilleux.
La réalité me ramène une fois de plus à un nouvel échec. La quatrième opération ne permet pas de trouver une solution pérenne. J’ai toujours les sondes, j’ai toujours des polypes anarchiques.
Le diagnostic tombe : j’ai un cancer très particulier de la vessie. Il est circonscrit dans cet organe et n’a pas envahi les autres, mais il faut toutefois imaginer un traitement radical.
Je suis de retour chez moi après quelques jours d’hospitalisation. Au bout de douze heures, une terrible fièvre me surprend. Mon état se dégrade à nouveau et je repars en urgence à l’hôpital.
C’est une septicémie. Les heures sont longues, les traitements sont nombreux, mais rien n’y fait. Je tremble, la fièvre me rend très malade et mon corps réagit mal aux traitements.
Mon épouse est à mes côtés, elle me rappelle sans cesse que je ne suis pas seul. Elle vit avec moi ma souffrance. Elle me montre une nouvelle fois son courage, sa patience, son grand amour et plus encore sa foi, celle d’une géante.
Finalement, la fièvre finit par céder et j’ai enfin la permission de retourner à mon domicile. Libéré !